Couverture du livre "Cher Connard" de Virginie Despentes - Grasset
Couverture du livre "Cher Connard" de Virginie Despentes - Grasset
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Résumé

Un objet culturel passé au crible d’une critique libre et assumée. Aujourd'hui “Cher Connard”, le dernier Virginie Despentes.

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Affaire Critique : Dans son billet critique quotidien, Lucile Commeaux porte son regard tranchant et pétillant sur un objet culturel.

Cinq ans après le dernier tome de Vernon Subutex, chronique acerbe et hyper divertissante de notre contemporain, Lucile Commeaux pose son regard aiguisé sur Cher connard (Grasset), le dernier et très attendu ouvrage de Virginie Despentes, disponible en libraire depuis le 17 août.

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L'envie d'aimer

Avec un titre pour le moins aguicheur et en quatrième de couverture l’honneur d’une filiation prestigieuse avec Les Liaisons dangereuses, on en attendait - et j’en attendais - beaucoup du dernier Despentes. C’était prendre le risque d’être déçue, et je l’ai été, déçue. Sans compter l'injonction, en tant que progressiste, à l’aimer, qui me faisait dire page après page, après page, après page (il y en a quand même plus de 300) : "non mais il va se passer quelque chose".

Cher connard, c’est donc un roman épistolaire qui fait se succéder les mails de deux protagonistes. La première, Rebecca, est une actrice sur le retour, franche du collier, amoureuse du punk et des drogues. Le second, le fameux “connard”, Oscar, est un écrivain à petit succès dont la réputation est entachée depuis quelques mois par son affaire #metoo. Il a été accusé de harcèlement par une attachée de presse, Zoé Katana, dont les posts devenus viraux sont aussi versés au récit. On y cause drogue, féminisme, masculinités, transfuges de classe, psychanalyse, Covid... Bref, ça mouline l’air du temps à fond les ballons mais, et c’est là que le bât blesse, sans donner grand-chose à en penser.

Un livre politique ?

Je m’étonne que certains critiques et journalistes de la presse réactionnaire s’en prennent au livre comme à une bible du wokisme et à l’inverse qu’il soit porté aux nues par la presse de gauche, parce qu’il échoue assez étonnamment à être un objet idéologique. Ce récit est un échec politique et ça tient à quelque chose de tout à fait formel. Despentes rate la forme épistolaire. Ces deux personnages d’Oscar et de Rebecca sont antagonistes au départ. De leur mésentente, celle de la féministe et du connard, est censé naître la tension du roman. Mais dès les premières pages, cela échoue pour une raison très simple : ils parlent exactement de la même manière. Ils n’ont pas de voix singulières. 
Le style Despentes, finalement très journalistique, aplatit tout. On s’ennuie, on ne sait plus vraiment qui parle, d’autant que pendant une bonne moitié du livre, il ne se passe rien. Dans Les Liaisons dangereuses, l’action progresse au fil des lettres et dans les hiatus creusés entre les lettres que s’envoient les personnages. Dans Cher connard, Oscar et Rebecca passent trente mails à se parler de souvenirs d’enfance communs sur un mode totalement artificiel de type “Te rappelles-tu de notre barre d’immeuble et du premier micro-ondes qu’on a eu”. Bref, ça n’avance jamais. Certes, il arrive des choses dans la vie des personnages - une rencontre décisive, une petite trahison, une reprise de carrière - mais tout ça, dans le fond, le texte s’en fout. Tout semble prétexte à fourrer dans le roman des remarques qui ressortent souvent d’une tradition un peu anar sur notre pauvre actualité. Et dans le fond, que ce soit dans la bouche d’Oscar, de Rebecca, ou de Zoé, on sent qu’il y a un narrateur caché qui s’en fout. Despentes ne joue pas le jeu du roman épistolaire. Elle a trop de choses à dire sur trop de sujets, cela embrouille le récit et, paradoxalement, tue dans l'œuf tout élan de révolte. Ça et là des expressions font mouche parce qu’elle excelle en la matière, mais ça ne dépasse pas, théoriquement, le stade de la bonne formule.

La formule, ce n’est probablement pas la forme la plus adaptée à l’approfondissement d’une pensée radicale et c’est un peu la preuve que la faiblesse littéraire et esthétique n’est jamais une bonne nouvelle pour quelque combat politique que ce soit. Lucile Commeaux

45 min

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Références

L'équipe

Lucile Commeaux
Lucile Commeaux
Lucile Commeaux
Production
Peire Legras
Réalisation
Boris Pineau
Boris Pineau
Boris Pineau
Collaboration
Aïssatou N'Doye
Collaboration