Daniel Cordier sur le plateau de télévision de la Chaîne Parlementaire le 14 mai 2013.
Daniel Cordier sur le plateau de télévision de la Chaîne Parlementaire le 14 mai 2013. ©AFP - Martin Bureau
Daniel Cordier sur le plateau de télévision de la Chaîne Parlementaire le 14 mai 2013. ©AFP - Martin Bureau
Daniel Cordier sur le plateau de télévision de la Chaîne Parlementaire le 14 mai 2013. ©AFP - Martin Bureau
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Cinquième et dernière partie d'un entretien en cinq volets avec Daniel Cordier, résistant et secrétaire de Jean Moulin pendant la Seconde Guerre Mondiale. Il nous fait part de ses réflexions sur sa propre existence et revient sur son travail d'historien de la Résistance.

Avec
  • Daniel Cordier secrétaire de Jean Moulin pendant la Seconde Guerre mondiale, historien, collectionneur d'art, galeriste et mécène

Au cours de ce dernier entretien de la série "A voix nue", Daniel Cordier raconte pourquoi il a entamé, en 1977, une vie d'historien et d'écrivain. C'était à la suite d'une émission des "Dossiers de l'Histoire" consacrée à Jean Moulin et à laquelle il a participé à la demande du documentariste : "Je n'étais jamais passé à la télévision. J'étais loin, très très loin de tout ça." se souvient-il. "Moi, j'avais coupé en 1946. Je n'avais jamais lu aucun livre de souvenirs, même pas ceux du Général De Gaulle. La Résistance c'était, pour moi, fini" .

Face aux accusations d'Henri Frenay qui présente Jean Moulin en agent communiste, Daniel Cordier se sent incapable de lui répondre sur le plateau de télévision. A partir de là, il se consacre à la mémoire de Jean Moulin. "Je me suis dit, mais au fond, depuis la guerre, depuis trente ans, je vis très heureux, je fais ce qui me plaît mais Jean Moulin c'était mon patron, c'est lui qui m'a appris la peinture et aujourd'hui je suis incapable de le défendre. Je suis un salaud".

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Dans son travail d'historien pendant trente ans, il a découvert la nécessité de dire la vérité : "Il y a la vérité, et le reste je ne sais pas ce que c'est." Il associe indiscutablement vérité et liberté car "on ne peut être libre que si on dit la vérité".

Daniel Cordier se souvient également de la cérémonie du transfert des cendres de Jean Moulin au Panthéon. Il en retient "quelque chose de difficile et d'impérieux". "Jean Moulin était tout d'un coup dans la gloire, alors que jusque-là c'était mon secret. [...] Et ce jour-là c'était fini"

Au sujet de son homosexualité, Daniel Cordier plaide pour "la simplicité de la vie". J'ai toujours suivi mon goût. Je ne le regrette pas mais je souhaite simplement de ne jamais recommencer ma vie. A la veille de la mort, ça, je ne voudrais recommencer jamais. C'est trop compliqué d'être fidèle à soi-même. Je ne sais pas si je le réussirais une deuxième fois donc il vaut mieux que ça s'arrête définitivement".

Tout à sa réflexion sur sa vie faite de liberté et de solitude, il lui semble que son enfance, le divorce de ses parents et la haine qu'il y avait entre eux a été pour lui dès le début "une école de la solitude". " C'est très fatigant de vivre, c'est très fatigant d'exister" (...) "c'est la chose la plus extraordinaire d'être seul dans sa vie, d'avoir choisi sa vie et de la conduire comme on veut" confie Daniel Cordier, 93 ans, à la fin de l'entretien.

Par Jérôme Clément. Réalisation : Isabelle Yhuel. Prise de son : Frédéric Cayrou. Avec la collaboration de Claire Poinsignon et Daphné Abgrall. Coordination : Sandrine Treiner.

17 min