Bones and All
Bones and All - Yannis Drakoulidis - Metro Goldwyn Mayer Pictures
Bones and All - Yannis Drakoulidis - Metro Goldwyn Mayer Pictures
Bones and All - Yannis Drakoulidis - Metro Goldwyn Mayer Pictures
Publicité

Aujourd’hui, Lucile Commeaux nous parle de "Bones and all" de Luca Guadagnino sorti en salles le 23 novembre 2022.

Bones and all (les os et tout le reste) : vaste programme pour cette romance cannibale signée Luca Guadagnino, réalisateur italien à qui on doit Call me by your name, sorti en 2017, qui racontait l’amour naissant et l’éveil à la sexualité d’un jeune homme le temps d’un été en Italie. Fait étonnant, ce film rassemblait Timothée Chalamet et l’acteur américain Armie Hammer, désormais personna non grata à Hollywood parce qu’il aurait abusé de ses compagnes avec, notamment, des tendances cannibales… C’est sans doute ce qu’il y a de plus malaisant, car le film lui, malgré son titre, est assez inoffensif.

A l’orée de Bones and all, il y a une jeune fille, Maren, qui vit avec son père dans un mobil home d’un bled paumé des Etats-Unis. On est à la fin des années 80, elle va au lycée ; un soir, elle fait le mur pour rejoindre ses copines qui font une pyjama party, jusque-là tout va bien, les filles discutent, essaient différentes teintes de vernis à ongle, se rapprochent, jusqu’à ce que Maren se saisisse du doigt de l’une d’entre elles pour aussitôt le dévorer jusqu’à l’os. A partir de là, Maren se retrouve livrée à elle-même, contrainte de fuir, avec une idée en tête : retrouver une mère qu’elle n’a jamais connue, et qui, elle l’imagine, pourrait lui expliquer en quoi elle est spéciale.

Publicité
2 min

Ce début est assez saisissant. Il joue sur les codes connus du teenmovie américain et du film d’horreur, un mélange qui fonctionne plutôt, et qui rejoue un récit à la mécanique bien huilée : mélanger le surnaturel, l’horreur et la découverte de la sexualité - ça a fait le beurre notamment de la franchise Twilight, à ceci près que Guadagnino déploie la romance dans une forme "auteuriste" typique d'un cinéma américain indé. Très vite le teenmovie disparaît, et le film prend la forme d’un road trip dont le héros finalement n’est pas tant la jeune Maren jouée par la toute jeune et ravissante Taylor Russel, que son compagnon, interprété par Timothée Chalamet, tout en os et crinière orange, qui intéresse on le sent beaucoup plus Guadagnino.

Trop joli

Dans le fond, le film rejoue la même chose que le précédent. Dans Call me by your name le héros découvrait de manière compliquée, à la fois cruelle, douce et excitante son homosexualité auprès d’un autre homme, mais aussi celle de son propre père. Dans Bones and all la découverte amoureuse passe par une autre communauté et un autre héritage, celle des “eaters”, les mangeurs d’hommes, dont la spécificité se transmet de parent à enfant. Contraints de vivre solitaires pour la plupart ils errent sur les routes désertes d’une Amérique en mage, métaphore un peu lourdaude parfois de la marginalité sexuelle. Le problème c’est qu’on s’ennuie vite, d’abord parce que cette histoire d’amour, contrairement à celle que nous décrivait son précédent film, peine à émouvoir ou exciter, faute d’incarnation. On ne croit pas à ce couple, et d’ailleurs la seule scène de sexe un peu intéressante est une scène extérieure à eux qui se passe entre deux hommes dans un champ de maïs la nuit. Par ailleurs, le côté un peu sophistiqué et doucereux du cinéma de Guadagnino, que j’aime assez par ailleurs, neutralise l’aspect horrifique la plupart du temps, et compromet un des intérêts majeurs du film : les scènes où en effet des gens mangent des gens. Ce n’est jamais sale, ni glauque, et le sang séché sur les ongles de Chalamet ne peut pas nous faire oublier qu’il est surtout beau comme tout, même chose pour sa petite compagne. Par ricochet l’Amérique déshéritée qu’il nous montre avec ses maisons pourries, ses stations-services et ses fêtes foraines minables font un joli décor, trop joli pour qu’on s’effraie ou qu’on se dégoûte. Un personnage vient cependant mettre un peu de noirceur et d’inquiétude dans le tableau, interprété par cet acteur génial qu’est Mark Rylance (qu’on voit notamment régulièrement chez Spielberg). Il campe un “eater” mi Indien des réserves mi Bavarois, qui parle de lui à la troisième personne du singulier, se tient bizarrement, et tresse les cheveux de ses victimes en une longue corde qu’il conserve toujours avec lui : lui semble venir dans le film d’un autre cinéma, qu’on aurait sans doute préféré voir. Lucile Commeaux.

  • Bones and all, de Luca Guadagnino, en salles le 23 novembre 2023

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.

L'équipe

Lucile Commeaux
Lucile Commeaux
Lucile Commeaux
Production
Boris Pineau
Collaboration
Aïssatou N'Doye
Collaboration