Pourquoi les écrivains contemporains s'intéressent t-il tant à leurs parents ?

Parents et fils (de 3 à 5) assis sur le canapé dans la salle de séjour - Photos
Parents et fils (de 3 à 5) assis sur le canapé dans la salle de séjour - Photos ©Getty - Crédits : Noel Hendrickson
Parents et fils (de 3 à 5) assis sur le canapé dans la salle de séjour - Photos ©Getty - Crédits : Noel Hendrickson
Parents et fils (de 3 à 5) assis sur le canapé dans la salle de séjour - Photos ©Getty - Crédits : Noel Hendrickson
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De plus en plus de "récits de filiation" apparaissent dans les nouveautés littéraires. Guy Larroux, professeur de littérature française à l'Université de Toulouse explique au micro de Marie Sorbier pourquoi les auteurs contemporains s'intéressent tant à leurs parents.

Le nombre de récit de filiation en cette rentrée littéraire est frappant. Amélie Nothomb, François Noudelmann, Sorj Chalandon, Jean-Baptiste Del Amo, et encore bien d’autres en ont fait le sujet de leur livre. C’est sans aucun doute la confirmation d’un mouvement de fond venu d’assez loin ; c’est ce qui a, par ailleurs, motivé l’écriture du livre de Guy Larroux « Et moi avec eux » paru aux Editions La Baconnière.  

J'avais le sentiment d'être débordé par les écrits à mesure que moi-même j'essayais de les décrire.

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Cette rentrée n’est donc que la confirmation d’une veine littéraire, dont on s’étonne toujours et dont on se dit que, peut être, elle tarira un jour. Mais ce n’est pas le cas. Ecrire sur ses parents n’est pas une tendance de notre époque. En effet, Albert Cohen avec « Le Livre de ma mère » avait déjà écrit sur ce sujet. Cependant, à partir des années 80, s’ouvre nouvelle tendance de cette écriture. De quelle manière se manifeste donc t-elle ? Parmi les textes premiers de cette nouvelle écriture, il y a ceux d’Annie Ernaux avec « La Place » ou encore « Une Femme » ; et dans un tout autre style, celui de Pierre Michon « Vies minuscules » qui porte également sur les parents et particulièrement sur un père disparu et des figures parentales antérieures. Finalement depuis les années 80, s’écrivent des livres de ce genre appelés « la diversité des récits de filiation ». Cette appellation signifie qu’il n’y a pas d’autobiographie. Dans l’autobiographie « je » parle de « je », en revanche dans le récit de filiation, un sujet comme un fils, une fille tentent de parler de soi à travers un héritage en se rapportant à ses ascendants directs, mais aussi en remontant le cours des générations jusqu’aux grands parents et même au-delà, dans une sorte de quête généalogique. Cela a trait à  ce que l’on appelle en anthropologie sociale, la parenté.

La raison culturelle de cette profusion de texte est due, d’une part,  à une mélancolie habitant les contemporains ; de sorte que, au lieu de se projeter vers l’avenir, vers des utopies politiques, ils ont tendance à se retourner et à regarder avec nostalgie les communautés plus petites, plus familières qui se présentent à nous le plus facilement, comme la famille. Cette question capitale, qui dépasse la littérature,  relève de la philosophie, de la psychologie et de la psychanalyse : c’est la question de la transmission mère-enfant. Dès lors, tous ces textes posent la question de la transmission des héritages, et parfois des héritages douloureux,  qui nous tourmentent.  

L’appellation la plus courante, celle de « récit » a l’avantage de neutraliser la distinction entre fiction et non-fiction. Mais il se trouve qu’il y a des récits de filiation de nature véritable, véridique qui relèvent de l’autobiographie et qui continuent à porter le nom de roman. En réalité, ce sont pour les auteurs une manière de revendiquer une liberté, la liberté que donne le roman. C’est au fond prendre acte du fait que raconter les siens, ceux dont on a partagé une partie de l’existence et dont on ne connait pas tout les secrets c’est forcément faire œuvre de romans, au sens plus large, faire œuvre d’imagination car il y a une grande part de conjecture dans ces récits. 

D’après l’enquête de Guy Larroux, il y a une majorité de récits, de textes qui poursuivent une vérité de nature autobiographique, qui visent une certaine vérité ou véridicité. C’est notamment le cas de « La Place » de Annie Ernaux, et d’autres auteurs qui prennent acte de cette part d’imagination et conservent l’appellation « roman » en connaissance de cause. Sauf si ce sont des romans déclarés qui agitent la question de la filiation, comme c'est sans doute le cas du texte de Jean-Baptiste Del Amo, « Le fils de l’homme ».

Ecrire sur ses parents c’est écrire sur soi. C’est pour cette raison que l’on pourrait décrire ces textes comme des autobiographies indirectes.

En effet, il est impossible de concevoir un récit de filiation dont le sujet principal, l’écrivain, s’absenterait. Néanmoins, la tentative existe : ce serait une biographie du père ou de la mère avec un fils ou une fille absente. C’est difficilement réalisable selon Guy Larroux qui prend en exemple pour appuyer son propos,  le livre de Dominique Fernandez en 2009 « Ramon ». Ce livre se présente formellement comme une biographie savante et historique. Evidemment, il est impossible à Dominique Fernandez, le fils, de s’absenter complétement ce cette narration où il est question d’un père litigieux, puisqu'on sait que le père de Dominique Fernandez, s’était compromis dans la collaboration. Par ailleurs, tout est une question de territoire partagé entre le « je » et le « il » ou « elle », c’est un aménagement des territoires et l’on trouve certains textes du côté du « je » de l'autobiographie et d'autres du côté du « il » ou du « elle », c'est-à-dire du côté de la biographie. Et c'est dans cette zone complexe que naviguent, avec des finalités et des motivations, des styles divers, les auteurs les  autrices de récits de filiation. 

En cette rentrée littéraire, les récits de filiation ne sont pas des moindres. Guy Larroux, professeur de littérature française à l'Université de Toulouse, a publié « Et moi avec eux ». Il explique au micro de Marie Sorbier les motivations des auteurs contemporains dans l’écriture de ce genre.

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