SCH
SCH - Bleu Mode / Julien Boudet
SCH - Bleu Mode / Julien Boudet
SCH - Bleu Mode / Julien Boudet
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Son grand œuvre au repos (la saga "JVLIVS"), le rappeur exalte la vitesse dans sa nouvelle mixtape.

Littérature, cinéma, expos, musique, séries, BD... Chaque jour un objet de l'actualité culturelle passé au crible d'une critique libre et assumée.

Aujourd'hui, la nouvelle mixtape du rappeur SCH, Autobahn, parue sur le label Rec. 118 :

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SCH de son vrai nom Julien Schwarzer, c’est la voix d’un des couplets à la fois les plus chantés et incompris de ces derniers mois - « Oui ma gâtée, RS4 gris nardo, bien sûr qu’ils m’ont ratés, soleil dans la bulle sur le Prado shifter pro » -, le tout début du gigantesque tube “ Bande organisée".

Ce nouveau disque, qu’il appelle “mixtape”, est un retour à une première manière pour SCH, dont la florissante carrière a commencé il y a une petite dizaine d’années à Marseille, ville natale, ville décor, ville matière, sans cesse citée dans les textes : un argot singulier, des noms de pays, et un regard tourné vers d’autres bords méditerranéens, notamment l’Italie et son sud mafieux, évidemment. L’album s’appelle Autobahn, du nom du système autoroutier allemand, allemand parce que c’est là qu’on fait les belles voitures, Mercedes qui prennent deux places, "cortèges de quatre anneaux" (les Audi), sur des autoroutes sans limitation de vitesse ni péage. Une géographie idéale, qui est aussi métaphoriquement un terrain de jeu pour le rappeur, où on peut faire ce qu’on veut, quand on veut.

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Ce qu’on entend d’emblée dans ce disque, c’est un son très à l’ancienne, la voix naturelle sans auto-tune presque tout du long, peu de featurings, pas de refrains enjoués, pas d'afro trap, pas d’orientation variété. Dans un premier temps il apparaît comme un objet un peu âpre - en début d’un morceau, SCH lance “digère ça”, et en effet, il n’est pas facile à digérer : long, dense, sec. Ce n’est pas Jul, le copain marseillais sympa avec son accent et ses refrains rigolo ; SCH c’est rocailleux : la voix, les beats, les paroles.

Ça me replonge immédiatement au lycée, ce rap bavard qui a l’air presque artisanal aujourd’hui, et auquel il faut presque se réhabituer. J’entends des accents des grands aînés Marseillais, notamment la Fonky Family, de Rohff et ses chansons sur les grosses cylindrées, de Lunatic, le premier groupe de Booba - “le son qui met la pression” est cité au détour d’un morceau, on reconnait même parfois des inflexions de Diam's grande époque. Il y a là dedans un goût évident pour une forme de nostalgie. Dans un morceau, SCH dit “avec tout ce qui est devenu normal, des fois je sais plus où se trouve la morale”. Un peu perdu SCH, qui trouve à la fois refuge et légitimation dans un rap devenu patrimoine. Il se pose en patron, en parrain, en sage, en pilote, tout ça c’est un peu la même chose. Ce disque, c’est une manière de s'élever, dans un rap sérieux, avec des références gangsta hyper attendues : les mafieux à l’ancienne - il cite De Niro dans Casino, Tony Soprano, Joe Pesci etc. Mais aussi toute une imagerie propre au rap américain des années 90-2000, les belles filles qui bougent comme J.Lo, et, surtout, surtout les belles voitures. Là, j’avoue que c’est ma limite dans la compréhension des paroles. Il faudrait que je tape sur Google un mot sur deux pour comprendre de quelle marque, moteur, mécanique il parle. Le texte est truffé de ce vocabulaire là, celui de la vitesse, de la grosse voiture, de la formule 1, il en jouit littéralement, en nous laissant parfois sans doute un peu sur le côté.

Lucile Commeaux

L'équipe

Lucile Commeaux
Lucile Commeaux
Lucile Commeaux
Production
Boris Pineau
Boris Pineau
Boris Pineau
Collaboration
Aïssatou N'Doye
Collaboration