Stéphane Audoin-Rouzeau au service militaire, en 1977
Stéphane Audoin-Rouzeau au service militaire, en 1977 - Archives privées Stéphane Audoin-Rouzeau
Stéphane Audoin-Rouzeau au service militaire, en 1977 - Archives privées Stéphane Audoin-Rouzeau
Stéphane Audoin-Rouzeau au service militaire, en 1977 - Archives privées Stéphane Audoin-Rouzeau
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Stéphane Audoin-Rouzeau a choisi l’Histoire à l’âge où ses grands-parents sont partis à la guerre. Dans "Quelle histoire", il montrait que la guerre a provoqué le silence dans les familles et dans les corps, lié au choc et à l’incompréhension de ce qui était arrivé. Lui est donc sorti du silence…

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Tout le monde s’accorde à dire que Stéphane Audoin-Rouzeau a contribué à renouveler l’historiographie de la Grande guerre, qu’il a changé la focale et obligé les chercheurs à se positionner par rapport à lui. Qu’a-t-il apporté d’essentiel à la connaissance sur ces quatre années cruciales ? « Ce que j'ai apporté c'est une attention d'ordre plus anthropologique à l'expérience de guerre, en particulier aux objets, c'est l'apport central du travail muséographique, ce qui a transformé ma manière d'envisager l'Histoire des combattants de la Grande guerre », analyse l'historien.

Ecole du consentement vs école de la contrainte

Dans les années 2000 est née une querelle d’historiens autour de la thèse de Stéphane Audoin-Rouzeau sur le « consentement » des soldats de 14. Cette bataille des idées a duré plusieurs années, chacun jugeant la position de l’autre dominante. Le livre qui a mis le feu aux poudres était 14-18. Retrouver la guerre, avec Annette Becker (2000, Gallimard). Stéphane Audoin Rouzeau pense que les sociétés européennes étaient prêtes à la guerre : « Oui je pense que les sociétés d'Europe occidentale, là où sans doute les constructions nationales avaient été les plus puissantes, ont consenti à cette épreuve atroce, injustifiable, qu'a été la Première Guerre mondiale. (...) La grande surprise et la grande tragédie c'est que ce consentement initial s'est maintenu dans le long terme. » L'historien illustre son propos en évoquant la guerre en Ukraine : « Ceci nous étonne peut-être moins aujourd'hui que nous avons sous les yeux une société en Ukraine qui depuis le début consent absolument et unanimement à la guerre, en tout cas pour l'instant. »

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Mais jusqu’où peut-on parler d’un consentement des sociétés ? Stéphane Audoin Rouzeau admet que le terme « consentement » aurait pu être nuancé : « Je pense qu'il manquait quelque chose à cette proposition, cette formule était peut-être un peu trop lapidaire », il ajoute qu'il aurait fallu faire entrer dans cette proposition la notion de temporalité : « le temps de la guerre, le temps éprouvé, n'a rien à voir avec le temps de paix, dès lors que la guerre est là, les acteurs sociaux basculent dans un temps autre. C'est un temps où leur perception des enjeux, leurs sentiments se modifient. »

Générique

Une série d’entretiens proposée par Caroline Broué. Réalisation : Guillaume Baldy. Prise de son : Loïc Duros. Chargée de programmes : Daphné Abgrall. Coordination : Florian Delorme.

Pour aller plus loin

Le site du Centre de recherches de l'Historial de la Grande Guerre

Le site du CRID 14-18, collectif de recherche international et de débat sur la guerre de 14-18

Le site de l’International Society for First World War Studies

La guerre transmise. Anamosa, revue Sensibilités, n°10 coordonné par Stéphane Audoin-Rouzeau et Emmanuel Saint-Fuscien.

Stéphane Audoin-Rouzeau & Thierry Fabre (2008). Combattre. La pensée de midi, 26, 14-21.

Stéphane Audoin-Rouzeau. « La Grande Guerre, le deuil interminable », Le Débat, 1999/2 (n° 104), p. 117-130.

Bibliographie sélective

Une initiation : Rwanda (1994-2016), publié au Seuil en 2017.

Quelle Histoire : un récit de filiation (1914-2014), suivi d'un texte inédit Du côté des femmes, (Ed. Seuil Points-Histoire, 2015).

Encyclopédie de la Grande Guerre 1914 - 1918, collectif sous la direction de Stéphane Audoin-Rouzeau et Jean-Jacques Becker (Ed. Bayard, 2014).

L’Enfant de l’ennemi (1914-1918), (Ed. Flammarion, 2009. Réédition en poche en 2013).

Les armes et la chair. Trois objets de mort en 1914-1918 (Ed. Armand Colin, 2009).

Combattre : une anthropologie historique de la guerre moderne (xixe – xxie siècle) publié au Seuil en 2008.

14-18, retrouver la Guerre, en collaboration avec Annette Becker (Ed. Gallimard, 2000. Réédition en poche, en 2003).

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