Stéphane Audoin-Rouzeau avec l'historien Jean-Jacques Becker
Stéphane Audoin-Rouzeau avec l'historien Jean-Jacques Becker - Archives privées Stéphane Audoin-Rouzeau
Stéphane Audoin-Rouzeau avec l'historien Jean-Jacques Becker - Archives privées Stéphane Audoin-Rouzeau
Stéphane Audoin-Rouzeau avec l'historien Jean-Jacques Becker - Archives privées Stéphane Audoin-Rouzeau
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Tout au long de la semaine, c’est une vie d’historien en quête de compréhension de l’homme combattant qu’a retracé Stéphane Audoin-Rouzeau. Dans ce dernier épisode, il revient sur l’anthropologie du fait guerrier.

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La trajectoire professionnelle et personnelle de Stéphane Audoin-Rouzeau a été marquée par la guerre. De sa famille touchée par la Première Guerre mondiale, à l'étude minutieuse de ces quatre années et demie qui ont ouvert le XXe siècle, en passant par le génocide des Tutsis au Rwanda, c'est une vie d'historien en quête de compréhension de l'homme combattant que l'on a découvert.

Dans ce dernier épisode, l'historien interroge l'anthropologie du fait guerrier. Il commence par rappeler que l'histoire comme discipline a partie liée avec la guerre depuis ses origines : « c'est pour relater la guerre que l'histoire naît dans la Grèce antique avec Hérodote, et qu'elle se confirme avec Thucydide. La guerre reste un évènement majeur des sociétés. Héraclite le dit très tôt : Polemos (la guerre) est le père de toutes choses et de tout après lui, il est le roi. » Que l'on soit un civil ou un soldat, la guerre demeure l'expérience personnelle la plus importante que puisse traverser un individu, observe le chercheur : « les gens qui ont vécu une expérience de guerre traumatisante, au moment de leur mort, ce sont les souvenirs du combattant, de la bataille, des bombardements... Ce sont ces souvenirs qui reviennent au moment de la confusion, de l'agonie. »

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Qu’est-ce qu’une anthropologie du fait guerrier ? Stéphane Audoin-Rouzeau propose « d'anthropologiser » le mot guerre afin de le « dés-affecter », de le considérer comme une activité humaine comme une autre. Il préfère penser le fait guerrier.

"L'histoire n'est pas une science du passé mais une discipline du changement"

« L'Histoire pense les changements et l'anthropologie les structure. Les anthropologues sont des obsédés de l'invariant et les historiens des obsédés du changement » disait Françoise Héritier. En quoi le métier d’historien est-il proche et distinct de celui d’anthropologue ? « S'il y a un endroit où l'Histoire et l'anthropologie peuvent se rencontrer, c'est précisément sur la guerre. La guerre met en jeu des phénomènes fondamentaux : la vie et la mort bien sûr, le corps, la peur, la terreur, la violence, la cruauté. On a là un lieu où l'on peut à la fois avoir la spécificité du moment historique et quelque chose de fondamental qui touche au socle de notre humanité. »

La guerre moderne

La guerre sur le sol européen a ressurgi brutalement avec l’offensive russe en Ukraine le 24 février 2022. Quels enseignements retire-t-on du passé pour comprendre les guerres du présent ? L'historien note un basculement vers la guerre moderne en Europe occidentale : « C'est un nouveau type de guerre qui émerge qui tend à mobiliser la totalité des sociétés, sur une très longue période, au prix de pertes humaines sans aucun précédent sur les champs de batailles. (...) La guerre moderne s'est répliquée lors de la Seconde Guerre mondiale, et on trouve dans la guerre russo-ukrainenne actuelle des modalités très similaires au premier et au second conflit mondial. Cette guerre moderne a été la matrice de notre temps. »

Générique

Une série d’entretiens proposée par Caroline Broué. Réalisation : Guillaume Baldy. Prise de son : Loïc Duros. Chargée de programmes : Daphné Abgrall. Coordination : Florian Delorme.

Pour aller plus loin

«  Entretien avec Stéphane Audoin-Rouzeau », Le Philosophoire , 2017/2 (n° 48), p. 11-38.

Stéphane Audoin-Rouzeau & Thierry Fabre (2008). Combattre. La pensée de midi, 26, 14-21.

Stéphane Audoin-Rouzeau. « La Grande Guerre, le deuil interminable », Le Débat, 1999/2 (n° 104), p. 117-130.

La guerre transmise . Anamosa, revue Sensibilités, n°10 coordonné par Stéphane Audoin-Rouzeau et Emmanuel Saint-Fuscien.

Le site du Centre de recherches de l'Historial de la Grande Guerre

Le site du CRID 14-18, collectif de recherche international et de débat sur la guerre de 14-18

Le site de l’International Society for First World War Studies

Bibliographie sélective

Une initiation : Rwanda (1994-2016), publié au Seuil en 2017.

Quelle Histoire : un récit de filiation (1914-2014), suivi d'un texte inédit Du côté des femmes, (Ed. Seuil Points-Histoire, 2015).

Encyclopédie de la Grande Guerre 1914 - 1918, collectif sous la direction de Stéphane Audoin-Rouzeau et Jean-Jacques Becker (Ed. Bayard, 2014).

L’Enfant de l’ennemi (1914-1918), (Ed. Flammarion, 2009. Réédition en poche en 2013).

Les armes et la chair. Trois objets de mort en 1914-1918 (Ed. Armand Colin, 2009).

Combattre : une anthropologie historique de la guerre moderne (xixe – xxie siècle) publié au Seuil en 2008.

14-18, retrouver la Guerre, en collaboration avec Annette Becker (Ed. Gallimard, 2000. Réédition en poche, en 2003).

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