Annie Ernaux au Festival de Cannes le 23 mai 2002 pour la projection de son film "Les Années Super 8".
Annie Ernaux au Festival de Cannes le 23 mai 2002 pour la projection de son film "Les Années Super 8". ©AFP - Julie SEBADELHA
Annie Ernaux au Festival de Cannes le 23 mai 2002 pour la projection de son film "Les Années Super 8". ©AFP - Julie SEBADELHA
Annie Ernaux au Festival de Cannes le 23 mai 2002 pour la projection de son film "Les Années Super 8". ©AFP - Julie SEBADELHA
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Premier entretien d'une série de cinq avec l'écrivaine Annie Ernaux, qui évoque la ville d'Yvetot, en Normandie, où elle a passé son enfance, ses premières lectures et déjà la violence sociale qu'elle ressent dans sa vie.

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Dans cette série "A voix nue", l'écrivaine Annie Ernaux au micro de Geneviève Brisac se racontait en 2002. Elle commence par insister sur son envie de faire connaître sa carrière de professeur de lettres agrégée. Avoir un métier, explique-t-elle, cela signifie être libre par rapport à ses écrits et être indépendante. "Ne pas écrire pour gagner sa vie", cela lui semble une évidence.

Les deux mondes d'Annie Ernaux

Ce premier temps de la discussion est consacré bien sûr à Yvetot, "la ville d'origine" comme Annie Ernaux l'appelle, là où elle a passé son enfance et sa jeunesse à partir de 1945. Ses parents y tenaient un café-épicerie. Elle dit y avoir ressenti très tôt et très fort les classes sociales. Elle parle d'"invisibilité" pour la partie du monde à laquelle elle appartient.

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Au pensionnat, elle découvre ensuite "un autre langage" et elle apprend alors à "louvoyer" entre les deux mondes tout en les tenant bien éloignés. Quand on appartient au monde des dominés on ressent forcément les classes sociales et la violence sociale. "À l'adolescence, je suis dans ce monde qui se retourne", confie Annie Ernaux qui se détache alors de son milieu d'origine et recherche la compagnie des garçons "bien".

"Les armoires vides", le premier roman d'Annie Ernaux

De son premier roman, Les armoires vides, elle dit qu'il "contient presque tout", que "c'est un livre fondateur". Elle y aborde le monde invisible auquel elle appartient avec d'un côté l'épicerie et le monde des femmes et de l'autre, le café et le monde des hommes. Elle vit la hiérarchisation de la société et constate comment l'école l'a faite passer de l'autre bord.

Elle se souvient de cette époque où elle était seule et lisait énormément. "Je vis dans les livres, je vis d'une vie imaginaire constante", raconte-t-elle. Elle aimait se projeter dans des héroïnes comme Scarlett O'Hara, dans Autant en emporte le vent que sa mère, grande lectrice, lui fait lire à l'âge de neuf ans. Grâce à ses lectures, dit-elle, "je vis d'autres vies". A l'adolescence, en classe de seconde, elle découvre avec stupéfaction, et toujours grâce à sa mère, Les raisins de la colère de John Steinbeck publié en 1939. "Je n'avais rien lu de semblable dans la littérature française. Ça a été un bouleversement", explique-t-elle car pour la première fois elle retrouve dans un livre les gens qu'elle côtoyait tous les jours dans le café de ses parents. "Enfin !", conclut-elle.

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