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Pierre Boulez : "J'ai toujours été orienté par la modernité"

Pierre Boulez
Pierre Boulez

Le célèbre compositeur, théoricien et chef d’orchestre français Pierre Boulez est décédé à l’âge de 90 ans. Considéré comme l’une des personnalités les plus influentes du monde musical, il représentait la composition à l’heure du XXème siècle et a marqué son histoire d’une profonde empreinte, particulièrement avec son chef d’oeuvre : Répons .
Né en 1925, Pierre Boulez fait partie d’une génération de compositeurs qui ont façonné la musique du XXème siècle. Il avait ainsi revisité les acquis de la musique classique : les questions de forme et d’esthétique ont marqué toute son oeuvre.Pierre Boulez découvre la musique symphonique dès l’âge de 5 ans, avant de se mettre au piano. S’il est brillant en mathématiques ou en physique, il l’est plus encore en musique et, après une classe de mathématiques spéciales, il se rend à Paris, à 18 ans, pour entrer au conservatoire. Echouant au concours d’entrée de piano, il est reçu dans la classe d’harmonie d’Olivier Messiaen.

Très vite j'ai pu prendre conscience de certains éléments de vocabulaire dans Stravinsky ou dans Bartok par exemple, qui pouvaient m'être utiles d'une façon très précise.Pierre Boulez à propos de ses cours avec Messiaen

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Il lui enseigne la science de la composition, avant que Boulez, trop indépendant, ne s’en détache. Andrée Vaurabourg lui enseigne par la suite le contrepoint, et René Leibowitz la technique dodécaphonique.

Après 45, nous avons découvert ça dans l'espèce de gabegie épouvantable de la musique, nous avons découvert tout à coup des gens qui avaient réfléchi. Et vous savez, il y a fort peu de gens qui réfléchissent, qui réfléchissent bien surtout. Pour nous ç'a été une révélation. Pierre Boulez sur le dodécaphonisme

Chef d’orchestre improvisé

En 1946, sa carrière de compositeur s’affirme alors que, nommé directeur de la musique de scène de la Compagnie Renaud-Barrault, il compose la "Sonatine pour flûte et piano ", la "Première Sonate pour piano " et la première version du "Visage nuptial " pour soprano, alto et orchestre de chambre, sur des poèmes de René Char. En 1953 naissent les Concerts du Petit Marigny qui prendront l'année suivante le nom de "Domaine Musical ", dont il assurera la direction jusqu'en 1967. Devant l’impossibilité de trouver des compositeurs aptes à interpréter sa musique, il en vient à prendre lui-même la baguette et débute de la sorte, sur le fil, sa carrière de chef d’orchestre.

De plus en plus expérimenté, il est invité par Wieland Wagner en 1966 à diriger "Parsifal " à Bayreuth puis "Tristan et Isolde " au Japon. En 1969, Pierre Boulez dirige pour la première fois l'Orchestre philharmonique de New York , dont il prendra la direction de 1971 à 1977, succédant à Leonard Bernstein. Parallèlement, il est nommé chef permanent du BBC Symphony Orchestra à Londres, fonction qu'il assume de 1971 à 1975.

Pierre Boulez au Musée du Louvre en 2008
Pierre Boulez au Musée du Louvre en 2008

Retour en France

Après s’être, un temps, opposé à la politique culturelle de Malraux en France, Pierre Boulez accepte d’y revenir : il fonde en 1976 l’Ensemble intercontemporain (EIC) et, en 1979, il dirige la première mondiale de la version intégrale de "Lulu " d'Alban Berg, à l'Opéra de Paris. Parallèlement, Pierre Boulez s'associe à d'autres projets importants pour la diffusion de la musique, telles les créations de l'Opéra de la Bastille et de la Cité de la musique (où résidera l’EIC) à la Villette.

En 1980, Pierre Boulez prend la tête de l’IRCAM, l'lnstitut de Recherche et Coordination Acoustique/Musique, qui a été créé à la demande du président Georges Pompidou, en 1969. Il y compose, en 1981, ce qui est considéré par beaucoup comme son chef d’oeuvre : Répons .

C’est l’imprévisible qui devient nécessité ”, disait Boulez, qui souhaitait révéler l’inconnu dans l’objet à travers sa musique :

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Boulez est présent partout, devenu indispensable : compositeur, il écrit également sur la musique et réalise une série de six émission télévisées intitulée “Boulez XXème siècle ”. Son omniprésence, si elle est méritée, lui vaut néanmoins des reproches de ses contemporains.

En 1992, Pierre Bourlez quitte la direction de l’rcam et revient à la composition et à la musique. Ses principales oeuvres réalisées à l'Ircam sont "Répons" (1981-1988) pour six solistes, ensemble et ordinateur, créée dans sa version finale lors du festival d'Avignon en 1988 et qui obtiendra un Grammy Award pour la meilleure composition contemporaine en 1998, Dialogue de l'ombre double (1985) pour clarinette, bande et dispositif de spatialisation, Explosante-fixe pour flûtes, ensemble et ordinateur (1991-1995),* Anthèmes 2* (1997), pour violon et dispositif électronique.

En juillet 1998, il dirige au festival d'Aix-en-Provence une nouvelle production du "Château de Barbe-Bleue " de Bartók mise en scène par Pina Bausch. En 2005, il fête son 80ème anniversaire avec le London Symphony Orchestra , le Cleveland Orchestra , le Chicago Symphony Orchestra , l'Ensemble intercontemporain et l'Orchestre de la Staatskapelle de Berlin qui tous, lui rendent hommage.

En avril 2010, Pierre Boulez fête ses 85 ans en dirigeant l'Orchestre de l'Opéra de Paris dans un programme Olivier Messiaen ("Chronochromie", "Poème pour Mi", "Et expecto resurrectionem mortuorum "), rendant ainsi hommage à son professeur de composition.

La musique doit beaucoup à ce géant. Il y a un an, à l’ouverture de la Philharmonie de Paris – Daniel Barenboim dirigeait ainsi une de ses œuvres (Dérive ). Figure incontournable de la vie musicale, Pierre Boulez a pensé la musique du XXème siècle.

**> Le 8 novembre 2005, il était l'invité exceptionnel de l'émission "Tout arrive" et il parlait de ses années de formation, les mathématiques, son attirance dès l'origine pour la "modernité" en musique (incarnée à ses débuts par Honegger), et quelques grandes rencontres de cette vie créative (Jean-Louis Barrault, Genet ou Deleuze) :

"Tout arrive" spécial Pierre Boulez, le 8 novembre 2005

58 min

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> Réécoutez, en deux temps, un moment d'échange intense entre Pierre Boulez et Véronique Puchala, sur les thématiques de l'écoute, du regard, du geste, de la voix, de l'autre. Cet entretien était diffusé dans l'émission "Surpris par la nuit", les 5 et 6 janvier 2006 :1 -

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1h 28

2 -

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1h 29

> A l'occasion de l'exposition « Oeuvre, fragment » qui ouvrait ses portes en novembre 2008 au musée du Louvre, "Les Matins de France Culture" recevaient Pierre Boulez, alors commissaire de cette exposition. C'était la première fois que le Louvre donnait carte blanche à un musicien. Au micro d'Ali Badou, il expliquait sa volonté de faire dialoguer la musique et les arts plastiques :

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50 min

> Invité exceptionnel de France Culture en ce 12 novembre 2008, il était également reçu dans "Tout arrive" :

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37 min

> dans le Journal de 12h30, ce mercredi, Marion Bernard traçait son portrait :

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1 min

> dans le Journal de 12h30, ce mercredi, Marc Voinchet, directeur de France Musique, revenait sur la figure de Pierre Boulez, "homme multiple ":

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8 min

France Culture rend hommage à Pierre Boulez sur son antenne avec, ce 6 janvier, un Journal de la culture spécial ; et, la semaine du 11 janvier, la rediffusion des entretiens A voix nue que le compositeur avait accordés en 1995 à Jean-Pierre Changeux. > Sur le site de France Musique, découvrez "Boulez à facettes", portrait multimédia du compositeur