Publicité

Pierre Guyotat remporte le Prix Médicis pour "Idiotie"

Par
Pierre Guyotat
Pierre Guyotat
- Grasset

Pierre Guyotat a remporté le prix Médicis 2018 pour son roman "Idiotie", dans lequel il retrace son entrée dans l’âge adulte de ses 19 à ses 22 ans, son arrivée à Paris, sa découverte de la sexualité, et son départ pour l’Algérie en guerre.

"Je ne suis pas un romancier, je suis un fictionneur. La fiction c’est la vérité", assurait Pierre Guyotat récemment dans Par les temps qui courent. L'écrivain vient d'être récompensé du prix Médicis 2018 pour son roman Idiotie (Grasset). 

Déjà récompensé hier d'un prix Femina spécial pour l'ensemble de son oeuvre, Pierre Guyotat est l'auteur d'une bibliographie traduite en plusieurs langues. Pierre Guyotat a été encouragé pour ses textes dès sa jeunesse par René Char ou Michel Foucault et ses ouvrages, dans lesquels on retrouve les thématiques récurrentes du sexe et de la guerre, ont souvent fait scandale. Dans Idiotie, l'auteur revient sur ses thématiques fétiches, de son entrée dans l'âge adulte et la recherche du corps féminin à ses rébellions contre son père et son départ pour l'Algérie en guerre. "Ce livre s’inscrit dans la ligne de l’œuvre de Guyotat, qui a commencé une entreprise coïncidant avec la publication d’une biographie sur lui. On a une sorte de vengeance envers sa biographe", commentait à ce sujet le journaliste Florent Georgesco dans l'émission de La Dispute consacrée à cet ouvrage

Publicité
58 min

Récemment, dans Par les temps qui courent, Pierre Guyotat était venu raconter son art au micro de Marie Richeux et discuter d'Idiotie :

Mes fictions sont du théâtre et au théâtre on interroge beaucoup, Racine c’est tout le temps interrogatif, parce que c’est beaucoup plus fort. La formule interrogative a été assez abandonnée, maintenant on affirme, c’est très publicitaire, alors que moi je suis de l’école oratoire, l’interrogation est la base de mon système rhétorique, il faut que tout soit interrogation. Je n’ai jamais tellement aimé le point.

Il n’est pas nécessaire pour faire de l’art de connaître les choses, il faut imaginer, il faut que tout soit une énigme pour avancer. Si on sait tout ce n’est pas intéressant.

Si on veut faire de l’art il faut faire du nouveau. L’art est une suite de révolutions, un basculement dans le futur.

La vie est un théâtre, c’est pour cela qu’il n’y a peut-être pas de quoi la prendre au sérieux.

On est à peu près bien dans la vie quand on se souvient de l’enfant que l’on a été. L'enfance et la petite enfance c’est très important. C’est un manque que l'on ne puisse pas se souvenir des sensations que l'on avait.

Retenir son désir c’est une force de plus pour l’art.

Pierre Guyotat : "Je ne suis pas un romancier, je suis un fictionneur. La fiction c’est la vérité" (Par les temps qui courent, 11/09/2018)

59 min

Le Prix Médicis étranger pour Rachel Kushner

Du côté du roman étranger, c'est Rachel Kushner qui remporte le prix Médicis, avec Le Mars Club, traduit de l'anglais par Sylvie Schneiter. Dans ce roman, l'écrivaine américaine parcourt le San Francisco des années 80. En contant l'histoire de Romy Hall, tout juste transférée à la prison pour femmes de Stanville, en Californie, où elle doit purger une peine de deux ans de prison pour avoir tué l'homme qui la harcelait, Rachel Kushner dresse un féroce portrait du système judiciaire américain.

Le 25 octobre dernier, les critiques de La Dispute s'étaient attaqués à cet ouvrage : 

Je n’ai pas été emballé par ce livre parce que j’ai trouvé ça très bien-pensant (et c’est bien la première fois que je prononce ce mot). La littérature est-elle vraiment là pour dénoncer des choses ? Si c’est le cas, elle perd une rugosité. J’avais l’impression d’être devant une sorte d’enquête de Michael Moore sur la pure dénonciation de la société. Laurent Nunez

Les histoires s’entrecroisent. J’ai trouvé qu’il y avait des passages forts bien écrits, une réelle empathie. C’est un livre radical qui s’efforce de démonter le système judiciaire américain. Ce qu’on ressent souvent aux Etats-Unis, c’est cette bureaucratie qui est retranscrite dans cette prison. Philippe Chevilley

J’ai été un peu désarçonné par ce livre qui nous plonge dans une prison. C’est une narration assez éclatée avec beaucoup de « flashbacks » nous racontant la jeunesse de cette femme à San Francisco. La grande force de Rachel Kushner, c’est l’empathie qu’elle a pour tous ses personnages, dont une humanité se dégage. Je me suis quelque fois un peu égaré dans cette prison. Il y a un déterminisme social placé sur ces personnages à la manière de Zola. Grégoire Leménager

Je trouve ce livre à l’évidence très bien documenté. Mais pour moi il a pour vocation d’être édifiant. Je ne le trouve pas bien écrit et d’une écriture qui n’est pas très heureuse dans les formules. On voit bien le projet de Rachel Kushner, celui de parler des femmes en prison. C’est pour moi une formidable enquête, mais la forme de roman me laisse un peu circonspect. Arnaud Laporte 

"Le Mars Club" : "la littérature est-elle vraiment là pour dénoncer des choses ?" (La Dispute, 25/10/2018)

55 min

Ce mercredi 7 novembre, la romancière Rachel Kushner est l'invitée d'une émission spéciale des Matins consacrée aux élections de Mid-term

Le Prix Médicis de l'essai à Stefano Massini

Le prix Médicis de l'essai a été attribué à Les Frères Lehman (Globe), de Stefano Massini. Dans cet ouvrage, l'écrivain italien raconte la saga familiale des "Lehman Brothers" et humanise leur "success story" et leur chute. Le metteur en scène définit sa pièce, dont il a tiré ce roman paru en 2018, comme "un grand mélange de récit, de roman, de drame, de comédie, d’éléments documentaires – et même de poésie". En 2016, une version de ce texte était mise en ondes pour France Culture et a été rediffusée en août dernier pour marquer les dix ans du grand krach de 2008 :

En savoir plus : 1er épisode