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Plastique : la poubelle du monde se réorganise

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Manifestation à Makati, aux Philippines, en 2015, devant l'ambassade du Canada, au sujet de conteneurs de déchets. La décision de la Chine début 2018 à ce sujet sera déterminante.
Manifestation à Makati, aux Philippines, en 2015, devant l'ambassade du Canada, au sujet de conteneurs de déchets. La décision de la Chine début 2018 à ce sujet sera déterminante.
© Getty - Gregorio B. Dantes Jr. / Pacific Press/LightRocket

Comme d'autres pays du sud-est asiatique, l'Indonésie a renvoyé des conteneurs de déchets aux Etats-Unis, pour éviter de devenir un "dépotoir". Pionnière, la Chine a longtemps accepté des déchets plastiques du monde entier avant de refuser au nom de l'environnement. Une recomposition se dessine.

Le circuit du recyclage mondial des déchets plastiques est en plein bouleversement et va jusqu'à provoquer des tensions diplomatiques. La Chine, qui importait plus de la moitié des matières plastiques recyclées de la planète, a initié il y a un peu plus d'un an un mouvement de refus de devenir la poubelle du monde. La Malaisie, la Thaïlande, les Philippines, le Vietnam ou encore il y a quelques jours l'Indonésie ont en partie suivi, avec notamment des conteneurs retournés aux envoyeurs. L'Indonésie décidé de nouveau depuis ce 2 juillet à renvoyer 49 autres conteneurs de déchets vers la France et d'autres pays occidentaux.

Reste à savoir comment ces derniers, en particulier les Etats-Unis, le Canada ou l'Australie, évoluent en conséquence. Sachant que seulement 9% des plastiques produits dans le monde sont recyclés.

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La Chine ne voulait plus de plastiques non valorisables

Début 2018 : Pékin impose un degré de pureté plus élevé dans les catégories de déchets qu'elle recyclait jusqu'alors. Les seuils d'impureté autorisés sont divisés par trois voire plus. Quand la Chine, en 2016, avait importé 7,3 millions de tonnes de déchets plastiques, essentiellement d'Europe, du Japon et des Etats-Unis, selon le BIR, l’association mondiale de l’industrie du recyclage. Elle ne voulait plus recevoir de conteneurs avec des déchets trop mélangés, non triés, avec des souillures et rempli de plastique de basse qualité qu'elle ne pouvait pas non plus réutiliser pour fabriquer des jouets ou du textile.  

Thibault Turchet est membre de l'association Zéro déchet. Il analyse ce choix radical et détaille les impacts en Asie de cette arrivée massive de mauvais déchets :

"La Chine recevait des plastiques de basse qualité, difficiles à traiter, et voulait sans doute développer sa propre industrie de recyclage"

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La Chine recevait des plastiques de basse valeur ajoutée, pas les bouteilles de soda, par exemple, qui elles restent en Europe ou en France. Pékin cesse à cause des impacts et sans doute pour développer sa propre industrie de recyclage, plus haut de gamme.

"La décision chinoise est un excellent signal au niveau mondial qu'il faut trier, préparer et avoir une réflexion sur le déchet. On ne peut pas se contenter de consommer, de tout jeter en vrac et que quelqu'un s'en occupe derrière", se réjouit Jean-Charles Caudron, chef du service prévention des déchets de l'ADEME, l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie. "C'est une bonne chose car cela va obliger toute la filière à monter en qualité." ajoute celui qui pointe une distorsion de concurrence jusqu'à présent :

Vous pouviez envoyer à bas coûts des produits de mauvaise qualité en Chine, d'autant plus que le fret retour était peu coûteux. Car globalement les bateaux arrivaient de là-bas avec des produits et repartaient à vide pour aller rechercher des produits en Asie. Du coup, en gros, ils ne payaient pas les frais de transport retour pour remplir nos conteneurs avec nos déchets.                                                            
Jean-Charles Caudron, de l'ADEME

D'autres pays d'Asie disent 'non' après avoir récupéré le marché

Conséquence de cette décision, les pays voisins ont commencé à accueillir le surplus. Mais ces pays "n'ont pas les infrastructures, ni de collecte ni de traitement", souligne Thibault Turchet, et "des milliers de tonnes de ces plastiques ont été traitées, brûlées, à l'air libre. Comme pour les déchets électroniques dans les pays africains." Sans oublier le développement de mafias autour de ces sources de profit, dans des pays qui manquent de police très structurée.

L'antenne australienne de l'association "Les amis de la Terre" précise par exemple que "Sumengko Nord, en Indonésie, par exemple, s’est transformée en une décharge internationale presque du jour au lendemain et l’enquête sur le terrain de GAIA a révélé des déchets superposés d’une hauteur de deux mètres, des décharges de fortune et des incendies à ciel ouvert dans la communauté agricole. En novembre 2018, l'Australie a exporté 6 030 tonnes de plastique vers la seule Indonésie, devenant ainsi l'un des principaux contributeurs au problème."

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Débordés et désormais conscients des effets sur l'environnement, certains pays d'Asie du sud-est commencent donc eux-aussi à dire 'non'. Fin mai, la ministre malaisienne en charge de l’énergie, de l’environnement et des sciences a exhorté "les pays développés à cesser d’expédier leurs déchets" en Malaisie. Selon les chiffres officiels, les importations de plastique ont triplé depuis 2016. "Nous les retournerons sans pitié à leur pays d’origine", a-t-elle ajouté, après avoir inspecté plusieurs conteneurs remplis de déchets à Port Klang, le port le plus actif du pays. Son ministère a indiqué que 450 tonnes de déchets plastique contaminés provenant d’Australie, du Bangladesh, du Canada, de Chine, du Japon, d’Arabie saoudite et des Etats-Unis seraient renvoyées, raconte 20 Minutes planète. Et de traiter de "traîtres" les Malaisiens impliqués dans ces importations et traitements illégaux.

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Dans une étude publiée il y a un an dans Science Advances, des scientifiques de l'Université de Géorgie (UGA) ont affirmé que 111 millions de tonnes de déchets plastiques seraient déplacées à l'horizon 2030 suite à la nouvelle politique chinoise.

Aux Etats-Unis, des centaines de villes débordées par les déchets

Après le revirement de la Chine mais aussi aujourd'hui de la Malaisie ou des Philippines, les Etats-Unis, premiers pourvoyeurs de ces déchets et à la surconsommation quasi assumée, ne savent plus quoi faire de montagnes de détritus. Car le pays qui produit presque 300 millions de tonnes de déchets par an manque d'infrastructures suffisantes pour traiter les déchets que l'Asie ne veut plus. En 2018, toujours selon l'université de Géorgie, chaque jour, 4.000 conteneurs de plastiques et de papiers quittaient les ports américains pour être recyclés en Chine.

Des centaines de villes peinent face à ce problème. Deltona, en Floride, a suspendu son programme de recyclage municipal. Et pour beaucoup de villes moyennes, au budget limité et qui ne parviennent pas à payer le recyclage, il n'y a plus que deux solutions particulièrement nocives pour l'environnement : l'incinération ou les décharges à ciel ouvert. La municipalité de Philadelphie a provisoirement décidé de payer un prestataire privé pour recycler la totalité de ses déchets, pour 90 à 100 dollars la tonne. 

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La ville vient aussi de lancer une vaste campagne de sensibilisation pour apprendre à la population à mieux trier. Elle s'appelle "Réfléchissez une minute avant de mettre cette chose dans la poubelle". L'autre solution est évidemment de produire moins de déchets : au niveau local, plusieurs municipalités interdisent désormais les sacs plastiques, les pailles et certains emballages.

Et en France ?

En France, la conséquence est moindre car il existe une filière recyclage et seulement 2% de nos déchets sont exportés en dehors de l'Union européenne d'après Citeo, organisme chargé de la gestion des déchets ménagers. Certain.es citoyen.nes recyclent leurs déchets eux-mêmes ou grâce à des poubelles de plus en plus souvent prévues à cet effet, même si cette éducation est lente. Et la loi anti gaspillage ou la feuille de route économie circulaire commencent à encadrer cette problématique. Quand, selon l'UFC Que-Choisir, 20 kilos de produits alimentaires sont gaspillés par Français.es et par an, dont 7 n'ayant même pas été pas déballés.

Néanmoins, la quantité de déchets ménagers dits ultimes a augmenté : des plastiques de basse qualité non recyclables, qui finissent incinérés ou mis en décharge. Et la filière demande des dérogations pour continuer à enfouir et travaille à la valorisation énergétique de nos déchets plastiques.  

Il y a quelques jours, Konbini, associé à France Inter, a toutefois révélé comment des déchets français terminaient en plein air en Malaisie ! "C'est clairement une entorse à nos règles", selon le directeur scientifique de Citeo. Dans ce même reportage (vidéo ci-dessous), le ministre de la Transition écologique François de Rugy a dit souhaiter "que, à l'échelle européenne, on se donne comme règle que nos déchets, on les recycle en Europe".

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"Il est inconcevable de dire qu'à terme on pourra recycler 100% des produits" prévient Jean-Charles Caudron, de l'ADEME. "On peut tendre vers, mais il reste toujours des petits bouts : des plastiques, des plastiques souillés." Il s'agit alors, plutôt que de les envoyer en décharge, de les isoler et de préparer un combustible solide de récupération. Ce CSR, très normé dans sa composition, viendra remplacer du charbon ou du fuel lourd utilisés dans des installations industrielles. 

La conception des produits est également un élément clé. Et la bonne vieille consigne revient en grâce : la secrétaire d'Etat à la Transition écologique Brune Poirson a installé ce mercredi un comité de pilotage pour y réfléchir. Il rassemblera des élus, des industriels, des associations et des citoyens. Le taux de recyclage de nos bouteilles en plastique est de 58%, selon Citeo - organisme chargé de la gestion des déchets ménagers, contre 87% en Allemagne.