Alice Zeniter
Alice Zeniter ©AFP - Joel Saget
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Un court entretien comme une humeur du jour à partir de cette question : A quoi pensez-vous ? Alice Zeniter, romancière qui signe "Comme un empire dans un empire" aux éditions Flammarion, y répond au micro d’Arnaud Laporte. Un moment au présent éminemment subjectif...

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A quoi pensez-vous ?

Alice Zeniter Je pense à la rentrée, ce moment où la nouvelle année commence.  Mon anniversaire a lieu en même temps que la rentrée de septembre, donc ça a toujours été quelque chose de très marquant pour moi. Et maintenant, la rentrée littéraire a totalement remplacé la rentrée scolaire sur cette même période. Ce côté "fin août / début septembre, les choses vont rouvrir, tout est possible." On va retrouver les copains dans les librairies, dans les festivals, et dans la peur. Qu'est ce que ça va donner ? D'habitude, j'aime plutôt bien la rentrée. Là, je me sens un peu perdue. La pandémie m'empêche beaucoup de me projeter. J'ai du mal à imaginer la rentrée. Mon imagination bloque sur toutes les incertitudes qui sont créées par cette pandémie, par cette deuxième vague... Est ce qu'il y aura des festivals littéraires? Des rencontres en librairie? Est ce que le théâtre où je travaille va pouvoir à nouveau accueillir du public ?  Quelles sont les modalités d'être ensemble ? Est ce que je dois m'imaginer apercevoir des gens dans des bars et des restaurants ou est ce qu'il faut que je gomme ces aspects là ? Est ce qu'il va y avoir des crises ? Quelle va être la rentrée sociale? Quels vont être les modes de protestation qui seront possibles dans la rue avec ces interdictions de se réunir? Comment va-t-on pouvoir vivre nos colères ? Cette rentrée est très floue.

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Cette rentrée anxiogène, inconnue, est-elle malgré tout porteuse de récits possibles ?

Oui, évidemment. C'est une rentrée littéraire donc elle sera porteuse de livres, et il y a énormément de récits, de romans, que j'ai hâte de pouvoir aller découvrir en librairie. C'est aussi un moment où, finalement, le temps ayant passé, on peut se retourner sur un passé qui a l'air immédiat - en tous cas qui est encore tiède - et le transformer en récit. On est plus dans le présent de la déflagration. C'est quelque chose que j'essaye de travailler en écriture dans mon nouveau livre. Quel décalage il faut, combien de temps il faut pour réussir à transformer quelque chose qui éclate en récit ? C'est une question qui me hante. 

Alice Zeniter, jeudi 27 août 2020