Mohammed Harbi le 18 février 1992
Mohammed Harbi le 18 février 1992 ©Getty - Nacerdine ZEBAR-Gamma-Rapho
Mohammed Harbi le 18 février 1992 ©Getty - Nacerdine ZEBAR-Gamma-Rapho
Mohammed Harbi le 18 février 1992 ©Getty - Nacerdine ZEBAR-Gamma-Rapho
Publicité

En août 1965, dans la foulée de la prise de pouvoir du colonel Boumédiène, Mohammed Harbi est arrêté. Après 8 ans d’emprisonnement et de résidence surveillée, il s'évade et rejoint Paris, où il entame une carrière universitaire et d’historien reconnu du mouvement national algérien.

Ben Bella ne prend pas au sérieux les mises en garde de Mohammed Harbi qui lui fait part des rumeurs de coup d’Etat. Au contraire, Ben Bella se coupe de ses possibles soutiens au sein des amis politiques d’Harbi en imposant aux syndicalistes favorables à l’autogestion un ministre du travail qui leur est hostile.

En juin 1965, malgré l’insistance d’Harbi qui le lui déconseille, Ben Bella décide de démettre de ses fonctions Abdelaziz Bouteflika, ministre des Affaires étrangères, proche de Boumédiène. Il est alors renversé par ce dernier avec le soutien de tous ceux qui contestent son autoritarisme et refusent les choix autogestionnaires au profit d’une étatisation de l’économie à des fins privée.

Publicité

Mohammed Harbi tente de mobiliser une résistance. Mais, infiltrée par les services algériens, en proie aux dissensions entre les membres du parti communiste algériens et les autres branches de la résistance, celle-ci est vite démantelée. Harbi est un des tout premiers emprisonnés en août 1965.

Le nouveau pouvoir lui propose, à plusieurs reprises, de le rejoindre. Mais, à la différence des communistes qui se rallient dès lors que l’URSS soutient Boumédiène, Harbi refuse tout compromis.

Grâce aux documents que lui fournit la femme du dirigeant des Black Panthers réfugié à Alger, Eldridge Cleaver, et à l’aide du réseau « pabliste » de Michel Raptis qui organise matériellement son évasion,  il arrive à Paris, en 1973,  après être passé par la Tunisie et la Suisse.

Ses amis intellectuels ou militants parisiens l’accueillent. Il entame une carrière d’enseignant en science politique à la Sorbonne et à Paris VII, Vincennes. Retraité de l'Université, il vit toujours dans son appartement à Ménilmontant, d’où il poursuit un travail de bilan critique  de l’expérience « nationale populiste » algérienne qui a entraîné son pays natal dans une “immense régression culturelle” selon ses mots.

Générique

Une série d’entretiens produite par Didier Leschi. Réalisation : Guillaume Baldy. Prise de son : Eric Audra. Attachée de production : Daphné Abgrall. Coordination : Sandrine Treiner.

Pour aller plus loin

Les Mémoires filmés de Mohammed Harbi de Bernard Richard et Robi Morder (2021)

Bibliographie

Mohammed Harbi,  Autogestion en Algérie, une autre révolution ? (1963-1965) édition Syllepse, 2022.

Philippe Labro, Tramor Quemeneur,  La guerre d’Algérie en direct, Le Cerf, 2022.

Mohammed Harbi,  Une vie debout, mémoires politiques, 1945-1962, Paris, La Découverte, 2001.

Mohammed Harbi, Le FLN, mirage et réalité. Des origines à la prise du pouvoir (1945-1962), Edition Jeune Afrique, 1985.

Renaud de Rochebrune, Benjamin Stora,  La guerre d’Algérie vue par les Algériens, Folio, 2021.

Benjamin Stora,  Les immigrés algériens en France, une histoire politique, 1912-1962, Fayard-Pluriel, 2009.

Aux origines de FLN : le populisme révolutionnaire en Algérie, Paris, Christian Bourgois, 1975.

Le rapport sur la mise en œuvre de l’autogestion de Daniel Guérin à Ben Bella a été partiellement publié dans Daniel Guérin, Ci-gît le colonialisme, Mouton 1973.

Michel Raptis, «  Le dossier de l’autogestion algérienne », Autogestion, n°3, septembre 1967.