Gilles Vigneault, en Novembre 1988.  ©Getty - Louis MONIER/Gamma-Rapho
Gilles Vigneault, en Novembre 1988. ©Getty - Louis MONIER/Gamma-Rapho
Gilles Vigneault, en Novembre 1988. ©Getty - Louis MONIER/Gamma-Rapho
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Résumé

Première émission d'"A voix nue" avec le poète Gilles Vigneault qui revient sur ses origines, le village de Natashquan au Québec. Il nous raconte ce village, où les gens parlent un français assez pur, et où toute proche se trouve la réserve indienne.

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Dans ce premier volet de cinq entretiens, le poète et chanteur Gilles Vigneault parle de son rapport à la langue. "On peut faire beaucoup avec les mots. Très jeune, très tôt dans ma vie, j'ai remarqué que les mots avaient beaucoup de pouvoir__, qu'on ne reconnaît pas toujours, qu'on ne saisit pas toujours. Même ceux qui les prononcent, y compris surtout ceux qui les prononcent..."

Il raconte alors l'histoire de sa famille depuis le 17ème siècle, partie du Poitou vers la Nouvelle Angleterre puis les îles de la Madeleine pour arriver à Natashquan, un village assez isolé du reste du Québec.

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Mon père et mon grand père utilisaient parfaitement l'imparfait et le plus que parfait du subjonctif, ce qui est plutôt rare aujourd'hui... Il y a des choses comme ça, le Français de Natashquan était beaucoup plus pur que le français de Montréal. C'était un Français qui était plus près quand même du Français du Berry, par exemple, et qui a été conservé parce que il n'y avait pas eu tellement d'autres relations que les livres et l'école, alors le français a été conservé avec une grande pureté, une grande naïveté. C'est ainsi qu'on parlait, c'est ainsi que les vieux que les ancêtres parlaient et qu'on apprenait à parler.

Il décrit son village de 500 âmes à l'époque de son enfance et la place de la chanson française dans sa famille et dans la vie de la collectivité.

La chanson est un extraordinaire ambassadeur et c'est un extraordinaire véhicule de mœurs. La chanson, est toujours capable. Qu'elle soit de grand style ou un refrain très humble, qu'elle soit très, très simple ou très complexe, qu'elle soit intelligente ou chansonnette, radotage rengainé, elle est toujours une ambassadrice et elle identifie toujours ceux ou celles qui la chantent. Et elle est un merveilleux moyen de communication qui va à l'intérieur, finalement, parce que les gens apprennent par cœur. Il y a des moyens de communication qui nous passent des choses qu'on n'apprend pas par cœur, bien sûr, et dont on retient extrêmement peu, parfois et parfois, rien du tout... Tandis que la chanson fait que quand on a peu de moyens de communication et qu'on a beaucoup de distance entre les humains, on apprend volontiers par cœur.

Pour finir, il évoque la réserve indienne toute proche de Natashquan peuplée d'Indiens Montagnais. Tout en étant en relation avec cette communauté, Gilles Vigneault doit admettre que "c'est plus exotique qu'on ne le pense pour nous mêmes", et d'ajouter_, "c'était un exemple de racisme en paix", "de presque non-communication". "C'était un peuple étranger qu'on ne fréquentait pas beaucoup",_ reconnaît-il avec regret même si dans l'histoire ancienne du village il est persuadé que des mélanges se sont faits en secret.

Je suis persuadé qu'il y a du sang indien dans à peu près toutes les familles chez nous. La vérité, c'est ça. Mais on ne le sait pas et on ne l'admet pas volontiers.