Publicité

Pierre Bergé : "Rien ne peut me toucher plus que la fidélité"

 Pierre Bergé photographié le 5 juin 2004.
Pierre Bergé photographié le 5 juin 2004.
© AFP - Bertrand Guay

2003. Alain Veinstein s'entretient avec Pierre Bergé, fondateur de la Maison de couture Yves Saint Laurent et auteur du livre "Les jours s'en vont, je demeure".

Pierre Bergé, invité dans l'émission "Du jour au lendemain" en 2003, évoque sa collection d'art entreprise avec Yves Saint Laurent, "on ne peut pas collectionner sans s'interroger sur la dévolution de ces objets, de ces meubles, de ces tableaux". Il apprécierait de voir exposer au public ces objets d'art dont il ne se sent pas l'unique propriétaire, "ce qui est bien c'est de les avoir eus" confie t-il.

Sur ses activités dans les médias, Pierre Bergé revient sur l'expérience du journal Globe, "j'étais très heureux dans cette aventure" explique t-il. Au sujet du magazine Têtu il insiste bien que cet organe de presse "se garde de tout communautarisme" car pour lui "la vie n'est pas vue à travers le prisme de l'homosexualité". Sur ses choix médiatiques, il clame : "On tombe toujours du côté ou on penche."

Publicité

J'ai créé un journal parce que j'ai toujours eu la passion de cela. J'avais 14 ans lorsque j'ai créé mon premier journal [...] c'est une passion que j'ai depuis toujours, c'est vrai et d'ailleurs aujourd’hui je regrette beaucoup de ne pas disposer d'un grand journal quotidien ou d'un grand hebdomadaire, mais enfin tout ça ce sont des rêves.

Pierre Bergé dit s'être "refusé" à tenir un journal. Il a voulu faire confiance à sa mémoire et s'en servir "de tri, de sas, de passoire". Il ne se sent pas du tout nostalgique. Sur de nouvelles formes artistiques, il veut se dire : "Si elles m'intriguent, c'est simplement parce que je ne les comprends pas."

Il reconnaît que Cocteau "déroutait", "cultivait le paradoxe" et qu'il n'a "pas compris qui était Cocteau" au début de sa rencontre. Puis il a découvert combien celui qui se considérait comme un poète avait en réalité raison. Il donne aussi son avis sur Louis Aragon qui "n'avait en effet ni foi ni loi, mais c'est sa vie, ça, mais son oeuvre reste et c'est une oeuvre très souvent admirable". Pierre Bergé, compagnon pendant huit années du peintre Bernard Buffet quand il avait 18 ans, dit regretter que ce dernier soit passé à côté de l'art abstrait. Tout ce courant français "ne savait pas que la peinture qui allait être la peinture de notre temps, de notre siècle elle se faisait déjà, elle se faisait ailleurs, en Amérique."

Nous vivons à une époque où tout le monde pleure sur le passé, se désole de ne plus retrouver les repères de ceci ou de cela, moi je ne veux surtout pas ça. Et j'ai toujours cru, mais singulièrement aujourd'hui, que s'il y avait un décrochage, un clivage entre le public et la littérature de son temps, la peinture de son temps, la musique de son temps c'est simplement que ce public-là ne savait pas lire, ne savait pas regarder et ne savait pas écouter. Voilà ce que je crois.

  • "Du jour au lendemain"
  • Première diffusion le 18/04/2003
  • Producteur : Alain Veinstein
  • Réalisation : Bernard Treton
  • Indexation web : Odile Dereuddre, de la Documentation de Radio France