Aéroport de Villacoublay (Yvelines) le 12 juin 2005, Florence Aubenas pose enfin le pied sur le sol français. Séquestrés pendant 157 jours en Irak, Florence Aubenas et son guide  irakien, Hussein Hanoun al-Saadi ont été libérés le 11 juin 2005
Aéroport de Villacoublay (Yvelines) le 12 juin 2005, Florence Aubenas pose enfin le pied sur le sol français. Séquestrés pendant 157 jours en Irak, Florence Aubenas et son guide irakien, Hussein Hanoun al-Saadi ont été libérés le 11 juin 2005
Aéroport de Villacoublay (Yvelines) le 12 juin 2005, Florence Aubenas pose enfin le pied sur le sol français. Séquestrés pendant 157 jours en Irak, Florence Aubenas et son guide  irakien, Hussein Hanoun al-Saadi ont été libérés le 11 juin 2005 ©Getty - Iewig christian/Corbis
Aéroport de Villacoublay (Yvelines) le 12 juin 2005, Florence Aubenas pose enfin le pied sur le sol français. Séquestrés pendant 157 jours en Irak, Florence Aubenas et son guide irakien, Hussein Hanoun al-Saadi ont été libérés le 11 juin 2005 ©Getty - Iewig christian/Corbis
Aéroport de Villacoublay (Yvelines) le 12 juin 2005, Florence Aubenas pose enfin le pied sur le sol français. Séquestrés pendant 157 jours en Irak, Florence Aubenas et son guide irakien, Hussein Hanoun al-Saadi ont été libérés le 11 juin 2005 ©Getty - Iewig christian/Corbis
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Résumé

Au Rwanda, au Kosovo, en Afghanistan, en Syrie, en Algérie.. Florence Aubenas découvre une dimension plus spectaculaire de son métier sans se reconnaître pour autant dans le statut de reporter de guerre.

avec :

Florence Aubenas (Grand reporter pour "Le Monde" et essayiste).

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Depuis 1988, Florence Aubenas couvre les faits divers pour le journal Libération : les suicides sur la voie publique, les agressions entre voisins…   

En 1994 , elle découvre une autre dimension de son travail, plus grandiose, celle du journalisme de guerre. 

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Nous étions cette génération qui allait vers la paix, on pensait qu’on serait reporter de paix. Reporter de guerre, ça avait un côté ancien, daté, gilets multipoches. Mais, de façon étrange, la guerre nous a rattrapés.

Elle est envoyée couvrir son premier conflit au Rwanda en juillet 1994. Le génocide a commencé depuis le 7 avril,  800 000 Rwandais, en grande majorité Tutsi, y ont alors déjà perdu la vie. Elle est  projetée en pleins ténèbres à Goma, à la frontière du Rwanda et du Zaïre et y reste trois mois.
 

Au moment où j’allais claquer la portière, une femme me tend un bébé et me demande de le sauver. Elle me dit “pour moi c’est fini, prenez mon enfant”... Certains de mes confrères me l'ont reproché en disant que nous n’étions pas là pour faire un travail humanitaire. C'est vrai, c’était peut-être maladroit. Mais à un moment il faut partager, même si ce n’est pas la bonne façon de faire. C’est ce que j’ai appris au Rwanda, on ne va pas impunément dans des lieux de tragédie, on ne peut pas être trop loin, il faut parfois être à côté. 

Après cette expérience, afin que tout ne devienne pas hors-sol, qu’une guerre n’en chasse pas une autre, Florence Aubenas alterne le proche et le lointain, la plus petite grève et les grandes guerres de la fin du siècle.. Pendant dix ans, elle couvre la guerre du Kosovo, la chute des Talibans en Afghanistan, la sale guerre en Algérie, la guerre du Golfe… 

"Il ne fallait pas flancher, tout en vous est mobilisé pour tenir..."

C’est lors de son deuxième séjour à Bagdad qu’elle est enlevée en compagnie de son fixeur Hussein Hanoun. La guerre en Irak a officiellement commencé deux ans plus tôt, avec l’invasion américaine et le renversement du régime de Saddam Hussein.

Elle est retenue en otage 157 jours, enfermée dans une cave de quatre mètres de long et deux de large avec douze autres personnes. Ses geôliers l’autorisent à 24 pas et 80 mots par jour.

Assez vite, on vous signifie que vous êtes dans la main d'une personne. C’est ça la condition d’otage : vous êtes dans les mains de quelqu'un, et cette personne vous dit : vous êtes en mon pouvoir et tout ce que vous allez faire, c'est si je le décide. Donc si vous mangez, c'est parce que je le décide. Si vous vivez, c'est parce que je le décide, si vous mourrez, parce que je le décide. Vous êtes dans une cave enchaînée et il ne se passe que ce que l'autre veut bien qu'il se passe.

Elle est libérée le 12 juin 2005. À ce moment-là, la condition des journalistes change. Jusqu’alors protégés par leur statut, les journalistes deviennent des cibles privilégiées sur les zones de conflit.
Malgré tout, Florence Aubenas est de retour sur le terrain en Afghanistan en 2008, puis en Syrie en 2012… La peur ne l’a pas suivie. 

Une série d'entretiens proposée par Pauline Chanu, réalisée par Doria Zenine. Prise de son : Jérémy Tuil. Attachée de production : Daphné Abgrall. Coordination : Sandrine Treiner.

Bibliographie sélective

Pour aller plus loin

  • Le Peuple de l'abîme, Jack London (1903) 
  • La Chanson de l'amour et de la mort du cornette Christophe Rilke, Rainer Maria Rilke (1904) 
  • Dans la dèche à Paris et à Londres, George Orwell (1933) 
  • Le Quai de Wigan, George Orwell (1937) 
  • Pourquoi j’écris, George Orwell (1946) 
  • Dans la peau d’un noir, John Howard Griffin  (1960) 
  • Correspondance (1932-1960) Albert Camus, Jean Grenier, Gallimard (1981)
  • De Sang Froid, Truman Capote (1966)
  • Outside, Marguerite Duras,  P.O.L (1984)
  • Tête de turc, Gunther Wallraff, éditions de La Découverte (1986)
  • Le Bûcher des vanités, Tom Wolfe(1987) 
  • L’Adversaire, Emmanuel Carrère, P.O.L (2000) 
  • Au fil du rail, Ted Conover, Editions du Sous-sol (2016) 
  • Les enfants du Bronx. Dans l’intimité d’une famille portoricaine, Adrian Nicole Leblanc (préfacé par Florence Aubenas), Editions de l’Olivier (2005)  
  • L'Amérique, Joan Didion, Grasset (2009)
  • Tout est affaire d’imagination, Gay Talese, Editions du sous-sol (2019)