Thomas Scimeca dans "Tout fout le camp" de Sébastien Betbeder
Thomas Scimeca dans "Tout fout le camp" de Sébastien Betbeder - Envie de Tempête production
Thomas Scimeca dans "Tout fout le camp" de Sébastien Betbeder - Envie de Tempête production
Thomas Scimeca dans "Tout fout le camp" de Sébastien Betbeder - Envie de Tempête production
Publicité

Un objet culturel passé au crible d’une critique libre et assumée. Aujourd'hui, le film “tout fout le camp” de Sébastien Betbeder (En salles).

Affaire Critique. Dans son billet critique quotidien, Lucile Commeaux porte son regard tranchant et pétillant sur un objet culturel.

Aujourd'hui, le film sorti Tout fout le camp, de Sébastien Betbeder, avec Thomas Scimeca, Nicolas Balvette, Jonathan Capdevielle... (en salles le 14/09)

Publicité

Ces derniers mois ont vu fleurir sur les grands écrans plusieurs films sur les élections municipales : l’un par exemple La campagne de France était un documentaire sur un candidat issu du mouvement des Gilets jaunes en Indre-et-Loire ; un autre Municipale, suivait un acteur venant briguer une mairie dans les Ardennes et constituant une équipe à partir de rien. D’une certaine manière, le film de Sébastien Betbeder s’inscrit dans cette lignée puisqu’il met en scène Usé, un artiste qui s’était présenté aux élections dans sa bonne ville d’Amiens, qui est aussi celle d’Emmanuel Macron, avec un programme tout aussi punk que ses chansons.

Au seuil du film on rencontre Thomas, il est journaliste au Courrier Picard, et doit justement interviewer Usé sur son expérience aux dernières élections : ils deviennent très amis, c’est comme un coup de foudre. Un soir en sortant d’un bar, ils tombent sur un cadavre abandonné dans une ruelle au milieu des détritus, un cadavre qui se meut soudainement, se lève verdâtre et sanguinolent, qu’ils décident de ramener à sa sœur, tenancière d’un club de char à voile sur la côte. Le film prend dès lors des allures de road trip modeste mais fantastique dans une Picardie aux allures de monde parallèle, où il se passe des trucs vraiment très bizarres.

Au-delà du loufoque

J'ai beaucoup de mal avec le burlesque et avec le loufoque, des registres que je trouve très difficiles à assumer aujourd’hui, comme si ce comique-là datait instantanément pour moi les films ou les spectacles. Au théâtre, je trouve ça particulièrement malaisant, au cinéma en général ça ne me fait pas rire du tout. Donc a priori, cette histoire de mort-vivant qui vomit partout, d'olibrius à trottinette, et de punk marginal mais tendre, très peu pour moi. Deuxième sujet de méfiance : le casting. On retrouve à l’affiche trois noms de trois comédiens haut en couleurs, déjà des personnages avant même d’être des personnages : Usé, le fameux punk aux velléités politiques, qui a une tête de personnage de bande dessinée et des airs de Michel Houellebecq ; Thomas Scimeca, grand type qui vient du théâtre, hyper physique, souvent débordant d’énergie et de mimiques ; et puis Jonathan Capdevielle, qui est par ailleurs metteur en scène et marionnettiste, et qui est aussi sur scène un sacré morceau, sorte d'icône gothico-queer pour le dire vite. Tous, des comédiens hors du commun, des gueules, des corps. On pouvait craindre qu’ils ne s’annulent les uns les autres, ou que le combo soit insupportable dans une surenchère au n’importe quoi. Et bien, non, ça marche, car Sébastien Betbeder n'a pas abdiqué la mise en scène.

Le film est beaucoup plus fin que le début ne le laisse envisager, beaucoup plus étrange, et d’une bizarrerie pas si convenue. Il y a notamment une longue séquence centrale qui se déroule dans une grande maison bourgeoise, sorte de manoir que les copains ont investi pour passer la nuit, et au cœur cette scène où, déguisés et travestis, ils dansent - très bien soit dit en passant - dans une espèce de communion dégenrée. Souvent ces scènes de danse sont ratées au cinéma, ça peut verser dans le clip ; ici c’est très beau, et ça change complètement la trajectoire du film. Se loge dès lors dans les relations qu’entretiennent les quatre personnages une tendresse authentique et un respect pas démonstratif, une espèce d’éthique commune qui donne au film une couleur humaniste très vive. On retrouve là finalement, une intention politique du film qu’on croyait avoir perdue dans la multiplication des péripéties : une manière sans surplomb et empathique de filmer la France dite périphérique, la France en marge révélée par la formidable marginalité des personnages. C’est un peu l’inverse des films de Kervern et Delépine, qui ces dernières années avaient une sacrée tendance à montrer des marginaux de la “France profonde” sans les soutenir et sans les aimer, avec du coup un vrai problème idéologique - c’était le cas j’avais trouvé avec Effacer l’historique. A l'inverse on sent à quel point le titre du film de Sébastien Betbeder, Tout fout le camp, fonctionne comme une pirouette anti-réactionnaire, qui fait comme un sacré appel d’air dans la comédie française.

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.

L'équipe

Lucile Commeaux
Lucile Commeaux
Lucile Commeaux
Production
Boris Pineau
Collaboration
Aïssatou N'Doye
Collaboration