Métier autrefois quasiment masculin, la direction d'orchestre tend à se féminiser progressivement.
Métier autrefois quasiment masculin, la direction d'orchestre tend à se féminiser progressivement.
Métier autrefois quasiment masculin, la direction d'orchestre tend à se féminiser progressivement. ©Getty - Eric Raptosh Photography
Métier autrefois quasiment masculin, la direction d'orchestre tend à se féminiser progressivement. ©Getty - Eric Raptosh Photography
Métier autrefois quasiment masculin, la direction d'orchestre tend à se féminiser progressivement. ©Getty - Eric Raptosh Photography
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Résumé

Il y a seulement 4% de femme cheffe d'orchestre en France ; Mélanie Levy-Thiébaut, cheffe d'orchestre depuis 30 ans nous raconte les spécificités de ce métier encore dominé par les hommes.

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Mélanie Levy-Thiébaut (Cheffe d'orchestre).

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Si le 6 mars dernier, la jeune cheffe d’orchestre Polonaise Anna Sułkowska–Migoń remportait la seconde édition du concours international de direction d’orchestre exclusivement féminin, La Maestra, créé par Claire Gibault, le métier de chef d’orchestre n’en reste pas moins quasi-exclusivement masculin. En effet, bien que le milieu tende à s’ouvrir, aujourd’hui seul 4% des chefs d’orchestre en France sont des femmes. Parmi elles, Mélanie Levy-Thiébaut, qui a accepté de répondre aux questions de Marie Sorbier au sujet de sa profession et de sa progressive féminisation au fil du temps.

Une évolution des mœurs pianissimo

Cheffe d’orchestre depuis trente ans, elle dirige l’ensemble instrumental de la Mayenne et a récemment créé le groupe orchestral Le Paradoxe, dédié à la démocratisation de la musique contemporaine. Interrogée sur l’évolution et la progressive ouverture de ce milieu dans lequel elle baigne depuis toute petite, Mélanie Levy-Thiébaut, fille de la compositrice Graciane Finzi, répond :

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« De nos jours il y a des femmes qui accèdent à des postes que je n’aurai jamais. C’est étrange car ce métier porte sur la connaissance, la durée, le savoir, l’expérience et le charisme. Autrefois il fallait d’abord acquérir tout cela pour accéder à de belles choses. Il est difficile de se sentir légitime à cause d’une parité ou d’un quota. La seule chose magnifique c’est l’exemplarité du chemin. » Mélanie Levy-Thiébaut

Si elle avoue avoir eu des difficultés à devenir cheffe d’orchestre, elle affirme toutefois que ce n’était en rien lié à son genre, et que le métier demande patience et abnégation chez les hommes comme chez les femmes.

« Parfois on me dit "Mais Mélanie tu aurais dû faire une plus grande carrière" mais je ne pense pas que ce soit parce que je suis une femme. Peut-être n’aime-t-on pas mon travail, peut-être ai-je moins de talent que d’autres, mais je ne me risquerais pas à dire "oui, si j’avais été un homme, j’aurais fait une plus grande carrière". » Mélanie Levy-Thiébaut

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Déclôturer les esprits

Animée par l’envie de transmettre sa passion pour la musique, Mélanie Levy-Thiébaut a surtout envie de la rendre accessible au plus grand nombre, et se désole de voir le public se poser lui-même des barrières intellectuelles.

« Je présente mes concerts depuis très longtemps, je donne des clés d’analyses et raconte des anecdotes pour que le public soit à même d’écouter et de se dire "Ah, mais je comprends, je peux aller écouter des concerts !". Il faut guider les gens à venir découvrir ce qu’ils ne connaissent pas, servir d’audioguide, comme dans les musées. » Mélanie Levy-Thiébaut

Qu’il s’exclue lui-même ou se sente exclu, le public a totalement délaissé un pan entier du répertoire musical joué en France en se privant l’accès à la musique contemporaine, ce qui est très problématique pour notre patrimoine selon Mélanie Levy-Thiébaut.

« Je me souviens il y a une vingtaine d’années lorsque j’ai vu des gens partir d’un de mes concerts de musique contemporaine. Je me suis dit : plus jamais ça. La création du groupe orchestral Le Paradoxe sert à transmettre des explications et mettre en lumière cette période si proche de nous mais pourtant déjà oubliée. » Mélanie Levy-Thiébaut

Parmi les compositeurs les plus mécompris, Mélanie Levy-Thiébaut cite Steve Reich, le minimaliste américain ou encore, de l’autre côté de l’atlantique, Edgar Varèse, compositeur aux sons de synthèse, et surtout Pierre Boulez :

« Boulez a une très, très mauvaise côte, mais il est génial, il faut juste entrer dans son monde ! C’était à la fois un homme et un compositeur génial, il nous manque. Il faut jouer du Boulez, tout le temps, faire en sorte que sa musique devienne les tubes de l’été. » Mélanie Levy-Thiébaut

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