André Malraux, ministre de la Culture et Christiane Desroches Noblecourt en mars 1966 à Abou Simbel.
André Malraux, ministre de la Culture et Christiane Desroches Noblecourt en mars 1966 à Abou Simbel.
André Malraux, ministre de la Culture et Christiane Desroches Noblecourt en mars 1966 à Abou Simbel. ©AFP - MENA
André Malraux, ministre de la Culture et Christiane Desroches Noblecourt en mars 1966 à Abou Simbel. ©AFP - MENA
André Malraux, ministre de la Culture et Christiane Desroches Noblecourt en mars 1966 à Abou Simbel. ©AFP - MENA
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Résumé

Premier entretien avec l'égyptologue Christiane Desroches-Noblecourt qui raconte son premier haut fait, le sauvetage des temples de Nubie menacés par la construction d'un barrage au début des années 1960. Un récit passionnant et audacieux.

avec :

Christiane Desroches-Noblecourt (égyptologue (1913-2011)).

En savoir plus

Pour commencer la série d'entretiens d'"A voix nue", Christiane Desroches-Noblecourt évoque dans ce volet, les circonstances incroyables qui lui ont permis en 1960 de sauver les temples de la Nubie (Abou Simbel, Amada et Philae) bien qu'il soit "difficile de mettre un peu trop en avant ce que l'on a fait", dit-elle avec sa modestie caractéristique.

La colère de l'égyptologue face à la destruction des temples de Nubie

Après avoir expliqué les raisons de la création du barrage d'Assouan, elle explique l'indifférence des Egyptiens devant la perte de leur patrimoine qui n'avaient pas l'air d'avoir conscience du drame qui se jouait. Tout semblait réglé selon les dignitaires égyptiens : "On devait condamner la Nubie!" Christiane Desroches-Noblecourt raconte alors qu'elle a "piqué une colère" devant un sujet aussi grave :

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"Condamner la Nubie, c'était condamner une partie de la radiance qui entourait l'Egypte, l'égyptologie et les Egyptiens."

Cherchant par tous les moyens à sauver de la destruction ces temples, elle décide de s'adresser au président de la République. Le soutien du général de Gaulle à son projet est indispensable et elle décrit avec beaucoup de saveur leur rencontre. Pour avoir son attention, raconte-t-elle, "je me suis rappelée que j'étais une femme, et les femmes, quelques fois, ça doit ondoyer..." Elle garde comme souvenir de leur rendez-vous, sa galanterie, sa gentillesse et sa patience. En substance, elle lui a fait comprendre que ce problème "était à sa hauteur" et que seul lui pouvait agir. "Vous avez gagné madame, vous avez gagné !" lui a-t-il répondu avec énergie.

Le projet invraisemblable du sauvetage des temples d'Abou Simbel

Sous l'égide de l'UNESCO et de son directeur René Maheu, elle entreprend alors de récolter des soutiens et des fonds, cela prendra un an. Sa plus belle réussite est le sauvetage du temple d'Abou Simbel, qui sera découpé dans la roche et remonté à l'abri de l'eau avec l'aide de l'Institut Géographique National. Cette mission historique lui a valu beaucoup de réactions de jalousie de la part d'égyptologues du monde entier qui regrettaient de ne pas avoir eu cette idée géniale.

"Je suis arrivée à faire extraire les deux temples d'Abou Simbel de leurs racines rocheuses et les remonter plus haut. C'était invraisemblable mais on y est arrivé. Ça a été un exploit."

Quand elle voit pour la première fois, en 1968, le temple égyptien reconstitué, elle dit avoir "cru rêvé", et que "c'était magique", se souvient-elle encore maintenant 40 ans plus tard.

Par Pascal Vernus, réalisation Christine Berlamont. Rediffusion de l'émission du 17/12/2007. Avec la collaboration de Lionel Quantin et d'Annelise Signoret.

LIENS

Biographie proposée par le site d’histoire, Hérodote.net.

Portrait et bibliographie sur le site de l’Institut français d’archéologie orientale, IFAO.

Le sauvetage des monuments de Nubie par l’Unesco (1955-1968) : cet article de Chloé Maurel paru dans la revue Egypte-Monde arabe (2013) rappelle l’engagement de Christiane Desroches-Noblecourt pour la préservation de ces sites.