Le philosophe René Girard (1923-2015), ici sur le campus de l'université de Stanford en Californie en 2003. ©Getty - Jean-Marc LUBRANO/Gamma
Le philosophe René Girard (1923-2015), ici sur le campus de l'université de Stanford en Californie en 2003. ©Getty - Jean-Marc LUBRANO/Gamma
Le philosophe René Girard (1923-2015), ici sur le campus de l'université de Stanford en Californie en 2003. ©Getty - Jean-Marc LUBRANO/Gamma
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Résumé

Schopenhauer dit des religions qu'elles sont comme les vers luisants : elles beaucoup d'obscurité pour briller. Chez René Girard, de même que l'anthropologie est au fondement du religieux, le travail est à l'origine de la foi, comme la vie, chez Lucrèce naît de la glaise par génération spontanée.

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René Girard.

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Schopenhauer dit des religions qu'elles sont comme les vers luisants, et demandent beaucoup d'obscurité pour briller. Chez René Girard, de même que l'anthropologie est au fondement du religieux, le travail est à l'origine de la foi, un peu comme la vie, chez Lucrèce, naît de la glaise par génération spontanée. A ce titre, le savant, l'anthropologue qui cite abondamment les évangiles et désigne toujours le chrétien comme une "exception héroïque" fait en un sens exception lui-même au christianisme.

Né d'un père anti-clérical et d'une mère orthodoxe, René Girard s'est converti au christianisme... suite à son travail. "Ce n'est pas parce que je suis chrétien que je pense comme je le fais, c'est parce que mes recherches m'ont amené à penser ce que je pense que je suis devenu chrétien" explique-t-il. Au cours de cet entretien avec Raphaël Enthoven, le philosophe revient notamment sur les thèses qu'il a développées autour de la figure du bouc-émissaire en les articulant à des extraits précis des Evangiles.

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La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle.
Matthieu, 21.42

René Girard : Je vois dans cette phrase une définition du rôle de la victime, de l’exclu dans la construction de toute communauté. Elle s’applique aussi bien à l’archaïque, qu’au biblique, aux chrétiens, et même aux sociétés contemporaines. C’est une phrase colossale que pourtant ni les théologiens ni les anthropologues n’ont jamais essayé d’expliquer. Pour moi, on ne peut en parler qu’à partir de la thèse de la victime collective. Le fait que la théorie mimétique permette de l’expliquer me paraît prodigieux et m’amène à dire que le christianisme n’est pas ce que l’on pense, il a un rapport avec les communautés humaines que nous ne connaissons pas, qui n’a rien de commun avec ce que les hommes disent sur son caractère fantaisiste. Nous sommes dans une problématique fausse de la vérité au sens du régime des Lumières.

Où que soit le cadavre, là se rassembleront les vautours. Matthieu 24.28

René Girard : Le lecteur est interloqué par cette phrase étrange, une petite note dit qu'il s'agit d'un proverbe palestinien. Mais que signifie cette phrase ? Pour moi, elle parle du monde moderne, qui est une décomposition du mécanisme victimaire. Nous sommes une culture de vautours, aujourd'hui, qui vivons sur des restes de culture que nous nous déchirons. La phrase a une puissance évocatrice fantastique qui n’a jamais été dégagée à ma connaissance. La politique reconduit le schéma du bouc émissaire. Les ¾ de la politique consiste à trouver la bonne victime.

Cette émission a été diffusée pour la première fois le 1er septembre 2004.

Références

L'équipe

Sandrine Treiner
Production
Claire Poinsignon
Collaboration
Nathalie Salles
Réalisation