Léa Seydoux et Melvil Poupaud dans "Un beau matin" de Mia Hansen-Løve
Léa Seydoux et Melvil Poupaud dans "Un beau matin" de Mia Hansen-Løve - © Les Films Pelleas
Léa Seydoux et Melvil Poupaud dans "Un beau matin" de Mia Hansen-Løve - © Les Films Pelleas
Léa Seydoux et Melvil Poupaud dans "Un beau matin" de Mia Hansen-Løve - © Les Films Pelleas
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Un objet culturel passé au crible d’une critique libre et assumée. Aujourd’hui, le film "Un beau matin" de Mia Hansen-Løve.

Aujourd'hui, le nouveau film de Mia Hansen -Løve, Un beau matin, avec Léa Seydoux, Melvil Poupaud et Pascal Greggory à découvrir en salles :

Sur le coup je n’ai pas eu l’impression de beaucoup aimer ce film, d’y voir quoi que ce soit de déterminant, et finalement je constate que certaines images, voix, bribes de dialogues, lumières, ont imprimé assez fort mon esprit, et qu’il m’a fait quelque chose.

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C’est le quotidien de Sandra, interprétée par Léa Seydoux. Elle vit à Paris, a une petite fille qu’elle élève seule, et travaille comme interprète. Elle rend souvent visite à son père, interprété par Pascal Greggory, ancien professeur de philosophie atteinte d’une maladie dégénérative. Alors que son état se dégrade et qu’il faut considérer un placement, elle rencontre Clément (Melvil Poupaud), ami de longue date perdu de vue. Mia Hansen-Løve livre un récit personnel, puissant comme souvent dans une matière autobiographique, en redisposant délicatement des motifs récurrents dans ses films : la maladie du père, la philosophie, l’adultère. Ces motifs s’articulent autour de deux axes qui forment deux trajectoires pour l’héroïne. Le premier, c’est le déclin du père, que le film chronique avec délicatesse mais en même temps sans épargner au personnage et au spectateur la douleur. On le voit perdu chez lui, puis baladé entre des institutions qui ne veulent pas toujours de lui, ou alors trop, l’hôpital d’abord, et puis plusieurs EHPAD. Ce sont des lieux pauvres qu’on voit peu au cinéma : les chambres nues des maisons de retraite, une terrasse grise et bétonnée, la salle commune où des scouts viennent faire chanter les résidents. Le regard que Mia Hansen-Løve pose dessus est très fin, sans colère, sans pitié excessive, probablement affûté par la singularité de son expérience.

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Éros et Thanatos

La deuxième trajectoire qui progresse en parallèle, est celle de la rencontre amoureuse avec Clément, qui est un homme marié. Là, le film choisit assez courageusement d’assumer la trivialité de l’amour illégitime en chroniquant ses étapes types : les rendez-vous cachés, la passion sexuelle, la lâcheté. Mia Hansen-Løve se coltine les clichés et les images attendues. Cela m’intéresse moins, je ne suis pas sûre de comprendre par exemple où se situe le personnage de Sonia quand elle est avec cet homme, alors que j’ai l’impression à l’inverse de très bien la connaître quand elle est au contact de son père et de sa famille. Les personnages, paradoxalement, sont beaucoup plus vivants dans la partie endeuillée du film. C’est la sœur de Sonia (Sarah Le Picard), dont les quelques scènes sont parfaitement écrites, comme celles avec la mère, Nicole Garcia, très juste dans sa brusquerie. C’est surtout Pascal Greggory le grand acteur de ce film, qui livre une performance remarquable, très focalisée sur la voix, sur le rapport entre la pensée et le langage, ce rapport qui était toute sa vie de professeur et de traducteur, et qui déraille à cause de la maladie. L’histoire amoureuse est moins incarnée.

Le personnage de Melvil Poupaud, vu comme une espèce d’Indiana Jones par l’héroïne parce qu’il est astrophysicien, reste un peu à l’état de fonction : un fantasme érotique qui se développe en même temps que s’annonce le deuil. Ce double mouvement "Eros et Thanatos" qui structure le film est simple, peut-être trop - et c’est sans doute pour ça que j’ai d’abord repoussé le film - mais finalement fonctionne en infusant moins par le récit que par certaines images, celles qui restent imprimées : le visage de Pascal Greggory bien sûr, les livres sur une bibliothèque dans un appartement vide, une table de Noël autour de laquelle on est à la fois très heureux et très malheureux, la lumière surtout, dans la rue le matin, dans la chambre d’hôpital le soir, une lumière toujours saisie en 35mm, une lumière avec une matière qui assure au film sa permanence.

Lucile Commeaux

  • Un beau matin de Mia Hansen-Løve est à découvrir en salles