Extrait du roman-photo "Guacamole Vaudou" d'Eric Judor et Fabcaro - © Le Seuil
Extrait du roman-photo "Guacamole Vaudou" d'Eric Judor et Fabcaro - © Le Seuil
Extrait du roman-photo "Guacamole Vaudou" d'Eric Judor et Fabcaro - © Le Seuil
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Résumé

Le roman-photo fait son grand retour dans les succès de librairie. Analyse du phénomène avec le critique littéraire Jan Baetens.

avec :

Jan Baetens (professeur à l’université de Leuven et auteur).

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Comment expliquer le retour en grâce du roman-photo, ce genre narratif proche de la bande dessinée dans lequel se retrouvent des successions de photographies accompagnées de textes ? Un temps « ringardisé » le genre connaît un regain de vigueur ces derniers temps notamment grâce au succès de librairie qu’est Guacamole Vaudou signé Eric Judor et Fabcaro. Pour en savoir davantage sur ce genre si particulier, Marie Sobier s’est entretenue avec Jan Baetens, poète et critique littéraire.

Vous avez dit ringard ?

Alors que nous n’étions plus habitués à voir les romans-photos orner les tables de nos librairies, ces livres bien particuliers sont de nouveau à la mode, après une période de désintérêt de la part du grand public qui avait tendance à les considérer démodés :

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« Personnellement j’ai du mal à considérer le roman-photo comme ringard. Cet adjectif lui est associé dès 1951 par Fellini, alors que le roman-photo a débuté en 1947. Ça fait soixante ans qu’on annonce la mort du roman-photo et il est toujours là, même dans ses formes traditionnelles, plus proches du néoréalisme italien que du roman à l’eau de rose. » Jan Baetens

Aussi, ce « grand retour » serait à modérer car selon Jan Baetens, le roman-photo n’aurait jamais vraiment disparu :

« Il a toujours été là, dans ses formes traditionnelles et alternatives, type art et essai comme ceux de Marie-Françoise Plissart, dont certains sont des chefs-d’œuvre absolus. On trouvait aussi de nombreux romans documentaires, comme en témoignent travaux de Vincent Jarousseau : Les Racines de la colère, L’Illusion Nationale… » Jan Baetens

A la croisée des arts

Toujours vivant, toujours debout, le genre n’aurait donc pas connu de creux et aurait également été influencé par des artistes majeurs, des années 70 jusqu’à nos jours :

« Des artistes contemporains tels que Duane Michals dans les années 70 ou Sophie Calle maintenant ont produit une sorte de photographie narrative, des séquences toujours sous forme de livres et non plus sous forme de magazine. Cela a bien entendu beaucoup influencé les auteurs de romans-photos, y compris Fabcaro, c’est une influence indéniable et salutaire. » Jan Baetens

Comme son nom l’indique, la photographie est au cœur du roman-photo et de son évolution. Selon les courants elle a par ailleurs une place différente :

« Dans les romans-photos traditionnels, le scénario est verrouillé, bétonné avec des dialogues, le photographe doit se contenter d’illustrer avec des images. Dans le roman-photo plus ambitieux il y a un dialogue permanent entre le scénariste et le photographe qui collaborent durant la préproduction, le repérage mais parfois aussi lors de la réécriture du scénario. » Jan Baetens

Pour en savoir plus découvrez Pour le roman-photo de Jan Baetens.