Le contrôle des nouvelles technologies
Le contrôle des nouvelles technologies ©Getty - GettyImages
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En quoi la pensée de Georges Bernanos peut-elle nous éclairer aujourd'hui ? Sébastien Lapaque, journaliste, nous rappelle les théories de l'auteur sur notre dépendance à la technologie.

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Dans son essai La France contre les robots Georges Bernanos assimilait la société moderne à "un ensemble de problèmes techniques à résoudre" et déplorait de constater que la civilisation des machines fabrique "des hommes habitués depuis l’enfance à ne désirer que ce que les machines peuvent donner". Pour comprendre en quoi Georges Bernanos peut nous aider à penser notre temps.

Le grand remplacement… de l'homme par la machine

Écrit en 1947, l'essai La France contre les robots a davantage de lecteurs aujourd'hui que lors de sa publication. Tel un prophète, Bernanos analyse avec une précision d'horloger la question de notre soumission à la technique.

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"Ce n'est plus une affaire de vieillards impotents qui rêveraient de rouler dans un fauteuil électronique, même un enfant rêverait d'un appareil électronique qui l'empêcherait de courir, de rêver, d'aimer.Sébastien Lapaque

Ayant foi en la curiosité humaine, Bernanos n'établit guère de vision radicale contre l'intelligence humaine. Sa pensée se déploie plutôt à partir d'une réflexion sur le décalage entre les désirs de l'homme et leurs possibilités scientifiques et techniques d'exécution.

"Je ne crois pas que chez Bernanos, comme chez Sainte Thérèse d'Avila, comme chez Ignace de Loyola, comme chez Saint Jean de la Croix, il y ait un refus de la raison.Sébastien Lapaque

Bernanos, un penseur de la décroissance ?

Au sein de l'ouvrage de Sébastien Lapaque, on découvre un Bernanos rêvant d'agriculture, montant à cheval, menant une vie simple guidée par la sobriété. Gardant ses distances avec les Lumières parisiennes dans lesquelles il baignait lors de ses premiers succès littéraires dans les années 1920 et 1930, Bernanos est effectivement un penseur de la décroissance.

"On peut le rapprocher de Jacques Ellul, de Simone Veil, mais aussi d'Albert Camus." Sébastien Lapaque

29 min

À l'instar d'Albert Camus, Bernanos décèle le mal que l'homme est capable de déchaîner, aussi bien contre lui-même que contre son prochain, et le trouble certain que cela engendre. Bernanos est d'ailleurs aussi proche d'un Camus que d'un Pasolini, ou d'un Georges Orwell, des auteurs profondément ouverts sur le monde et attentifs aux plus infimes comportements humains.

"Même s'il se moque souvent de l'élite, Bernanos pense que la vérité et le bon sens sont des comportements quotidiens que l'on observe grâce à Dieu, jour après jour. (...) L'idée de l'échange, du don, du contre don, des gestes ordinaires et simples sont vraiment le trésor des gens simples." Sébastien Lapaque

Une vie intérieure à bout de souffle

"On ne comprend rien à la civilisation moderne si on n'admet pas d'abord qu'elle est une conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure." Georges Bernanos

Sébastien Lapaque souligne l'importance de la question de la vie intérieure, fil rouge de notre capacité à faire société. En effet, si notre dépendance à une technique toujours plus galopante surpasse notre propre puissance humaine, cela viendrait dérégler les mécanismes de notre vie intérieure - au point où notre intelligence serait remise en question dans ses actes les plus simples et aurait des conséquences dévastatrices.

Car dans la mesure où l'homme ne serait plus attentif à sa vie intérieure - véritable horloge biologique et instinctive - les relations entre les hommes seraient empêchées et, ce faisant, deviendraient surannées.

- À lire : Vivre et mourir avec Georges Bernanos De Sébastien Lapaque vient de paraître aux éditions de L'escargot.