Bourse du commerce.
Bourse du commerce. ©Getty - Crédits : Pierre Suu
Bourse du commerce. ©Getty - Crédits : Pierre Suu
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Une prise de haut vol dans des institutions vouées à l’art contemporain :François Pinault vient d’annoncer qu’Emma Lavigne prend la direction de sa collection dès novembre 2021. Roxana Azimi, journaliste, spécialiste du monde de l’art nous fait part des enjeux qui sous-tendent cette nomination.

Emma Lavigne est une conservatrice très respectée. Elle a d’abord fait ses armes à la Cité de la Musique puis a rejoint le Centre Pompidou ; en 2015, elle est à la tête du Centre Pompidou-Metz,  avant de prendre la présidence du Palais de Tokyo, il y a deux ans. Elle a en plus organisé des expositions de haut-vol et a été commissaire du pavillon français à la Biennale de Venise et à la Biennale de Lyon. 

C'est une personnalité très respectée, très appréciée, qui a un énorme capital sympathie auprès des créateurs, notamment.

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Ce qui peut paraître surprenant dans sa nomination en tant que directrice de la collection Pinault, c’est qu’Emma Lavigne a fait toute sa carrière dans le public, a toujours défendu le service public en plaidant en sa faveur. Aller dans une institution privée peut donc légitimement surprendre, souligne Roxana Azimi. La nouvelle directrice de la collection Pinault, est arrivée il y a seulement deux ans au Palais de Tokyo. Pour Roxane Azimi, elle n'a pas eu le temps d'y imprimer sa marque et d’y faire ses preuves, d’autant plus qu’il y a eu un an et demi de pandémie.

Ces transfuges du public vers le privé traduisent un état de l’art contemporain assez inquiétant selon Roxana Azimi. Cela montre, d’une part, que les institutions publiques sont fragilisées par rapport aux fondations ou sociétés privées qui se développent. Cela révèle également que les directeurs d’institutions publiques, aujourd’hui, essayent de trouver de l’argent et qu’ils n’exercent plus une fonction de programmation ou de stratégie de rayonnement pour leur institution. Dans le cas du Palais de Tokyo, c’est assez criant car ce Centre d’Art doit trouver 70% de ses ressources.

Je ne sais pas si c'est un choix volontaire de la part de François Pinault de prendre à la direction quelqu’un du service public, mais en tout cas, ce n'est pas la première fois. Il s'est déjà payé un ancien ministre de la Culture avec Jean-Jacques Aillagon. Après, il s'est payé un ancien président à la fois du Centre Pompidou et après de la BNF, en la personne de Bruno Racine. Et puis, son concurrent Bernard Arnault a à peu près fait la même chose puisqu'il a engagé pour la direction artistique de la Fondation Louis Vuitton Suzanne Pagé, qui était la directrice emblématique du Musée d'art moderne de la Ville de Paris. Après, il est engagé aussi des conservateurs de musée comme Angéline Scherf, comme Olivier Michelon, qui avait été directeur des abattoirs de Toulouse. Donc, en fait, ils vont chercher les meilleurs dans les institutions publiques et ils les payent sans doute beaucoup mieux que ne le font ces institutions publiques.

La Bourse de commerce est devenu un lieu central, qui a ouvert ses portes au printemps dernier au cœur de Paris. C’est un lieu qui connaît depuis beaucoup de succès. Par ailleurs, cette dernière a travaillé avec des collections publiques, elle aime l’idée de collection. A la Bourse de commerce, elle va travailler avec une collection privée mais mouvante puisque les œuvres se revendent, à la différence des collections publiques dont les œuvres sont inaliénables. Toutefois, les institutions privées sont aussi un lieu de valorisation économique d’une collection privée. 

Passer du public au privé veut dire passer d’un lieu où les collections sont inaliénables à un lieu où les collections sont mouvantes où l’on achète et où l’on revend

Beaucoup seront tentés de dire qu'Emma Lavigne succombe aux sirènes de l'argent. Néanmoins, si elle quitte une institution publique, c'est davantage un signal envoyé aux institutions publiques ; et surtout,  à l'Etat qui a réduit considérablement les subventions des institutions publiques et à donné des avantages fiscaux aux institutions privées. L'argent qu'il ne donne plus à ses propres structures, l'Etat le donne de manière détournée aux structures privées. C'est cela qui explique le départ d'Emma Lavigne d'après Roxana Azimi. 

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