Arlette Farge en 1999.
Arlette Farge en 1999.
Arlette Farge en 1999. ©Getty - Frédéric SOULOY/Gamma-Rapho
Arlette Farge en 1999. ©Getty - Frédéric SOULOY/Gamma-Rapho
Arlette Farge en 1999. ©Getty - Frédéric SOULOY/Gamma-Rapho
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Résumé

Deuxième temps d'"A voix nue" avec Arlette Farge qui évoque son travail passionné dans les archives judiciaires de Paris qui donnera lieu à un livre culte "Le goût de l'archive". L'historienne raconte aussi sa collaboration avec Michel Foucault et interroge la place des émotions dans la recherche.

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Arlette Farge (historienne spécialiste du 18e siècle, directrice de recherches en histoire au CNRS).

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Dans ce deuxième entretien, l'historienne de la vie des petites gens au 18ème siècle raconte comment on lui a appris à mettre de côté ses émotions dans son travail de recherche. "J'ai appris la rigueur, un certain académisme de la profession", reconnaît-elle face aux histoires personnelles qui ressortent des archives. En tant qu'historienne, elle s'évertue à trouver "une articulation entre le passé et le présent".

J'ai surtout l'impression d'avoir une compagnie d'êtres qui ont existé avant moi, qui me ressemblent beaucoup et qui ne me ressemblent pas du tout. Et c'est je crois dans cet écart entre un dépaysement total avec eux et tant de choses [qu'on a] en commun, c'est peut-être ce qui a motivé ma poursuite dans ces archives, ce lien si fort et ce non lien. Il y a une familiarité avec eux et en même temps un dépaysement.

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L'instauration en 1665 d'un lieutenant général de police à Paris a engendré des archives abondantes et très minutieuses qui sont comme "des narrations" très détaillées des événements judiciaires. "Je me suis plongée dedans parce qu'il me semblait que c'était un moyen de traverser l'envers du Siècle des Lumières. Les Lumières avaient leur ombre." "Ces archives de police, en plus, elles nous parlaient de gens qui n'avaient ni la parole, ni l'écriture, ni la culture", explique-t-elle et malgré tous les biais qui peuvent exister dans ce genre d'archives, ce sont quand même des récits de vies, d'intimités qui se laissent entrevoir.

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"J'étais terrorisée", raconte-t-elle, à l'idée de rencontrer Michel Foucault qui lui demande un entretien suite à la publication de sa thèse sur le vol d'aliments au 18ème siècle. Son travail avec lui pendant deux ans, "c'est je crois un événement qui a fait basculer ma vie", confie-t-elle. Grâce à leur collaboration, elle s'est émancipée de ce reproche qu'on lui faisait souvent qu'elle était "trop émotionnelle", "trop femme". Or, elle a vu comment Michel Foucault réagissait devant les archives, avec beaucoup d'émotion également : "On vibre ensemble." Malgré un travail assidu, "le livre a fait le plus gros flop de l'édition française", regrette-t-elle.

Son travail sur les archives du 18ème siècle, elle a voulu le mener comme si elle ne connaissait pas la fin de l'histoire de ce siècle, donc elle se refuse le plus souvent de faire référence à la Révolution française pour éclairer le début du siècle. 

J'ai exclu la Révolution pour rester dans la contemporanéité de gens qui vivent jour après jour sans savoir ce que demain sera, ni le prévoir.

Par Perrine Kervran. Réalisation : Clotilde Pivin. Prise de son : Etienne Leroy. Attachée d'émission : Claire Poinsignon.