Platitude et rugosités

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Platitude et rugosités

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Géraldine Pailhas et Sophie Marceau dans "Tout s'est bien passé" de François Ozon (2021). (CAROLE BETHUEL./ MANDARIN PRODUCTION / FOZ)
Géraldine Pailhas et Sophie Marceau dans "Tout s'est bien passé" de François Ozon (2021). (CAROLE BETHUEL./ MANDARIN PRODUCTION / FOZ)

Le niveau est brutalement retombé à Cannes. Au menu : grand sujet de société (la fin de vie et le suicide assisté) dans Tout s’est bien passé, et charge politique contre la censure pour Le Genou d’Ahed. Mais ni François Ozon ni Nadav Lapid n’ont su trouver une forme à la hauteur de leur ambition...

C'est ce qu'on appelle un film à sujet. Après la pédophilie des prêtres dans Grâce à Dieu, François Ozon, un de ces grands abonnés du Festival de Cannes, où il revient en compétition pour la quatrième fois, même s'il en est toujours reparti bredouille, s'attaque cette fois dans Tout s’est bien passé à la fin de vie et au suicide assisté, avec cette adaptation du livre homonyme d'Emmanuelle Bernheim, où elle racontait comment elle avait aidé son père, devenu hémiplégique après un AVC, à mettre fin à ses jours dans une clinique suisse. On sait gré à l'auteur de Huit Femmes d'avoir quitté sa position habituelle de surplomb sur ses personnages, sans doute parce qu'il était lui-même proche d'Emmanuelle Bernheim, coscénariste de plusieurs de ses films, mais sans doute aussi à cause de cette proximité, précisément, on sent le réalisateur trop mal à l'aise pour se confronter véritablement à cette histoire, se réfugiant dans l'illustration sans aspérité de son scénario. Les acteurs ne sont pas en cause, avec une Sophie Marceau excellente dans la sobriété et un André Dussollier ne dédaignant pas le grotesque avec son visage déformé par le latex, mais sans remonter, sur le même sujet, à la Palme d'or de 2012, Amour de Michael Haneke, on se souvient avoir vu sur la Croisette, il y a deux ans, un film avec autrement d'audace, d'émotion, et pour tout dire de grâce, et adapté du même livre : c'était Être vivant et le savoir. Mais tout le monde, certes, n'est pas Alain Cavalier...

En guerre contre la censure

Avshalom Pollak et Nur Fibak dans « Le Genou d’Ahed », du réalisateur israélien Nadav Lapid, en lice pour la Palme d’or 2021 du Festival de Cannes. © lesfilmsdubal
Avshalom Pollak et Nur Fibak dans « Le Genou d’Ahed », du réalisateur israélien Nadav Lapid, en lice pour la Palme d’or 2021 du Festival de Cannes. © lesfilmsdubal

Après toute cette platitude, on remercierait presque l'Israélien Nadav Lapid, Ours d'or au festival de Berlin en 2019 avec Synonymes, de nous avoir proposé avec Le Genou d’Ahed un peu de rugosité. Le genou du titre, c'est celui d'Ahed Tamimi, cette militante palestinienne à la flamboyante chevelure blonde dont un député de la Knesset avait appelé, sur Twitter, à ce qu'on lui tire une balle dans la rotule. Mais le film ne parle pas de ça : très autobiographique, il raconte les avanies d'un cinéaste invité à présenter son film dans un petit village du désert de la Arava, à condition de s’engager par écrit à ne pas aborder des sujets dérangeants. Règlement de compte virulent contre le gouvernement israélien et ces ministres de la culture nationalistes qui tentent d'étouffer, en les menaçant de couper leurs financements, toutes les voix dissidentes, le film se réduit malheureusement, avec sa caméra secouée dans tous les sens, à un torrent imprécatif et éructant face auquel le spectateur, qui n'en peut mais, se demande souvent ce qu'il a fait pour mériter ça !

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