Le Paris de Perec

Georges Perec en France, en 1978
Georges Perec en France, en 1978 ©Getty - © Louis Monier
Georges Perec en France, en 1978 ©Getty - © Louis Monier
Georges Perec en France, en 1978 ©Getty - © Louis Monier
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À l'occasion des 40 ans de la mort de Georges Perec est publié son grand projet littéraire inachevé : "Lieux". Denis Cosnard, journaliste et auteur, nous en dit plus sur ce livre totalement fou.

Avec

Georges Perec est certainement le plus parisien des écrivains. Son premier roman « Les Choses » commence dans le quartier latin et son dernier « 53 jours » rue Caumartin. Dans « Espèce d’Espace » il écrit : « Je ne connais évidemment pas toutes les rues de Paris mais j’ai toujours une idée d’où elles se trouvent. Même si je le voulais, j’aurais du mal à me perdre dans Paris. ». Paris comme cartographie d’écriture et l’écriture comme invitation à arpenter Paris, Georges Perec reste intimement lié aux pavés de la capitale. Marie Sorbier est allée retrouver Denis Cosnard pour redécouvrir avec lui le Paris de Perec.

Changer l'oblique et la focale d'une ville à travers ses déplacements

Georges Perec était moins un flâneur parisien qu'un marcheur bien réglé. En effet, il préférait avoir des itinéraires choisis, minutieusement pensés dans les jeux qu'il avait inventés. Membre de l'Oulipo, l'Ouvroir de littérature potentielle, Georges Perec aimait s'infliger des contraintes, qu'il trouvait fructueuses.

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"Pour voir la ville un peu différemment, il avait choisi d'imaginer un trajet qui empruntait uniquement des rues qui commencent par la même lettre, par exemple la lettre C." Denis Cosnard

Friand de l'accumulation et de l'énumération, la contrainte était un moteur pour rédiger ses romans. S'il se fixe tant de contraintes, ce n'est pas pour s'en vanter, il préférait d'ailleurs que les lecteurs ne les décèlent pas.

"Dans son roman "La Disparition", écrit sans la lettre la plus fréquente de la langue française, le "e", certains critiques ne s'en sont même pas rendus compte. Et Perec était ravi, il jubilait." Denis Cosnard

Espaces littéraires

Dans son livre "Espèce d'espace" où Perec développe la notion de l'espace en général, tous ses exemples sont parisiens. C'est un espace à la fois matériel - les rues, les quartiers, les chambres où il a logé - mais aussi, un espace littéraire.

"Le premier espace de l'écrivain, c'est la page blanche. Et c'est cette vie profondément parisienne qui a nourri tous ses livres, qui lui sert de cadre." Denis Cosnard

Géographie à la carte
1h 00

La ville de Paris est donc un son terrain d'écriture, tel un matériau dans lequel il puise ses inspirations. Dans son ouvrage, Denis Cosnard évoque également le projet littéraire, inachevé, de Georges Perec, intitulé "Lieux", récemment publié à l'occasion des 40 ans de sa mort. Là encore, Paris apparaît comme une base topographique.

"Perec avait choisi douze lieux dans Paris qui lui parlait d'une façon ou d'une autre, et chaque mois, il allait dans un des lieux pour décrire ce qu'il voyait. Chaque mois également, il choisissait un autre lieu et il rédigeait là les souvenirs qui étaient liés à ce lieu." Denis Cosnard

Des inédits extraordinaires

Perec avait le projet de continuer à rédiger ses textes durant douze ans. À la fin de chaque texte Perec les mettait dans une enveloppe cachetée, avec l'idée qu'un jour, au bout de douze ans, il aurait un matériau extraordinaire qui lui aurait permis de voir à la fois le vieillissement des lieux décrits, le vieillissement de ses souvenirs, ainsi que le vieillissement de son écriture.

"Les premiers textes sont merveilleux, les manuscrits sont somptueux, les enveloppes sont décorées. Mais dès la troisième année, il trouve qu'il se répète un peu, et s'arrête l'année suivante." Denis Cosnard

Après 40 ans d'hésitations, les héritiers de Georges Perec ont finalement publié ces textes, pour le bonheur des spécialistes qui perçoivent en ces inédits une mine exceptionnelle où Perec ne s'est jamais autant dévoilé.