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Plaisir du quotidien, à l’américaine

Par
"Paterson", de Jim Jarmusch
"Paterson", de Jim Jarmusch
- Mary Cybulski

Les projections. Journée américaine, avec les projections de "Loving" (Jeff Nichols) et "Paterson" (Jim Jarmush), deux manières de filmer le quotidien. Chaque jour, retrouvez la chronique cannoise d'Antoine Guillot.

C’est la journée des Américains, avec le retour en compétition de Jeff Nichols (« Loving ») et Jim Jarmush (« Paterson »), deux façons, également prenantes, de filmer le quotidien dans sa simplicité même.

Chronique Antoine Guillot Festival de Cannes 2016

2 min

Anti-biopic

Image tiré de "Loving", de Jeff Nichols
Image tiré de "Loving", de Jeff Nichols
- Ben Rothstein/Big Beach, LLC

"Loving", comme son titre l'indique, c'est avant tout une histoire d'amour, très simple : Richard aime Mildred, un enfant est en route, ils se marient. Sauf qu'on est en 1958, dans une petite ville de Virginie, que Richard est blanc, et Mildred noire. Et ça, dans le sud ségrégationniste de l'époque, c'est interdit, et puni de prison. Prise en main par l'Union Américaine pour les Droits Civiques, l'ACLU, cette affaire va remonter jusqu'à la Cour Suprême des Etats-Unis, qui rendra le 12 juin 1967 la fameuse décision "Loving contre l'Etat de Virginie", qui réaffirme le droit fondamental au mariage et aboutit, de fait, à la suppression de toutes les législations anti-métissage dans les Etats du sud. Le tout venant des cinéastes hollywoodien aurait tiré de cette histoire vraie un biopic édifiant, ou un film de procès militant. Jeff Nichols, en grand cinéaste néo-classique qu'il est, dans la lignée d'un Clint Eastwood, fait tout autre chose : il se concentre sur l'histoire d'amour, pure et simple, sur le quotidien de ce couple qui ne se vit pas comme exceptionnel, mais veut seulement vivre libre, ensemble. L'auteur de "Shotgun Stories", "Take Shelter", "Mud" et "Midnight Special" n'a finalement jamais fait que ça : filmer, dans des circonstances exceptionnelles, des gens qui veulent simplement prendre soin des leurs, les protéger, et vivre leur vie la plus tranquille et quotidienne.

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Douce langueur monotone

La vie quotidienne, dans sa routine absolue, c'est aussi ce que filme l'autre Américain en compétition, Jim Jarmush. "Paterson", c’est sept jours de la vie, routinière et répétitive, d'un chauffeur de bus dans cette petite ville du New Jersey connue des amateurs de poésie pour avoir été le berceau d'Allen Ginsberg et de William Carlos Williams. Sauf qu'il s'agit précisément de ça : de poésie. Parce que l'anti-héros, qui porte le nom de sa ville, joué avec une subtile indolence par l'excellent Adam Driver, en écrit, mais surtout parce que le regard de Jim Jarmush sur sa vie et sa ville l'est éminemment, poétique. Une sorte d'exercice oulipien (les Exercices de Style de Queneau se passent dans un bus, rappelez-vous), qui peut désarçonner après l'envoutant film de vampires "Only Lovers Left Alive", mais qui nous a emporté par sa langueur monotone.

-"Loving", de Jeff Nichols (Sélection officielle)

-"Paterson", de Jim Jarmush (Séletion officielle)