Occupation du Théâtre de l'Odéon à Paris le 9 mars 2021
Occupation du Théâtre de l'Odéon à Paris le 9 mars 2021
Occupation du Théâtre de l'Odéon à Paris le 9 mars 2021 ©Maxppp - Thomas Padilla
Occupation du Théâtre de l'Odéon à Paris le 9 mars 2021 ©Maxppp - Thomas Padilla
Occupation du Théâtre de l'Odéon à Paris le 9 mars 2021 ©Maxppp - Thomas Padilla
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Résumé

"À présent" questionne, ce soir, la dimension de "vivant" dans le spectacle qualifié ainsi. Qu’est-ce qui se manifeste à travers le "spectacle vivant" ? En quoi implique-t-il le "vivant" sous toutes ses formes ?

avec :

Frédéric Pouillaude (professeur de philosophie à l’Université Aix-Marseille), Béatrice Picon-Vallin (directrice de recherches émérite au CNRS, THALIM/ARIAS).

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Le « spectacle vivant » est au cœur de la pandémie, de ce qu’elle a interrompu, de ce qui revient aujourd’hui, sous forme aussi de revendication dans l’espace public, y compris par l’occupation de théâtres. Mais qu’est-ce que le spectacle vivant ? Comment le définir ? En quoi est-il non seulement vivant, mais vital et fragile aussi du même coup puisque la pandémie peut aussi le mettre en danger ? Qu’est-ce qui se manifeste à travers lui ? C’est à la fois une catégorie politique, et même administrative ; une expérience esthétique précise, qui se distingue d’autres (et par exemple sur les écrans) ; et qui en effet implique le vivant, sous toutes ses formes. 

Nous en parlons ce soir, sous tous ces angles, avec Béatrice Picon-Vallin, directrice de recherches émérite au CNRS, THALIM/ARIAS, professeure d’histoire du théâtre et autrice de nombreux ouvrages notamment sur Meyerhold, le Théâtre du Soleil ou Les Théâtres documentaires (co-dirigé avec Érica Magris, éditions Deuxième époque, 2019) et avec Frédéric Pouillaude, agrégé et docteur en philosophie, professeur d’esthétique et théorie de l’art moderne à l'Université d'Aix-Marseille, auteur d’ouvrages sur la philosophie de la danse, et tout récemment des Représentations factuelles (éditions du Cerf, 2020).

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J'ai toujours été perplexe par rapport à cette notion de "spectacle vivant" : le spectacle est toujours vivant, il ne peut pas être mort. L'origine de cette expression renvoie à une économie de la culture : le spectacle vivant se définit par la présence physique d'au moins un artiste de spectacle, permettant une rémunération lors de la représentation en public d'une œuvre de l'esprit. C'est une case administrative qui définit cette notion de façon sociologique et pas vraiment artistique. Mais aujourd'hui, elle prend tout son sens, puisqu'on parle de spectacles "morts-nés" pour tous ceux qui sont répétés et qui ne seront jamais joués. Béatrice Picon-Vallin 

Je préfère employer la catégorie d'"arts de performance" plus que celle de "spectacle vivant" (...) car elle insiste trop sur la simple dimension optique du spectacle alors qu'il s'agit d'expériences globales (...). À travers le terme de "performance", ce sont des arts dans lesquels une ou plusieurs personnes font quelque chose en présence d'un public, s'exposent au risque de ne pas y arriver, dans un temps qui est intensifié par ce risque même et qui est surtout éprouvé collectivement. Il y a une collectivité du public – même anonyme – dans laquelle, en tant que spectateur, nous faisons l'expérience sensible et commune de ce temps intensifié et risqué. Pour moi, c'est le cœur du spectacle vivant ou des arts de performance. Frédéric Pouillaude 

Nous voyons la mobilisation des gens de théâtre, de musique, de cinéma (...) mais il y a aussi le public qui est une question clé (...). Le public c'est le partenaire, c'est le quatrième créateur : il tient un rôle essentiel pour le théâtre. Il est aussi le grand "résonateur", c'est celui qui donne des répliques aux acteurs - elles ne sont pas parlées mais perceptibles - l'acteur doit les sentir et répondre, il modifie son jeu en fonction de ces "répliques". Comment le public peut exprimer son besoin de théâtre ? De quel théâtre a-t-il besoin ? Pour moi ce sont de très grandes questions. Béatrice Picon-Vallin

Regarder du théâtre ou de la danse à travers un écran d'ordinateur, ça ne peut pas être "être spectateur" d'un spectacle vivant parce que c'est ne pas s'ennuyer. On ne s'expose pas à la nécessité de rester assis lorsqu'on n'accroche pas. L'expérience de l'ennui est fondamentale : dans le temps contraint d'un spectacle, on fait l'épreuve de sa propre attention et capacité d'investissement dans une proposition. De plus, quand on est face à un écran, on n'est pas soumis au regard des autres. Au contraire, faire cette expérience dans une salle où un spectacle a lieu, c'est aussi faire l'expérience de son propre corps comme spectateur dans l'espace public, soumis à un regard collectif. On perd tout cela dans la solitude privée de la maison et du lieu domestique. Frédéric Pouillaude 

Le théâtre documentaire s'est toujours posé par rapport aux médias, (...) il y a toujours eu ce rapport : il fallait être égal aux médias, aller plus loin que les médias. (...) Tous ces théâtres documentaires aux formes multiples sont là pour construire une vérité, elle n'est pas donnée. Ce n'est pas seulement l'objectivité de la vérité mais aussi sa subjectivité et c'est cela que l'art documentaire, au théâtre, peut apporter. Béatrice Picon-Vallin

À réécouter : Occupation de l’Odéon : le théâtre comme agora en 1968 comme en 2021

Pour en savoir plus 

Sur Béatrice Picon-Vallin
• La page de présentation et des publications de la chercheuse

Sur Frédéric Pouillaude
• La page de présentation du professeur sur le site du Laboratoire d'Etudes en Sciences des Arts de l'université d'Aix-Marseille
• Les publications du professeur sur le site Cairn.info

À réécouter : Factuel : pour une théorie des œuvres documentaires

Choix musicaux 

Morceau choisi par Béatrice Picon-Vallin : "Sovvente  sole" aria de Vivaldi, interprété par Nathalie Stutzmann et l'ensemble Orfeo 55 - Album : Prima Donna (2011) - Label : Decca Records.

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Nathalie Stutzmann vient de sortir un album intitulé Contralt" dans lequel elle chante mais aussi dirige son ensemble orchestral Orfeo 55.

Morceau choisi par Frédéric Pouillaude : "Danse de Solon Tsakitzis", extrait de la bande originale du film de Tony Gatlif Djam (2017).

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Références

L'équipe

Frédéric Worms
Frédéric Worms
Frédéric Worms
Production
Jeanne Delecroix
Collaboration
Sandrine Chapron
Collaboration
Zohra Vignais
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