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Pierre Henry : "J'ai fondé une sonothèque sur une vie"

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Pierre Henry, lors d'un concert à Nantes, en 2002.
Pierre Henry, lors d'un concert à Nantes, en 2002.
© AFP - Frank PERRY

Pierre Henry, décédé mercredi à l'âge de 89 ans, s'était raconté en 2007 sur France Culture au micro de David Jisse dans l'émission "A Voix Nue". Nous vous proposons de le réécouter alors que les hommages au père de la musique concrète, l'un des pionniers de l'électroacoustique, affluent.

Pour ses quatre-vingts ans, en 2007, le compositeur de musique concrète Pierre Henry était venu se raconter sur France Culture. Par son imagination et sa singularité, il a marqué profondément la deuxième moitié du XX siècle. Devenu aujourd'hui le grand-père de tous les musiciens des scènes électroniques, il a accumulé les succès inattendus comme les expérimentations les plus radicales. Il a multiplié les aventures musicales et les rencontres fertiles, de la danse avec Maurice Béjart notamment, au théâtre, du cinéma à l'industrie du disque, sans oublier la radio, où il a oeuvré via le Groupe de recherche sur les musiques concrètes puis le GRM aux côtés de son mentor des débuts, Pierre Schaeffer.

Retour en archives sur son parcours, avec les cinq épisodes de l'émission "A voix nue" diffusé du 3 au 7 décembre 2007.

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1. Les débuts du musicien qui se sait déjà compositeur

Elève d'Olivier Messiaen et de Nadia Boulanger, Pierre Henry a fait des études classiques au conservatoire mais a toujours exploré, "bidouillé" dit-il, dès son enfance, en quête d'un langage sonore personnel :

Pierre Henry " J'ai perçu les durées de façon musicale dès mon enfance " (A Voix Nue, 2007)

28 min

J’ai beaucoup travaillé dans la classe d’orchestre : être placé à l’endroit où sont les percussions, on entend l’oeuvre différemment, et ça a été une sorte de révélation. Mais alors, la musique peut être différente à différents endroits ? Et c’est là où l’espace sonore a commencé à s’installer en moi. On pouvait dire qu’au fond il y avait un peu de la science-fiction musicale dans ma tête. La venue à Paris, les bruits de la ville, les bombardements, les sirènes, la guerre, ça m’a beaucoup influencé et c’est resté dans mes parcours sonores.

2. Les années 50 : du studio d'essai à la rupture avec Pierre Schaeffer

Pierre Henry n'a pas 25 ans quand il contacte Pierre Schaeffer après avoir découvert dans un journal l'existence de son émission de musique concrète. C'est le début d'une exploration en tandem qui durera dix années :

Pierre Henry : "Orphée a été mon jardin de son" (A Voix Nue, 2007)

27 min

Il y a eu cette cantate, si je puis dire, sur l’hymne orphique, que j’ai appelé "Le voile d’Orphée", et qui, dans l’"Orphée 53", était coupée en deux et qu’après j’ai réuni pour en faire une pièce de concert. Elle est restée, peut-être, ma plus belle oeuvre en tant qu’expression lyrique et aussi, montage symphonique. C’était une oeuvre d’esprit symphonique, avec, en plus, des recherches sur la voix et sur l’hymne orphique.

59 min

3. Les années 60 et le succès ambigu de la "Messe pour le temps présent"

Pierre Henry était un solitaire, un collecteur de sons méthodiquement classés. Il les collectionnait dans sa maison sonore et parisienne, sa " tanière " comme il aimait à le dire, où il avait reçu l'équipe de l'émission "A Voix Nue" :

Pierre Henry : "Je suis un musicien liturgique" (A Voix Nue, 2007)

27 min

Un son, c’est comme une oeuvre, comme un tableau. C’est une création personnelle, et j’ai la chance d’avoir encore tous les sons, en 76, en 38, en 19, en mono, en stéréo, en disques… Je crois que je suis le seul qui a fondé une sonothèque sur une vie. Une vie de musique, une sonothèque.

4. L'aventure de Son/Ré

Après sa brouille avec Pierre Schaeffer à la fin des années 50, Pierre Henry quitte le GRM et crée son propre studio de recherche musicale. Puis un deuxième, en 1982, baptisé "Son/Ré". Il revient sur cette aventure dans cet épisode de la série "A voix nue" :

Pierre Henry : "J'ai toujours considéré mes studios comme des tanières" (A Voix Nue, 2007)

27 min

Depuis toujours, j’ai vécu en temps réel, avec une étroite perception de ce qu’il se passe. Pour moi, je suis tous les jours dans l'apocalypse. J’en ai fait une, j’en ferai d’autres. C’est ça qui m’inspire. Entre la mort de l’être humain, de notre planète, de notre civilisation et de différentes civilisations qui se sont entrechoquées. Pour moi il n’y a pas de différence mais il y a une sorte de fonction, une sorte de désir de faire connaître mon point de vue par le biais de la musique, sur ce qu’il se passe.

5. Le troisième millénaire et la numérisation

En 2007, Pierre Henry avait confié à la BnF l’ensemble de son œuvre pour qu’elle y soit conservée et rendue accessible au public. Dans cet épisode, écoutez-le défendre l'idée que sa musique, ses sons, lui survivent :

Pierre Henry : "Ma musique idéale est celle que je ferai demain" (A Voix Nue, 2007)

26 min

Ce n'est même pas impossible que je donne mes sons, qu'il y ait une liberté de s'en servir. Si moi je ne suis pas là… Je ne vais pas enfermer ma musique dans un coffre fort. Il faudra qu'elle soit utile, qu'elle serve, je pense.