Extrait du film "Une maison" (2020), tourné dans le Lieu de vie Tentative près de Monoblet.
Extrait du film "Une maison" (2020), tourné dans le Lieu de vie Tentative près de Monoblet. - Judith Auffray
Extrait du film "Une maison" (2020), tourné dans le Lieu de vie Tentative près de Monoblet. - Judith Auffray
Extrait du film "Une maison" (2020), tourné dans le Lieu de vie Tentative près de Monoblet. - Judith Auffray
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A l'occasion de la journée mondiale de sensibilisation à l'autisme le 2 avril prochain, Cyril Neyrat critique de cinéma nous explique la fascination des cinéastes pour le monde de l'autisme.

25 ans après sa disparition, que reste-t-il du cinéaste, écrivain et éducateur Fernand Deligny ? Référence majeure du domaine de l’éducation spécialisée, il fut un farouche opposant à la prise en charge asilaire des enfants autistes. A l’occasion de la Journée Mondiale de la Sensibilisation à l’Autisme ayant lieu ce samedi 2 avril, sera organisé la première édition du festival D’Autres Vies par l' Association Tentative à Monoblet, ville des Cévennes où Fernand Deligny a accueilli des enfants autistes. Pour parler de l’héritage de l’éducateur-cinéaste, Marie Sorbier a interrogé Cyril Neyrat, écrivain et critique de cinéma.

L’héritage de Ferdinand Deligny

Cyril Neyrat, résidant désormais sur les terres cévenoles de Fernand Deligny, nous explique les méthodes et pratiques mises en place par l’éducateur spécialisé pour accueillir au mieux les personnes autistes dans les deux lieux de vie expérimentaux fondés à Monoblet :

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« L’héritage de Deligny se ressent dans l’échelle des lieux. Les autistes vivent mieux dans une petite unité de vie que dans une grande institution à portes à codes et couleurs pastel. Cet héritage se ressent aussi dans la manière dont l’autisme est considéré, c’est-à-dire non plus comme une déficience mais comme un « mode d’être » singulier, qui a une dimension esthétique et pas uniquement clinique. » Cyril Neyrat

En effet, la leçon la plus importante à retenir au sujet de l’autisme, parmi les multiples enseignements de Fernand Deligny, est sans doute celle-ci : Les autistes ne sont pas des personnes à guérir.

« Deligny cherchait plutôt à nous guérir nous, ou se guérir lui. Il a eu l’intuition de renverser complètement la proposition et de construire une sorte d’utopie autour et à partir de ces autistes atteints de formes sévères, quasi mutisme, pour qui le mot « inclusion » est un miroir aux alouettes. » Cyril Neyrat

Liens étroits entre cinéma et autisme

Novateur dans la prise en charge des personnes autistes mais également cinéaste, Fernand Deligny a rapidement pris conscience des ponts à bâtir entre ses deux centres d’intérêts presque fusionnels :

« Pour lui le cinéma permettait un autre accès à ces formes de vie un peu différentes. Le cinéma joue un rôle essentiel dans le réseau Deligny, que ce soit comme outil de documentation ou de recherche. On est plusieurs à être persuadés qu’il y a une relation intime, mystérieuse et très singulière entre le cinéma et l’autisme comme forme de vie. » Cyril Neyrat

Bien qu’évident pour Deligny et ses héritiers, le rapprochement entre autisme et cinéma peut paraître surprenant pour beaucoup. Cyril Neyrat nous éclaire :

« Pour Deligny, le cinéma était une façon de mettre le langage à l’écart, car il opposait image et langage. Néanmoins, le cinéma nous met en capacité d’accepter l’autre sans projeter de discours. C’est une notion fondamentale lorsque l’on est en « présence proche » de personnes autistes. » Cyril Neyrat

1h 34

Découvrir « D’Autres Vies »

Le week-end prochain à Monoblet, dans les Cévennes, se déroulera la première édition du festival D’Autres Vies, qui s’intéresse à toutes les « autres vies » que les nôtres, notamment à celles des personnes autistes mais pas uniquement. Cyril Neyrat nous livre le programme :

« Il y aura trois projections accompagnées d’une série de discussions, de rencontres et d’ateliers avec des collectifs d’artistes durant un jour et demi à Monoblet. Le premier film projeté sera Pénélope, mon amour (2021) de Claire Doyon, le deuxième sera Projet N (1979) d’Alain Cazuc, et le troisième sera Une maison (2019) de Judith Auffray. » Cyril Neyrat

Retrouvez plus d’information au sujet du festival D’Autres Vies ayant lieu le 1er et 2 avril à Monoblet ici.

Vous pouvez également participer au crowdfunding mis en place par l' Association Tentative afin d'aider à l'acquisition et la rénovation d'une grande maison au cœur du village de Monoblet, qui permettra l'ouverture d'un nouveau lieu de vie alternatif pour les personnes autistes.