André Wilms (1947-2022)
André Wilms (1947-2022) ©Getty - Steve Russell/Toronto Star
André Wilms (1947-2022) ©Getty - Steve Russell/Toronto Star
André Wilms (1947-2022) ©Getty - Steve Russell/Toronto Star
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Second sentiment emprunté au "Traité des passions" de Descartes et servant de fil conducteur à ce deuxième volet de cette série d'entretiens : l'amour.

Dans ce second volet d'entretien, André Wilms se confiait en 2013 au micro de Martin Quenehen sur son amour du désordre - voire du bordel - convoquant pour s'en expliquer aussi bien Shakespeare et son fameux All's Fair in Love and War de Beaucoup de bruit pour rien que son enfance alsacienne :

"En Alsace, les géraniums sont parfaits, les maisons sont refaites, chaque semaine il y a un jour donné pendant lequel les gens doivent nettoyer les parties communes de leur immeuble. Ma mère disait "l’ordre c’est la moitié de la vie". Il fallait être propre. Quand j’étais enfant, on regardait mes ongles, mes oreilles et mes trous de nez tous les matins. Tout d’un coup, je me suis dit que la seule attitude révolutionnaire c’était d’être sale. Alors je me suis laissé être sale, comme les Beatniks. Mais quand on avait les cheveux longs à Strasbourg à l’époque, on se faisait insulter. Moi je voulais du désordre, j’aurais voulu que ce soit sale, j’aurais voulu transformer Strasbourg en Calcutta."

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Mais comment faire exister ce goût du désordre sur une scène de théâtre, ou un plateau de cinéma, lieux ordonnés par excellence ?

André Wilms explique son besoin d'introduire du dérèglement sur scène : "J’essaie d’introduire de l’inattendu. Je dis souvent que j’ai besoin de salir mon personnage. Souvent quand je vais au théâtre je trouve que tout est trop parfait, tout le monde joue bien, sait son texte à la perfection, les costumes sont beaux. Mais quelque chose me manque. Parce que dans la vie les gens sont plus sales que cela."

Schizophrénie

Dans cet entretien qui tourne autour de la notion d'amour, André Wilms se livre à quelques exercices d'admiration - Luigi Nono, Richard Burton - évoque sa relation à l'œuvre du compositeur allemand Heiner Goebbels, le type de relation souvent sado-masochiste qui peut s'instaurer entre un acteur et un metteur en scène, et son amour ambivalent pour l'Allemagne et le théâtre allemand, une position paradoxale dont il fait remonter l'origine une fois encore à son enfance alsacienne : "Dans ma famille, c’était des discussions sans fin. Faut-il acheter Renault ou Mercedes ? Faut-il chanter O Tannenbaum ou plutôt Mon beau sapin à Noël ? Cinquante plus tard, c’est toujours les mêmes discussions. Je suis toujours divisé, sur le théâtre allemand par exemple. Parfois je l’admire, parfois il m’énerve. Je trouve les metteurs en scène trop trash. En même temps je les trouve formidables. Klaus Michael Grüber disait une chose assez jolie : la langue française est faite pour panser, pour adoucir les plaies, l’allemand pour les accentuer."