Weyes Blood
Weyes Blood - Jason Foster
Weyes Blood - Jason Foster
Weyes Blood - Jason Foster
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Littérature, cinéma, expos, musique, séries, BD... Chaque jour un objet de l'actualité culturelle passé au crible d'une critique libre et assumée. Aujourd’hui, Lucile Commeaux nous parle du dernier album de Weyes Blood intitulé “and in The Darkness, Hearts Aglow”

Weyes Blood est probablement, du haut de ses trente et quelques années, une des plus grandes autrices, compositrices et chanteuses américaines aujourd’hui, dont l’intelligence musicale et poétique se confirme dans ce cinquième album and in The Darkness, Hearts Aglow (Et dans l’obscurité les cœurs s’embrasent) - très beau titre, qui ressemble à un vers de poésie anglaise. Titre programmatique pour un disque qui travaille une matière à la fois sombre et lumineuse. C’est un disque de l’après, après le confinement pendant lequel il a largement été composé et écrit, après la catastrophe, avec tout à reconstruire peut-être, à moins que ce ne soit trop tard - un morceau le dit : The worst is done (le pire est fait), et plus loin Il n’est plus temps d’avoir peur. Reste peut-être à danser et s’aimer dans les flammes, ou jouer sur le pont d’un bateau en plein naufrage. Le précédent disque s’appelait Titanic risen (Le Titanic ressuscité), et constituait le premier volet d’une trilogie dont on tient donc là le deuxième opus. Il met en place la même poétique du désastre, peuplé d’apocalypses, de fautes, de relations toxiques, de troubles dans l’identité, mais aussi de grands élans romantiques et d’amours nouvelles. Le disque oscille entre la culpabilité et la délivrance, la résignation et l’espoir.

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Weyes Blood a raconté comment elle a grandi dans une famille californienne croyante, comment elle a appris à chanter dans les églises, et sa musique est nourrie de ces influences. On l’entend dans l’utilisation de l’orgue, des chœurs, des claps de main comme ceux d’un gospel dans un titre qui s’appelle Children of the empire, toute une tradition liturgique revisitée dans des morceaux qui commencent souvent petit, avec quelques accords à la guitare, et qui prennent en quelques minutes une ampleur océanique. Il y a quelque chose de liquide dans cette musique qui roule un peu comme des vagues successives. Le disque prend en quelque sorte la forme d’une épiphanie, particulièrement satisfaisante à l’oreille, avec en plus cette voix si claire de la chanteuse qui vocalise parfois avec une aisance et une douceur singulière. On pense à Lana Del Rey avec qui elle a chanté par ailleurs, mais son Americana à elle, reconnaissable dans les rythmes, le son de la batterie ou la texture des guitares, aurait été subvertie dans les affres de son temps, moins facile à chanter. La poésie en est plus secrète, plus mystérieuse, moins narrative.

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La beauté du disque est simple mais elle est aussi d’une certaine manière vénéneuse et inquiétante. Un des signes de cette réversibilité c’est l’utilisation de la dissonance et de petites perturbations électroniques, comme des oiseaux ou des insectes synthétiques qui viennent agacer la pop - dans God turn me into a flower par exemple (Dieu me change en fleur), sans doute un des morceaux les plus énigmatiques du disque, qui parle de l’identité et ses troubles, avec des motifs récurrents de miroirs déformants, de métamorphoses, de dédoublements. Enfin, c’est un disque court, une poignée de morceaux et deux petits interludes musicaux. Une petite perle à écouter, beaucoup.

  • Weyes Blood “and in The Darkness, Hearts Aglow” sortira le 18/11/22, trois titres déjà disponibles (Sub pop)