Gilles Vigneault, chanteur, dans l'émission de télévision 'Le Grand Echiquier' en mars 1980.  ©Getty - Marc Bulka/Gamma-Rapho
Gilles Vigneault, chanteur, dans l'émission de télévision 'Le Grand Echiquier' en mars 1980. ©Getty - Marc Bulka/Gamma-Rapho
Gilles Vigneault, chanteur, dans l'émission de télévision 'Le Grand Echiquier' en mars 1980. ©Getty - Marc Bulka/Gamma-Rapho
Publicité
Résumé

Troisième émission d'"A voix nue" autour du poète Gilles Vigneault qui raconte son arrivée dans la chanson d'abord comme auteur pour les autres puis comme auteur-interprète. Il réfléchit à ce qu'est l'exotisme québécois pour les Français et comment s'en détacher résolument.

En savoir plus

Troisième entretien avec Gilles Vigneault qui relate ses débuts dans la chanson. Tout en étant enseignant pour gagner sa vie, il se met à écrire des chansons au début des années 1950 pour des interprètes québécois, puis il commence à chanter ses chansons dans des boîtes à chansons, qu'il accompagne avec succès de quelques pas de gigues.

Au bout de quinze jours, j'étais devenu un auteur-compositeur-interprète. J'm'en n'étais pas aperçu.  

Publicité

Il s'est beaucoup inspiré de musiques traditionnelles qu'il chantait volontiers dans les fêtes. Et aussi il aime parler du quotidien dans ses chansons, un quotidien qui se ressemble beaucoup "d'une culture à l'autre, d'une langue à l'autre", remarque-t-il.

Ce que j'ai fait de mieux pour réussir à faire quelques chansons et qu'elles soient entendues du peuple, c'est d'apprendre avant à écrire des vers en français. Ça, c'est mon meilleur coup de dé. De risquer de faire quelque chose qui ne me servira à rien, que ce soit uniquement pour mon loisir et mon plaisir, mon bonheur personnel, et j'ai appris donc à écrire des vers. J'ai pas appris à écrire des vers comme Baudelaire, hélas, mais ça, je travaille toujours là-dessus, je continue mes études. Mais j'ai appris à faire des vers à peu près convenables.  

En 1963, il vient faire un voyage en France, "en trois semaines, j'ai vu 37 spectacles. j'en avais besoin." Il entend des chanteurs reprendre ses chansons alors qu'il était encore inconnu en France. Il reviendra en 1965 donner un récital à l'ORTF, "il y avait pas mal de monde dans la salle et il y avait Charles Trenet. Ah ! Qu'est ce que j'étais épaté ! Et après, c'est lui qui était épaté ! Ça, ça m'épatait davantage !" Il entame une véritable tournée en 1968 grâce à Serge Reggiani qui le prend pour sa première partie. 

Que lui a apporté le public français ?

Ça m'a apporté confiance dans mes mots, confiance dans ce que j'écris, pourvu que ce soit écrit en français et que je ne fasse pas du joual [français québécois] pour faire le joual, pour faire un accent étranger, pour faire exotisme. Ça m'a apporté ça. Ça m'a appris ce que c'est que l'exotisme et que ce n'est pas une chose très nécessaire, ni même souhaitable pour un auteur fût-il québécois. À partir du moment où il est Québécois, on imagine l'exotisme immédiatement, alors que les préoccupations quotidiennes des Français ressemblent énormément aux préoccupations quotidiennes des Québécois, parce que ce sont des préoccupations qui s'expriment dans la même langue, fondamentalement. Et moi, je trouve que ça nous ouvre des horizons. Ça nous met les pieds sur terre. Si on a des choses qui sont moins bonnes ou moins intéressantes, le public français est plus critique, surtout à l'époque. 

J'ai appris surtout que ce que je racontais était écoutable dans toute la francophonie du monde. J'ai appris que j'écrivais beaucoup plus en français, que je ne le croyais et j'ai appris que quand on s'adresse aux gens dans leur langue, on leur fait déjà plaisir. Ça flatte l'ego de tous les peuples qui disent, "il est en train de me dire que je suis quelqu'un qu'il respecte." 

Références

L'équipe

Daphné Abgrall
Collaboration
Sandrine Treiner
Coordination