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Plongée au coeur du nouveau Far West amazonien ou d'une librairie de Beyrouth, grâce à la revue XXI

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"Dans la jungle". Première page du récit photo Tommaso Protti publié dans le numéro 53 du trimestriel.
"Dans la jungle". Première page du récit photo Tommaso Protti publié dans le numéro 53 du trimestriel.
- Revue XXI. Photographie de Tommaso Protti pour la Fondation Carmignac

La face cachée du globe. Une Amazonie meurtrie, des écoliers privés d'enseignement par la pandémie ou la vie d'une librairie beyrouthine. L’actualité internationale tient une place particulière dans le trimestriel. Pour son nouveau numéro, la revue XXI traite d’une quinzaine de sujets d’actualité à travers le monde.

Des grands reportages dans l’enfer libyen, dans la jungle amazonienne, dans le chaos de Beyrouth. Des histoires de butins coloniaux, 90 000 œuvres africaines réclamées à la France. Des portraits d’hommes infréquentables en Suède, et dans d’autres pays européens, l’entretien avec la Premier ministre de Nouvelle-Zélande, le récit d’un homme qui est parti sur les traces de son grand père au Vietnam. Autant de situations qui racontent notre monde et dans lesquelles nous plonge la revue XXI.

Marion Quillard, vous êtes rédactrice en chef à XXI, pourquoi un si fort intérêt pour l’actualité internationale ? 

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C’est vrai que nous avons dans notre ADN un rapport avec le monde très fort et on pousse pour cela un peu les frontières. On s’intéresse au monde entier et à ce qui nous touche en France. On cherche à traiter de manière différente à chaque fois pour pouvoir sortir des lames de fond des mouvements sociétaux. On traite cela à travers des histoires très incarnées, très humaines qui permettent de sentir, de voir, d’entendre le monde dans lequel on vit. L'idée de toute façon à chaque fois dans nos pages est d’aller voir sur le terrain. La seule contrainte c’est de se rendre sur place et de raconter. Le fait que nous soyons un trimestriel nous oblige aussi à aborder l’actualité de manière plus approfondie et surtout avec davantage de recul.  

Par exemple, Manaus est la capitale de l’Amazonie brésilienne, dans le nord du pays, en plein cœur de la forêt. Grâce aux incroyables photos de Tommaso Protti, en noir et blanc, d’une violence extrême, nous plongeons dans l’enfer amazonien, un endroit qui concentre à peu près toutes les problématiques actuelles : une déforestation énormissime, une hausse de 35% en 2020 par rapport à 2019, des trafics de drogue en particulier la cocaïne qui traversent la région, des bidonvilles peuplés de migrants, des Vénézuéliens notamment, des mines d’or illégales, un barrage hydroélectrique avec un scandale de corruption nationale. Et en plus, voilà que Manaus devient la capitale mondiale de la pandémie de Covid avec des taux de décès vraiment très élevés. 

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Tommaso Protti est un Italien qui vit au Brésil. Il observe depuis six ans cette "scène de crime" comme il l’appelle, et il nous y emmène. Nous sommes donc dans le long terme, au cœur de cette Amazonie que beaucoup d’entre nous idolâtrent encore mais qui est en fait aujourd’hui un véritable enfer.   

Nos reportages sont des séquences longues, il faut s’immerger, passer du temps avec les gens, les voir, les écouter, les questionner pour ensuite pouvoir transmettre au lecteur, lui faire remonter ce qui se passe sur le terrain. XXI est une revue complète dans laquelle on raconte des histoires à la fois en textes et en images, des grands reportages avec des photos qui peuvent faire vingt pages ou plus.  

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Restitutions d’œuvres d’art africaines

Vous abordez un autre sujet d’actualité internationale où la France est en première ligne, sous le titre "Un butin colonial". C'est l’histoire de ces œuvres africaines intégrées au patrimoine français qui, malgré la promesse du président de la République de les restituer à leurs pays d’origine, restent en France, à quelques exceptions près ?  

C’est une histoire écrite par Taina Tervonen qui est d’origine finlandaise qui a passé son enfance au Sénégal où ses parents étaient des missionnaires protestants. Elle connait bien le pays et l’Afrique en général. Elle raconte cette histoire d’une promesse pas encore tenue de la part d’Emmanuel Macron. Lors de son discours à Ouagadougou en novembre 2017, le Président de la République avait promis que toutes les œuvres seraient rendues, les œuvres africaines détenues dans les musées français. En décembre dernier, la France annonce la restitution de deux œuvres, deux œuvres réclamées par le Bénin et le Sénégal. Du coup, la journaliste revient sur un trésor volé, pris en 1890, par le colonel français Louis Archinard à Ségou. Il s’est emparé de trésors, des armes, des bijoux en or, en argent, des centaines de manuscrits qu’il a ramenés en France. Il a expédié le butin en France avec même un enfant d’une dizaine d’années Abdoulaye qui deviendra le premier noir de Saint-Cyr.  

Depuis 1996, le Sénégal demande la restitution de ses biens pris au moment de cette bataille. Dakar vient d’obtenir la restitution d’un sabre qui est attribué à un chef spirituel et fondateur de l’empire toucouleur. 

C’est une victoire, oui mais en demi-teinte car il reste tellement d’œuvres à restituer. Les enjeux sont énormes et pour l’instant la France se dirige vers des discussions au cas par cas.

Des discussions pour chacune des 90 000 œuvres africaines et pour chacun des pays ? Car outre le Sénégal et le Bénin, il y a aussi le Tchad, Madagascar, la Côte d’Ivoire, l’Éthiopie ?  

Ces œuvres sont considérées comme non aliénables, appartenant au patrimoine français. Ça veut dire qu’il est interdit de les céder, c’est la loi. Et pour que la France rende quoique ce soit, il faut passer chaque fois par le Parlement. C’est lui seul qui a le pouvoir d’aliéner ces biens qui appartiennent à des collections nationales. Donc c’est très compliqué avec de longs processus législatifs et ce n’est donc pas facile pour chacun des pays de récupérer ses œuvres   

"Je veux que, d’ici cinq ans, les conditions soient réunies pour des restitutions temporaires ou définitives du patrimoine africain en Afrique", lance Emmanuel Macron, ce 28 novembre 2017 devant les étudiants burkinabés. 

Seulement à peine la moitié des 90 000 œuvres africaines des musées français pourrait être restituée, car acquise pendant la colonisation. Il n’y a pas de loi-cadre. En octobre 2020, une loi d’exception a été votée pour 26 œuvres béninoises, et pour le sabre d’El Hadj Oumar. Une couronne royale a été rendue à Madagascar en novembre. Le Tchad réclame toujours 10 000 objets, l’Éthiopie, 3 000 et la Côte d’Ivoire, 148.  

58 min

Pour parler du Covid, vous avez choisi de vous focaliser sur les conséquences de la pandémie actuelle dans le monde sur les écoliers. Éducation ou nutrition vont de pair dans beaucoup de pays. Près de la moitié des enfants scolarisés, soit 310 millions de mineurs, risquent de ne pas pouvoir retourner en classe. Ce qui signifie aussi pour eux un repas de moins ? 

C’est une nouvelle rubrique, une autre façon d’entendre des voix du monde autour d’une thématique. Là c’était évident de parler de ce qui est actuellement commun au monde. On s’est attardé sur la façon dont les écoliers, les enseignants trouvaient leur place dans ce monde avec le Covid, ici en France mais on part en Inde, aux États-Unis. On s’entretient avec des profs et  des élèves et on voit comment tout ce monde essaie de survivre à cette pandémie. Et effectivement, l’impact sur le milieu scolaire est vaste et touche à plusieurs niveaux les enfants. Pour des millions d’entre eux, la privation d’école signifie aussi la privation de nourriture. Une relation dont on n’a pas toujours conscience. On a voulu montrer les risques que courent les plus jeunes qui finalement subissent une double peine avec la pandémie et rappeler le rôle de l’école aux quatre coins du monde

On termine avec un grand reportage au Liban, "Beyrouth à livre ouvert", l’histoire d’une librairie située près du port touchée par l’explosion d’août dernier, un café librairie qui raconte ce que les Libanais ont traversé depuis un an.   

On va s’immerger pendant des mois dans une librairie située dans une des ruelles commerçantes de Beyrouth  qui va vivre de plein fouet l’explosion du 4 août. Pour rappel, cette explosion ce sont 200 morts, des milliers de blessés, c’est un cratère qui fait 120 mètres de diamètre. On est vraiment dans quelque chose d’extraordinaire. Et donc nous nous attardons sur les gens de cette librairie, la gérante Niamh. On suit Ali, Jihad, Naila, Yakoub, les employés qui nous racontent l’année qui a précédé l’explosion. Il y a plusieurs chapitres la révolution, la contagion, l’inflation, l’explosion.  

Première page du récit de Jean Carrère dans le trimestriel.
Première page du récit de Jean Carrère dans le trimestriel.
- Revue XXI. Illustration Alice Bossut

On part d’une révolution populaire qui a émergé à l’automne 2019 avec des milliers de Libanais dans les rues. En fait, un tiers de la population vit avec moins de quatre dollars par jour et donc quand le gouvernement a commencé à instaurer de nouvelles taxes, notamment sur la messagerie Whatsapp, les gens ont manifesté. C’était le début d’une séquence qui s’est amplifiée avec le Covid, en février 2020, puis la contagion avec la pandémie mondiale, en juin l’inflation explose, la monnaie s’effondre. Et tout d’un coup, le pays se referme sur lui-même au niveau économique. 

Puis, en août, l’horreur de l’explosion au port de la capitale. Beyrouth, malgré le chaos, une Irlandaise et sa bande, des sunnites, des chiites, des réfugiés syriens, des Druzes, etc. qui vivent ensemble, racontent un bout du Liban d’aujourd’hui.  

6 min

Dans tous nos reportages, on se rend compte comment un détail peut faire toute la différence et donner tout son sens à une histoire, ou à une situation. Les meilleures narrations viennent quand on est capable de rester curieux et de décaler le regard.   

Ailleurs dans le monde

Beyrouth : la Fondation de France a collecté 3 millions d'euros

Six mois après la double explosion qui a dévasté Beyrouth, la Fondation de France a collecté 3 millions d’euros. La moitié a été engagée dans une trentaine d’actions sur le terrain auprès de 8 000 victimes, de centaines d’entrepreneurs et commerçants. 1 300 logements et 5 bâtiments publics ont été réhabilité.

Joe Biden met fin au soutien "des ventes d'armes" au Yémen

Suites aux  annonces du président américain Joe Biden d’arrêter de soutenir militairement l’Arabie Saoudite, de nombreuses ONG demandent aux autorités françaises d’en faire de même et de trouver une solution politique au conflit au Yémen. 

Jean-François Riffaud, directeur général d'Action contre la Faim :

Les ventes d’armes aux pays impliqués dans la guerre au Yémen ont eu des conséquences humaines dramatiques et tout doit être fait aujourd’hui pour stopper la souffrance des populations civiles qui sont à bout après six années de conflit. La fin des ventes d’armes et la garantie d’un accès humanitaire neutre, indépendant et impartiale sont aujourd’hui primordiaux.

Aujourd’hui, le Yémen connaît la pire crise humanitaire au monde. Plus de treize millions et demi de personnes, soit 45% de la population du pays, souffrent de la faim, et 16 500 personnes font déjà face à une situation s’apparentant à la famine. "Au cours des six derniers mois, le nombre d'enfants traités par Action contre la faim pour malnutrition aiguë a augmenté de 41 %" explique M. Riffaud.

Iran : discriminations envers les minorités ethniques

Huit prisonniers en Iran appartenant à des minorités ethniques, baloutches et arabes ahwasi risquent d’être exécutés prochainement alors qu’Amnesty international estime que "les condamnations ont été prononcées à l’issue de procès manifestement iniques sur la base d’aveux extorqués sous la torture". Trois des huit prisonniers condamnés à mort se sont cousus les lèvres et observent une grève de la faim depuis le 23 janvier pour protester contre leurs conditions de détention, le refus des visites des familles et la menace d’exécution. Depuis le 19 décembre dernier, 20 hommes de ces minorités ont été exécutés.

Avec la collaboration avec Caroline Bennetot