Ana de Armas dans "Blonde" d'Andrew Dominik
Ana de Armas dans "Blonde" d'Andrew Dominik - Netflix
Ana de Armas dans "Blonde" d'Andrew Dominik - Netflix
Ana de Armas dans "Blonde" d'Andrew Dominik - Netflix
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Un objet culturel passé au crible d’une critique libre et assumée. Aujourd’hui : “Blonde” d’Andrew Dominik disponible sur Netflix

Dans son billet critique quotidien, Lucile Commeaux porte son regard tranchant et pétillant sur un objet culturel.
Aujourd'hui, un film très attendu, Blonde, du réalisateur néo-zélandais Andrew Dominik qui sort ce jour Netflix.

C’est un très long film qui arrive directement sur Netflix - presque trois heures - qui déploie des esthétiques et des formats multiples autour d’un personnage, celui de Norma Jean devenue à Hollywood Marylin Monroe. Un film hyperstylisé, une caractéristique commune aux films qui sortent directement sur Netflix. Tout récemment Athéna (Roman Gavras), et avant ça Mank (David FIncher), The Irishman (Martin Scorsese), Roma (Alfonso Cuarón), autant de films certes très différents, mais qui sont des formes singulières, et qui se retrouvent sur petit écran.

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Au départ, il y a un grand roman de Joyce Carol Oates, Blonde. C’est ce livre qu’Andrew Dominik adapte. Ce n’est donc pas un biopic sur Marylin Monroe mais plutôt la chronique depuis l’enfance jusqu’au suicide d’une existence compliquée et tragique. Le film montre une fillette maltraitée avec une mère psychotique et dangereuse, des abus de toutes parts, dans la sphère conjugale - avec deux maris et des amants qui exercent des formes violences différentes - et dans la sphère professionnelle, où elle se trouve ballottée entre des rôles qu’elle déteste. Dans les salles de cinéma, chez elle, à la Maison Blanche, dans l’avion, Norma Jean est une victime absolue, victime de tous les systèmes auxquels elle est sacrifiée. Pour montrer ça, le film ne lésine pas sur les moyens. Ana de Armas qui interprète l’héroïne est presque de tous les plans, étourdie et le visage souvent ruisselant de larmes, dans une forme heurtée et saturée d’effets. Deux exemples pour dire ce surréférencement : l’épisode enfantin ressemble à un film d’horreur en noir et blanc avec une scène de tentative d’infanticide dans une baignoire et dans la dernière scène, on nous inflige comme dans un film pornographique une fellation intégralement filmée du point de vue de l’homme. Il s’agit de faire sensation à tout prix, dans un film qui a l’air de mimer le trauma de son personnage mais qui en fait le cadre presque abusivement.

58 min

Une forme hyper démonstrative

Le fait que le film fasse de son personnage une victime absolue m’a vraiment posé question. C’est un film qui documente une oppression, celle des hommes sur une femme, celle du cinéma sur une actrice, et d’une certaine manière, il fait sur son personnage la même chose : la cantonnant à une pure victime, sans libre arbitre aucun, écrasé par la destinée. Cette scène de fellation est dérangeante parce qu’elle est filmée du point de vue masculin, radicalisant finalement ce que les cinéastes ont fait de Marylin : un pur objet, donné en pâture au désir des spectateurs. On sent bien qu’Andrew Dominik a pensé à tout ça et qu’il a thématisé la question de la perversité, lui qui filme par exemple les spectateurs de Certains l’aiment chaud ou de Sept ans de réflexion comme des ogres à la bouche déformée par la cruauté du désir. Nous aussi sommes ces spectateurs. Nous participons devant notre écran à cette entreprise perverse et morbide de destruction de Marylin. Regardez, nous dit le film, vous êtes aussi en faute, c’est vous qui lui faites ça. C’est un peu un truc de petit malin et le côté méta cinématographique fatigue légèrement par son systématisme. Pour le dire plus simplement, le film est un peu scolaire là où il aurait pu être plus violent, plus sale, plus malaisant. Tous les effets sont tellement visibles, les coutures apparentes : cette manière par exemple de nous faire comprendre à grands coups d’effets de flou, de flash-back, de passage en noir et blanc, qu’on n’est pas dans le réel mais dans la tête du personnage. Il y a quelque chose de trop scolaire dans le film et ça passe principalement par son usage de la théorie freudienne. Blonde ouvre et ferme sur la même image, un portrait du soi-disant père de Marylin, cet homme que sa mère lui présente comme son géniteur quand elle est enfant, accroché au-dessus de son lit couvrant - je vous le donne en mille — une grande faille sur le mur, une absence que Norma Jean ne cesse de chercher chez les hommes de sa vie. L’option psychanalytique fait quasiment doctrine pour le film qui en épouse la forme téléologique et écrasante. Il manque de l’espace, de l’air pour que se développe le trouble.

L'équipe

Lucile Commeaux
Lucile Commeaux
Lucile Commeaux
Production
Boris Pineau
Collaboration
Aïssatou N'Doye
Collaboration