

Parti de Budapest dans les bras de sa mère célibataire, Ivan Levaï se retrouve orphelin à Paris à 4 ans. Il vit de plein fouet les privations de la guerre auxquelles s’ajoute la dureté d’une nourrice peu aimante.
- Ivan Levaï Journaliste, ancien directeur de l’information à France Inter.
Né à Budapest en mars 1937 d’un père viennois inconnu, Ivan Levaï émigre à Paris en 1939 avec sa mère, célibataire et modiste. C’est la comédienne Delphine Seyrig qui l’incitera à retrouver la trace de la boutique de sa mère, en Hongrie lors d’un déplacement professionnel. Aujourd’hui encore, il est hanté par les images qu’il garde en mémoire de ces trains pris pour parcourir une partie de l’Europe.
Mes souvenirs de la guerre, ce sont des trains. Enfant, je faisais des cauchemars la nuit : j'étais sur les voies du métro et le métro me poursuivait. Voilà. Et ça c'est les trains de l'avant guerre et des trains de la Mitteleuropa. (...) Aujourd'hui, je ne monte pas dans le métro impunément.
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"Pour moi la guerre et l'occupation c'était le froid et la faim"
Admise à l’hôpital Cochin quelques semaines après leur arrivée, sa mère décède en 1941. Ivan Levaï est placé à l’assistance publique puis chez une nourrice.
Ma mère était une fille mère et mon père était un père inconnu pour les administrations. Et moi, j'étais un bâtard. Être considéré comme un immigré et ça l'est toujours, c'est une humiliation. Être considéré comme un bâtard, c'est une humiliation.

L’enfant de Ménilmontant ne mange pas à sa faim et trompe la pénibilité de sa vie et l’angoisse de la guerre avec ses copains d’école.
La guerre pour moi c'est rien à manger... (...) Chez ma nourrice, je trouve par terre quelque chose qui ressemble à un bout de fromage. Je mets le bout de fromage, je le croque et je le mange, c'est du savon de Marseille... J'ai encore le goût de ce savon dans la bouche...

"C'est la République Française qui m'a sauvé"
Alors que certains de ses camarades disparaissent sans explication des bancs de la communale, il ne subit pas les persécutions antisémites car sa mère, juive, l’avait prudemment fait baptiser catholique avant leur départ pour la France, à deux ans.
Mon idée, c'était qu'un jour je ferais quelque chose pour ne pas rester au ras du caniveau. Quand j'étais enfant, on ne m'a pas traité de sale juif, mais on m'a traité de sale "hongre". Un hongre c'est un cheval auquel on a coupé les testicules.
Une série d'entretiens proposée par Caroline Bonacossa, réalisée par Doria Zenine. Prise de son : François Rivalan. Attachée de production : Daphné Abgrall. Coordination : Sandrine Treiner.
Bibliographie sélective
- Ivan Levaï, La République des mots, Michel Lafon, 2001.
- Ivan Levaï, Vous devriez mettre une cravate bleue, Michel Lafon, 2002.
- Ivan Levaï, Une minute pour conclure, Le Cherche Midi, 2016.
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