Jean-Claude Milner en septembre 2016. ©Getty - Leonardo Cendamo
Jean-Claude Milner en septembre 2016. ©Getty - Leonardo Cendamo
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Résumé

Troisième temps de la série "A voix nue" consacrée au philosophe Jean-Claude Milner qui revient sur ses origines juives et développe ses réflexions autour du "nom juif" en Europe après les camps de la mort.

avec :

Jean-Claude Milner (linguiste et philosophe).

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Dans ce troisième entretien, Jean-Claude Milner parle de sa judéité héritée du côté paternel et à laquelle son père n'a jamais fait référence. Enfant en Lituanie, ce dernier avait connu les persécutions antisémites du régime tzariste dans les années 1920 et avait enfoui ses origines juives dans le passé. "C'est peu à peu que je me suis rendu compte de quelque chose", confie Jean-Claude Milner. Il se souvient ainsi de la découverte par hasard de ce judaïsme vers 8 ans en voyant son père écrire "dans le sens contraire", "là, je me suis dis, il y a quelque chose". Ce fut alors pour lui "l'amorce d'une incertitude, d'un élément de doute", l'affirmation de la judaïté de son père n'est venue qu'à l'adolescence. Son éducation a été essentiellement protestante, suivant la religion de sa mère.

L'ancien militant d'extrême gauche remarque que le mot juif n'était pas employé dans les années 60, il provoquait le scandale. Il était banni "dans la langue civilisée", notamment en politique, et pas seulement à la Gauche prolétarienne où il était engagé entre 1968 et 1971 et où la plupart des militants étaient d'origine juive. Cette génération était, selon lui, profondément convaincue d'être française contrairement à lui qui voyait dans son nom juif, "une précarité".

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Il en vient à la fin de l'entretien à expliciter ses réflexions sur la structure de la culture européenne, réflexions qu'il a développées dans son livre Les Penchants Criminels de l'Europe démocratique : "Le fait qu'il y ait très peu de Juifs en Europe, matériellement, a permis la construction européenne, c'est un fait. Je ne le juge pas, je le constate."

Trouver les ruptures, les points de rupture, c'est une entreprise de la vérité même. La dimension de la vérité, c'est le démenti. [...] L'ensemble des cultures européennes, jusqu'à une date récente, le point de continuité de cette culture européenne, a reposé sur l'hypothèse que la présence du nom juif était un problème et pour que la continuité soit assurée, ce problème devait être résolu. Il y a deux façons de résoudre ce problème, on peut le résoudre de manière humaniste et on peut le résoudre de manière barbare.

Par Martin Quenehen; réalisation Anne-Pascale Desvignes; prise de son Arthur Gerbeau. Avec la collaboration de Claire Poinsignon.