Critique théâtre : "Sans tambour" de Samuel Achache, en tournée

"Sans tambour" de Samuel Achache
"Sans tambour" de Samuel Achache - Jean-Louis Fernandez
"Sans tambour" de Samuel Achache - Jean-Louis Fernandez
"Sans tambour" de Samuel Achache - Jean-Louis Fernandez
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Un spectacle qui fait matière du cliché amoureux, et de la musique une forme pour détraquer le vaudeville.

Littérature, cinéma, expos, musique, séries, BD... Chaque jour un objet de l'actualité culturelle passé au crible d'une critique libre et assumée.

Aujourd'hui, le spectacle Sans tambour de Samuel Achache du 1er au 11 décembre au Théâtre Gérard Philipe – CDN de Saint Denis dans le cadre du Festival d'Automne à Paris, puis en tournée (dates en bas de page) :

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J’ai énormément de tendresse pour ce spectacle, vu un soir de très grand vent au festival d’Avignon. On connaissait auparavant Samuel Achache en binôme avec Jeanne Candel, avec qui il écrivait et mettait en scène des spectacles très inspirés par le répertoire musical classique ; le voilà donc seul, qui consomme une rupture sans tambour dans un décor à la fois en construction et en destruction. Sur la scène, une maison grandeur nature faite de bric et de broc, ouverte à tous les vents, avec ces planchers parcellaires, ses escaliers à nu, et ses murs divers de parpaing et de briques modulables - une maison dont on ne sait si elle est en ruine ou en construction. Dedans vit un couple qui s’engueule, fait l’amour, se sépare dans la douleur. C’est une rupture de théâtre, dans un décor domestique un peu comme au boulevard, : l’une reproche à l’autre d’être trivial, de parler syphon et Renault Scénic et de l’enfermer dans les considérations quotidiennes ; l’autre d’être absente, idéaliste, et dure. Les dialogues fusent à grand bruit, les portes claquent, les rideaux de douche aussi. On est sur le terrain connu du vaudeville, mais quelque chose fait dysfonctionner le théâtre bourgeois. C’est la musique, presque omniprésente sur scène sous des formes différentes : une chanteuse lyrique double les dialogues de la comédienne, une clarinette pousse de longs soupirs dissonants, une flûte encourage, un piano soutient. C’est une des grandes réussites du spectacle, dont la direction musicale est signée Florent Hubert, que de prendre la musique pour une forme, et non un accompagnement.

Le lied de Schumann, dispersé, joué, rejoué, fonctionne comme un modèle formel. Le lied est une forme courte, souvent ramassée en recueil, et Sans tambour, avec sa forme fragmentaire, presque une forme à sketchs, travaille comme lui. Le lied de Schumann c’est aussi le romantisme allemand, forme musicale s’il en est du retour sur soi, de la mélancolie et de l’exaltation. Samuel Achache prend cette pulsion au sérieux, et assume le lyrisme au premier degré, quand par exemple, lors d’une longue tirade, un comédien s’adresse à son cœur, un cœur bien concret en peluche rouge qu’il brandit alors que résonnent derrière lui des cascades d’arpèges au piano. De la même manière, le spectacle rejoue dans une dernière partie l’opéra Tristan et Isolde de Wagner en lui insufflant une vigueur romantique neuve et assez bouleversante. Le spectacle fait matière du cliché amoureux, qu’il soit théâtral ou musical, avec grande intelligence.

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Le lyrisme et le burlesque

Ce qui fonctionne parfaitement avec ce spectacle, c’est la manière dont ce lyrisme primaire s’articule avec le comique. C’est vraiment un exercice de funambule, ça pourrait être un complet ratage si le spectacle était ironique ou grinçant. C’est un spectacle très drôle, grâce à la qualité de ses interprètes, notamment Sarah Le Picard et surtout Lionel Dray, qui campe une sorte d’hurluberlu héritier tout à la fois d’un Chaplin, d’un Groucho Marx et d’un Monsieur Hulot, promenant sa mélancolie drolatique dans une clinique où on doit lui apprendre à mieux vivre et à oublier l’amour. Ce dispositif ludique donne lieu à de véritables numéros très maîtrisés, dont le décor précaire, avec ses poutres de travers, ses escaliers dangereux, ses fenêtres qui donnent dans le vide, est un terrain parfait. On monte des échelles dans le vide, un piano suspendu s’effondre en engloutissant son joueur, on chute beaucoup, évidemment. Il y a de la virtuosité chez tous ces comédiens multifonctions qui travaillent comme en troupe, à la fois acteurs, clowns, et musiciens. Simple et bien fait, c’est un spectacle qui fonctionne comme une bonne chanson d’amour, un peu triste certes, mais qui donne envie d’y retourner.

Lucile Commeaux

les 10 au 11 janvier • Opéra national de Lorrain, Théâtre de la Manufacture – CDN Nancy (54) +
les 24 et 25 janvier • Théâtre Saint Louis, Pau (64) +
les 3 et 4 février • Points Communs – Nouvelle scène nationale de Cergy-Pontoise et du Val d’Oise (95) +
du 22 février au 5 mars • Théâtre des Bouffes du Nord, Paris (75) +
les 8 et 9 mars • Théâtre de Lorient (56) +
les 16 et 17 mars • Théâtres de la ville du Luxembourg (Luxembourg) +
les 28 et 29 mars • Le Grand R – Scène nationale de La Roche-sur-Yon (85) +
les 12 et 13 avril • Théâtre de Caen (14)  +

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