Jacqueline Duhême en 2008.
Jacqueline Duhême en 2008. - Sylvain Stricanne via Flickr
Jacqueline Duhême en 2008. - Sylvain Stricanne via Flickr
Jacqueline Duhême en 2008. - Sylvain Stricanne via Flickr
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Premier temps d'"A voix nue" avec l'illustratrice Jacqueline Duhême. Née en 1927, elle raconte son enfance, rejetée par sa mère, ballotée au gré d'institutions religieuses qui ne lui apportèrent pas la foi mais lui donnèrent l'envie de dessiner.

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Pour débuter cette série d'"A voix nue", la dessinatrice Jacqueline Duhême évoque son enfance qu'elle qualifie de "bâtarde", née d'une aventure de sa mère avec un beau Grec. Sa mère était "une suffragette", "très éduquée". Elle ne voulait pas se marier, elle voulait vivre librement, "e_lle était courageuse quelque part_", reconnaît-elle. Mais cette mère ne l'a jamais aimée, ne s'occupait pas d'elle et a surtout cherché à se débarrasser d'elle à plusieurs reprises, "elle aimait surtout ma sœur", dit-elle. 

De ses passages dans de nombreuses institutions catholiques, Jacqueline Duhême en a retenu l'amour des anges qu'elle va beaucoup dessiner. "Les anges, ça me plaisait beaucoup, s'amuse-t-elle_, tout rondouillards, potelés, jolis, bouclés."._ "Quand j'étais trop malheureuse, j'essayais de ne pas me laisser aller à la tristesse, de réagir toujours avec quelque chose de gai", se souvient-elle. C'était une période où les enfants voulaient être indépendants très jeunes, car de toute façon, "on n'avait pas le temps de s'attendrir sur des enfants".

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C'est très important d'avoir une vie parallèle, c'est à dire de vivre dans un monde qui vous plaît, avec de la poésie, avec des oiseaux, avec de la musique.

C'est une bonne sœur qui l'a conseillée de mettre par écrit ses pensées. "Elle me file des petits carnets, se rappelle-t-elle, je faisais plein de dessins et j'écrivais mes conversations avec Jésus", jusqu'à ce qu'une mère supérieure lui brûle ses fameux carnets.

La foi, moi, je n'ai jamais très bien su que c'était. Je suis tombée amoureuse de la musique, des décors, des odeurs de fleurs, de lys, tous ces trucs là. Mais on ne peut pas dire que j'ai vraiment eu la foi parce qu'elle s'est vite tirée, la foi. Quand je suis rentrée complètement dans la vie, je n'y arrivais pas.

A la sortie du couvent, elle s'est mise à travailler, "j'ai bien aimé l'usine", confie-t-elle. Elle a été bobineuse chez Pathé Marconi, "ça a été des moments formidables". Elle se souvient des réunions organisées par la CGT où des écrivains, des poètes, des acteurs participaient. C'est ainsi qu'elle a vu Gérard Philipe lire Aragon, Paul Eluard parler de ses poèmes, "j'ai trouvé ça somptueux !"

Une production d'Aline Pailler, réalisée par Anne-Pascale Desvignes. Attachée de production Claire Poinsignon.