Maison de la Radio et de la Musique
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Maison de la Radio et de la Musique ©Radio France - Christophe Abramowitz
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Résumé

À quoi servent la radio et la télévision publiques ? Dominique Wolton, sociologue et directeur de recherche au CNRS nous rappelle l'importance de l'audiovisuel public en France.

avec :

Dominique Wolton (Sociologue).

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À quoi servent la radio et la télévision publiques ? C’est ce que semble se demander la candidate d’extrême droite Marine Le Pen qui prévoit, si tant est qu’elle soit élue, la cession au secteur privé de France Télévisions, Radio France et France Médias Monde, car selon elle la France n’a pas besoin d’un audiovisuel public si important. Pour faire un point sur les caractéristiques de la radio / télévision publique Marie Sorbier a interrogé Dominique Wolton, sociologue et directeur de recherche au CNRS en Science de la Communication.

Une "indépendance" en trompe l’œil des médias privés

Nées respectivement en 1935 (Radio-PTT Vision) et 1964 (ORTF), la radio et la télévision publique ont connu de nombreux changement depuis leur arrivée dans les foyers français, pour autant, sont-elles devenues inutiles ou impertinentes au fil du temps ?

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« La proposition de Mme Le Pen n’a aucun sens, c’est de la démagogie. Il y a depuis toujours une bataille pour préserver et développer le service public, car la concurrence public / privé est indispensable. Le service public est bien plus indépendant qu’il y a 50 ans, tandis que les médias privés sont très fortement soumis à l’influence politique de leurs propriétaires. Le secteur public est fondamental car il échappe à la logique de l’argent pour s’occuper d’une question essentielle : l’intérêt général. » Dominique Wolton

La préservation d’une pluralité du discours politique ou des contenus diffusés sur les ondes du service publique est d’autant plus importante à l’heure où elle disparaît sur la télévision privée et sur internet où les algorithmes ont tendance à nous diriger vers ce qui nous ressemble ou ce que l’on aime déjà.

« Comparé au public, le privé manque de diversité et de déontologie. Le problème le plus important en théorie de la communication est le suivant : Si vous n’offrez aux gens que ce qu’ils veulent entendre, il n’y a aucun progrès. Si par démagogie vous leur offrez que ce qu’ils veulent, ils ne s’intéresseront qu’au sexe ou à la religion. Le secteur public est un des acteurs majeurs de la préservation du pluralisme. » Dominique Wolton

39 min

Le pluralisme des services publics comme renfort à la démocratie

C’est en permettant l’ensemble des français d’avoir accès à une grande variété de programmes, censés recouvrir une majorité du spectre des goûts et des opinions de la population, que la télévision et la radio publique font du bien à la démocratie.

« C’est une illusion de croire que si on tient les rédactions, on tient la conscience et le peuple, c’est faux. La capacité critique du public est beaucoup plus importante aujourd’hui qu’il y a 50 ans. Les gens ne supportent pas l’influence politique et après avoir beaucoup aimé la télévision et les médias privés, pensant qu’ils étaient plus libres, ils ont compris que la pression de l’argent est pire encore que la pression politique. » Dominique Wolton

Si certains se sont détachés du service public, d’autres des médias privés, certains des deux à la fois, c’est le plus souvent pour se tourner vers internet, souvent considéré comme horizontal, direct, libre de tout conflits d’intérêts. Que change réellement la place prise par internet dans le quotidien des français vis-à-vis du lien qu’ils ont avec la télévision et la radio publique ?

« On a cru que plus il y aurait d’information, plus il y aurait de culture et de communication, plus il y aurait de liberté et de pluralisme, mais on s’aperçoit qu’informer n’est pas communiquer et que l’explosion du volume d’information ne créé pas plus de communication, car le public est beaucoup plus critique, si ce n’est sceptique à cause de sa surexposition à l’info. Ainsi chacun se renferme dans sa communauté. Le rôle du secteur public, et de l’ensemble des médias, même privés, même internet, est de rester ouvert sur le monde pour ne pas avoir une vision pessimiste et pourrie. » Dominique Wolton

53 min

Le 28 avril prochain retrouvez l’ouvrage Communiquer et négocier de Dominique Wolton aux éditions du CNRS.