François Tanguy, metteur en scène d'images et de mouvements inouïs, nous a quittés

L'actrice française Claudie Douet interprète une scène de la pièce "Ricercar" mise en scène par François Tanguy le 16 juillet 2008 à Avignon
L'actrice française Claudie Douet interprète une scène de la pièce "Ricercar" mise en scène par François Tanguy le 16 juillet 2008 à Avignon ©AFP - © Michel Gangne
L'actrice française Claudie Douet interprète une scène de la pièce "Ricercar" mise en scène par François Tanguy le 16 juillet 2008 à Avignon ©AFP - © Michel Gangne
L'actrice française Claudie Douet interprète une scène de la pièce "Ricercar" mise en scène par François Tanguy le 16 juillet 2008 à Avignon ©AFP - © Michel Gangne
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Le metteur en scène François Tanguy vient de mourir. Christophe Triau, professeur en études théâtrales à l'université de Nanterre nous raconte pourquoi son œuvre est essentielle dans le théâtre contemporain.

Avec
  • Christophe Triau

Le metteur en scène François Tanguy vient de mourir à 64 ans et il laisse le monde du théâtre en deuil. Le créateur de La Fonderie au Mans, là où sont nées ses créations, là où le Théâtre du Radeau dès les années 1980 produit du théâtre comme il n’en existe nulle part ailleurs, sans se soucier ni de l’air du temps, ni des conjectures économiques, François Tanguy laisse une trace indélébile chez chaque spectateur qui a, un jour, assisté à l'une de ses représentations. Même si l'on ne comprenait pas tout de suite cette poésie inactuelle qui se déployait sur les planches, une image s'incrustait toujours au plus profond de nos mémoires et, parfois des années plus tard, faisait sens. Marie Sorbier est allée demander à Christophe Triau d’évoquer ici, comme un hommage, l’œuvre de François Tanguy.

Le théâtre de François Tanguy, c’est faire apparaître des formes

Christophe Triau souligne avec émotion que l'œuvre de François Tanguy est une œuvre essentielle du théâtre contemporain, au-delà de la mise en scène, dans une création multidimensionnelle. À la fois peintre et musicien, il redonnait ses heures de gloire au théâtre dans son acception la plus large.

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"C'était pleinement du théâtre, avec une portée plastique et une composition musicale. (...) Le principe de son travail était de faire apparaître des formes, les faire disparaître, ne jamais les figer, être toujours en mouvement." Christophe Triau

La parole a également un statut particulier dans le théâtre de François Tanguy. En effet, ses dramaturgies étaient composées de borborygmes, de murmures à peine audibles, de langues étrangères. La part du texte était à la fois essentielle, mais sans aucune hiérarchisation.

"Tout ce qui était convoqué sur la scène était destiné à se métamorphoser, s'entrechoquer, se déplacer. (...) Les textes, les acteurs qui les portaient, les musiques, les lumières, les déplacements de décors, tout ça n'était pas hiérarchisé. Parce que les hiérarchiser ce serait construire, établir un sens et établir quelque chose qu'on reconnaîtrait." Christophe Triau

Un mouvement ondulatoire, et infini

Le terme de mouvement revient souvent dans la bouche de Christophe Triau pour évoquer le théâtre de François Tanguy. Ses pièces, le metteur en scène les appelait des "mouvements" comme dans une partition musicale.

"Quand on lui disait “ce spectacle…” il répondait “non, ce mouvement !” et ce mouvement était lui-même pris dans un mouvement, etc." Christophe Triau

Photo de la dernière mise en scène de François Tanguy, "Par autan"
Photo de la dernière mise en scène de François Tanguy, "Par autan"
- © Jean-Pierre Estournet

Les images qu'il nous offrait étaient complexes parce que difficiles à définir, se tenant toujours, entre la poésie et la philosophie. Fortes mais fugaces, surprenantes et en transformation permanente, les images de François Tanguy libéraient nos imaginaires à coup d'agencements de corps et d'espaces inépuisables.

"Ces images-là reviennent parfois des années après et impactent notre cerveau. C'est cela aussi la caractéristique du théâtre de Tanguy, c'est faire des images qui reviennent." Christophe Triau

François Tanguy, un modèle de transmissions

La disparition de François Tanguy est d'une redoutable violence pour sa troupe. À la tête du Théâtre du Radeau installé au Mans dans une ancienne succursale d'automobile renommée "La Fonderie" - lieu de transformation par essence - François Tanguy avait une manière unique et ô combien précieuse de perpétuer la tradition théâtrale de troupe.

"Les temps de maturation étaient très longs, ce qu'on n'a plus vraiment aujourd'hui dans les créations de spectacles." Christophe Triau

Surpris par la nuit
1h 28

Si La Fonderie et la troupe restent, l'homme trépasse. Face au vide laissé par sa mort brutale, ses comédiens sondent déjà, entre les murs du théâtre, l'absence de sa générosité engageante, de son hospitalité hors pair et de son amitié sereine et confiante.

"Il y a des lieux et il y a une manière de faire qui revendiquent un artisanat du temps. (...) François Tanguy c'était une graine, c'était plus qu'une graine, il représentait une sorte de modèle." Christophe Triau

Toutefois, grâce à ses pièces, à ses enseignements pédagogiques et toute la grâce qu'il a transmis, aussi bien aux spectateurs qu'à ses confrères, François Tanguy a créé un nouveau langage théâtral qui n'est pas prêt de s'interrompre.

À voir : Le dernier spectacle de François Tanguy, "Par autan", se joue dans le cadre du Festival d'automne au Théâtre de Gennevilliers , du 8 au 17 décembre prochain.

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