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Pierre Cardin : "En bouleversant les traditions du monde entier, on peut bouleverser la rue"

Pierre Cardin le 4 novembre 2014, dans son musée "Pierre Cardin Passé-Présent-Futur".
Pierre Cardin le 4 novembre 2014, dans son musée "Pierre Cardin Passé-Présent-Futur".
© AFP - Joël Saget

1992. Troisième volet de la série "A voix nue" avec Pierre Cardin dans lequel il est question de son travail créatif, de l'importance de l'architecture du vêtement et de la place inexistante du corps de la femme dans ce processus. L'influence de la mode est planétaire et il sait qu'il y joue un rôle.

Troisième entretien en compagnie de Pierre Cardin dans la série "A voix nue" où le couturier parle de son processus créatif dans lequel "le tissu est secondaire", il réfléchit d'abord "aux proportions", "lignes", car pour lui, "c'est l'architecture, l'essentiel".

C'est assez abstrait, je ne suis pas inspiré par les costumes ni par la culture du passé. Mais par exemple une cheminée, une roue, une voiture, un bout de ficelle, un coussin, un appareil de radio, un caillou, tout devient source d’inspiration et j'essaye d'incorporer une forme qui ne suit pas le corps. J'ai une pratique très différente de tous mes collègues : le corps est absent, abstrait, je n'y pense pas au corps. J'essaye de mettre une matière, c'est-à-dire une colonne vertébrale, un physique, un corps, dans un vêtement pour qu'il prenne la forme du vêtement. Voilà quelle est ma vision, si l'on peut dire, du vêtement.

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"A voix nue" avec Pierre Cardin 3/5. "En bouleversant les traditions du monde entier, on peut bouleverser la rue". Une diffusion du 29/01/1992

29 min

Le travail de création est un moment très "personnel", "fugitif" et "spontané" pour Pierre Cardin. Peu de couturiers ont une réelle influence selon lui, "on est trois, quatre, cinq" à avoir un rôle de meneurs. Chaque collection doit répondre à un impératif de nouveauté, de "chemin futur" et en même temps doit souligner "un style qui est une continuation".

Les couleurs ne changent rien à la mode. Ce qui est important, à mon niveau, c'est l'architecture d'un vêtement, ce sont les proportions. 

Le créateur s'en prend ensuite à l'invasion du jean chez les jeunes, symbole d'un nouvel uniforme qu'il désapprouve.

Les jeunes gens ne veulent plus être militaires, ils ne veulent plus d'uniformes et ils adoptent le jean, qui est un uniforme. Je ne rejette pas le jean [...] mais tout de même, de penser que la liberté de l'homme c'est d'être contraint dans un vêtement, un uniforme... quelle est la liberté quand on s'enferme soi-même dans un vêtement qui est l'égalité des autres alors que dans le fonds, la vie c'est l'individualité. La vraie valeur de l'homme c'est d'être individuel, d'être différent des autres.

La marque Pierre Cardin s'exporte partout dans le monde grâce au prêt-à-porter, du Japon aux Etats-Unis.

J'ai vu grand, j'ai toujours vu grand. Je veux être au service des autres, c'est là où est mon côté social. Les Etats-Unis pour moi c'était d'être vendu au maximum. J'ai voulu être populaire, j'ai voulu essayer de servir le maximum de gens, c'est cela ma grande... pas mon ambition... ma grande raison d'être.

  • "A voix nue"
  • Première diffusion : 29/01/1992
  • Production : André Parinaud
  • Réalisation : Marie-Andrée Armynot
  • Indexation web : Odile Dereuddre, documentation de Radio France
  • Archive Ina - Radio France