"Babylon" de Damien Chazelle
"Babylon" de Damien Chazelle - 2022 Paramount Pictures. All Rights Reserved.
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Chaque jour, un objet culturel passé au crible d’une critique libre et assumée. Aujourd’hui, Lucile Commeaux nous parle de “Babylon”, le dernier film de Damien Chazelle en salles ce jour (18/01/23).

C'est un gros machin que ce film qui dure 3h09, un récit choral qui suit une poignée de personnages à Hollywood pendant une dizaine d’années cruciales, celles qui voient la fin du cinéma muet et l’avènement du parlant. Il y a Jack Conrad, sorte de Clark Gable à la fois classe et décadent, Manny Torres, jeune immigré mexicain employé de maison qui cherche à vivre son rêve américain sur les plateaux, et puis Nelly La Roy, fille de nulle part, prête à tout pour devenir une star. Ce trio interprété par Brad Pitt, Margot Robbie, et Diego Calva se croise dans une très longue séquence d’ouverture qui représente une fête bondée et orgiaque, une espèce de tour de force technique qui donne les modalités du film : un rythme survolté et hautement musical qui ordonne un tourbillon de couleurs, de costumes, d’objets et de personnages.

Du méta Hollywood, on en a vu beaucoup ces derniers temps. On peut même dire que c’est devenu un motif ou une forme dominante dans le blockbuster et le gros film d’auteur - certains sont bons, c’est le cas de Once Upon a time in Hollywood de Quentin Tarantino, auquel on pense puisque Babylon en partage la forme chorale et un acteur principal, Brad Pitt. C’est quand même souvent raté et un peu étouffant, on pense aussi devant ce film à Blonde, le film sur Marilyn Monroe d’Andrew Dominic. Le sujet de Babylon c’est un Hollywood à la fois merveilleux et décadent qui, dans les années vingt, passe du muet au parlant mais aussi d’un système encore globalement artisanal à une grande machine industrielle, représente comme une vaste roue de la Fortune médiévale pleine de bouffons et de saltimbanques qui porte parfois aux nues et souvent broie entre ses rouages ceux qui ne suivent pas le rythme.

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Chier le cinéma

La référence à Singing in the rain, le grand classique de Kelly et Donen qui se passait au même moment de bascule du muet au parlant paraît évidente, comme elle l'était déjà dans son précédent film La La Land. Ce n’est d’ailleurs qu'une référence parmi des milliers d’autres. Chez Chazelle la référence semble faire forme en elle-même, sous la forme d’une pile de citations qui ne formule rien sur le cinéma ou sur quoique ce soit - d’ailleurs si on écarte un peu les cotillons, qu’on sort le nez du tas de coke et qu’on fait taire tambours et trompettes, on se rend compte que ce que le film dit sur le cinéma n’est pas plus élaboré qu’une bien pauvre alternative : le grotesque vs le sublime ; le divertissement vs l’art ; les gens vs la tour d’ivoire etc.

En fait ce film ne digère pas les références. Babylon c’est comme une espèce d’ogre qui bouffe tout trop vite. La métaphore gastrique elle est d’ailleurs incluse dans le film, qui commence avec un éléphant trimballé sur une route californienne pour servir d’attraction dans une fête, et qui de peur, défèque longuement sur le malheureux qui le pousse - la caméra saisit en gros plan le flot qui surgit. La merde est partout dans le film, en cela il thématise son propre fonctionnement. L’ambition du film est dévorante, en témoigne cet épilogue grotesque et aberrant dans lequel des séquences de toute l’histoire du cinéma - Keaton, Godard, Avatar etc - sont montées à un rythme effréné. On a l’impression que le film chie des références mal assimilées, voire même que le film “se chie” lui-même puisque Chazelle ne manque pas de s'auto citer lourdement en permanence - dans une espèce de boucle coprophage - le film s'ingurgite lui-même, s’évacue, se remange etc. Tout ça est assez morbide, et surtout pas bien passionnant. Le film ne fait rien de son titre, ne fait rien non plus du carnaval, qui est une forme traditionnellement politique de retournement des valeurs et des classes, (la référence à Fellini de ce point de vue fait assez mal). J’ai aussi pensé à  “Sans filtre”, le film de Ruben Ostlund qui a eu la Palme d’or dont j’avais dit le plus grand mal ici, et pour lequel la métaphore gastrique pseudo carnavalesque (des ultras riches se retrouvaient littéralement le nez dans leurs excrément) se retournait aussi contre le film. Du caca ok, mais du caca gratuit, non. - Transcription de la chronique radio de Lucile Commeaux du 18/01/23 -

  • Babylon, de Damien Chazelle, en salles le 18 janvier

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