ONE SONG - Histoire(s) du Théâtre IV, Miet Warlop, 2022
ONE SONG - Histoire(s) du Théâtre IV, Miet Warlop, 2022 - © Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon
ONE SONG - Histoire(s) du Théâtre IV, Miet Warlop, 2022 - © Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon
ONE SONG - Histoire(s) du Théâtre IV, Miet Warlop, 2022 - © Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon
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Un objet culturel passé au crible d’une critique libre et assumée. Aujourd'hui, le spectacle "One Song" de Miet Warlop, à découvrir en tournée.

Dans son billet critique quotidien, Lucile Commeaux porte son regard tranchant et pétillant sur un objet culturel.

Aujourd'hui, le spectacle One Song de Miet Warlop à découvrir notamment les 20 et 21 septembre à Marseille dans le cadre du festival Actoral et les 28 et 29 septembre au Tandem - Scène nationale Douai / Arras (toutes les dates de la tournée en bas de page) :

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Je reviens aujourd'hui sur un spectacle que j’ai vu au Festival d’Avignon cet été, très bizarre objet qui arrive sur les scènes françaises et belges en cette rentrée. “One song” signifie “une chanson”, et c’est en effet, très simplement, à cela qu’on assiste : une chanson, performée sur scène une quarantaine de fois pendant l’heure et demie que dure le spectacle. Une chanson, la même chanson, un peu pop rock, que je suis incapable de chanter et pourtant, je l’ai encore bien accrochée dans le crâne, et pour cause : c’est une sacrée affaire d’assister à One Song.

Miet Warlop est belge, plasticienne de formation, elle travaille sur la performance depuis le début des années 2000. En 2005, elle avait écrit un spectacle qui rassemblait déjà sur une scène des musiciens/sportifs engagés jusqu’à l’épuisement. Ce motif semble être une obsession chez elle, et One Song en a d’ailleurs la forme : le spectacle est littéralement obsessionnel et obsédant.

Quand on entre dans la salle, les comédiens sont déjà sur la scène. Certains s'agitent au fond sur des gradins en habits de supporters, écharpes siglées au nom d’un club inconnu. À côté d’eux, une coach en survêtement et casquette hurle tout du long des instructions incompréhensibles dans un mégaphone pourri. Circule le long du plateau un pom-pom boy, et sur un côté un groupe d’athlètes s’échauffent. On enclenche en avant-scène un métronome, et c’est parti. Les athlètes forment en fait un groupe de musique. L’une, violoniste, monte sur une poutre de gymnastique, l’un fait de la contrebasse allongé en faisant des abdos, l’un fait de la batterie en sautant, et le chanteur performe en courant sur un tapis de course. Tout ça, très très très fort. C’est un spectacle qui épuise tout, et d’abord les comédiens. Le terme “sacrée performance” est un euphémisme pour décrire la répétition inlassable des mouvements, qui accélèrent ou ralentissent au gré des variations métronomiques. On voit les muscles qui tremblent, les yeux qui deviennent vitreux, la sueur qui coule et refroidit.

Souffrir et faire souffrir

Alors pourquoi s’infliger ça me direz-vous ? Premièrement parce que c’est drôle. Le mégaphone pourri qui sonne comme celui du Dictateur de Chaplin, c’est drôle. Drôle surtout, ce personnage apparemment secondaire du pom-pom boy : grand type chevelu qui interprète une chorégraphie burlesque en fond de scène avant d’assembler sur des pupitres des blocs de lettres comme un gigantesque scrabble énigmatique. Drôle surtout, cet espèce d’effet parodique que la performance produit. Le spectacle semble singer un théâtre contemporain hyperphysique en le rapportant à des objets de la culture populaire : le stade, le foot, la pop, la comédie musicale, le teen movie américain. Il se passe quelque chose à cet endroit, dans le rapport au sérieux de la performance, qui soulage et crispe à la fois. C’est une blague, et en même temps on souffre. On rit des performeurs qui souffrent, et eux se moquent de nous en nous infligeant les décibels explosifs de la même chanson médiocre pendant plus d’une heure. L'œil passe d’un performeur à l’autre en pensant trouver une chose nouvelle à regarder, mais les variations visuelles sont minimes : un nouveau pas du danseur, une pause pour le bassiste, un geste de la violoniste pour soutenir le batteur qui n’en peut plus de sauter. On passe par le rire, puis la révolte, on met les bouchons d'oreilles / on les enlève / on les remet, puis on devient solidaire, passant ainsi par tous les rapports scène / salle - sadique, masochiste, empathique - qui peuvent exister. Lorsque j’ai vu le spectacle à Avignon, personne quasiment n’est sorti pendant la représentation. Je trouvais ça étonnant, en même temps je n’ai pas pensé moi-même une seule fois à quitter mon siège, comme sidérée par ce qui se passait devant moi.

Lucile Commeaux

One Song de Miet Warlop à découvrir les 20 et 21 septembre à Marseille dans le cadre du festival Actoral, les 28 et 29 septembre au Tandem - Scène nationale Douai / Arras, et en tournée :

  • 1, 4 et 26 novembre 2022 à Strombeek (Belgique)
  • 1 et 2 février 2023 à Valence
  • 22 mars 2023 à Turnhout (Belgique)
  • Du 28 au 31 mars 2023 à Dijon

L'équipe

Lucile Commeaux
Lucile Commeaux
Lucile Commeaux
Production
Boris Pineau
Collaboration
Aïssatou N'Doye
Collaboration