Portrait de Gabriel Garran, acteur, réalisateur et metteur en scène français de théâtre (1929-2022).
Portrait de Gabriel Garran, acteur, réalisateur et metteur en scène français de théâtre (1929-2022).
Portrait de Gabriel Garran, acteur, réalisateur et metteur en scène français de théâtre (1929-2022). - Fernand Michaud
Portrait de Gabriel Garran, acteur, réalisateur et metteur en scène français de théâtre (1929-2022). - Fernand Michaud
Portrait de Gabriel Garran, acteur, réalisateur et metteur en scène français de théâtre (1929-2022). - Fernand Michaud
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Résumé

Gabriel Garran, grand homme de théâtre est mort vendredi à 95 ans. Daniel Urrutiaguer, professeur d'économie et d'esthétique du théâtre à La Sorbonne nous rappelle l'héritage de Gabriel Garran pour le théâtre public français.

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Le théâtre public français doit beaucoup au comédien, écrivain, poète et metteur en scène qu’était Gabriel Garran, décédé vendredi dernier à l’âge de 95 ans. Fondateur du célèbre Théâtre de la Commune situé à Aubervilliers, il le dirigea de 1960 à 1984 avant de passer la main au dramaturge franco-argentin Alfredo Arias. Pour faire le bilan de la vie de ce géant du théâtre français, très engagé dans la démocratisation de la culture, Marie Sorbier a interrogé Daniel Urrutiaguer, professeur en économie et esthétique du théâtre à la Sorbonne.

La Commune ou la fin des barricades culturelles

Fondé initialement en 1960 par Jack Ralite et Gabriel Garran au sein de l’ancienne salle des fêtes municipale d’Aubervilliers, le théâtre populaire de la Commune ouvrit officiellement ses portes en 1965 et ne fut réaménagé qu’en 1975 par les architectes Jean Perrottet et Valentin Fabre.

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« En tant que théâtre populaire, la Commune a pour principe de rendre accessible au plus grand nombre, notamment aux classes populaires, la culture lettrée. Le travail artistique de Gabriel Garran s’inscrivait dans ce projet du Parti Communiste Français, visant à rendre accessible la culture dans un but émancipateur, afin d’élever la conscience des classes populaires. » Daniel Urrutiaguer

Véritable pionnier en la matière, le Théâtre de la Commune a ouvert la voie à une vague de décentralisation culturelle en France et servi d’exemple pour la création des Centres Dramatiques Nationaux, institués par la loi de 1972.

« Les CDN ont pour principe d’avoir un ancrage local et d’être dirigés par des metteurs en scène spécialement missionnés pour créer leurs propres spectacles, inviter d’autres metteurs en scène à faire de même et parallèlement diffuser d’autres spectacles. Les CDN doivent à la fois concilier leurs missions de démocratisation culturelle, d’excellence artistique, d’ancrage local et de rayonnement national. » Daniel Urrutiaguer

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Commune et Communistes, un programme commun

Lorsqu’il était à la tête du Théâtre de la Commune, Gabriel Garran avait une approche du théâtre qui devait allier à la fois cette exigence esthétique, des volontés d’autonomisation ainsi qu’une mission militante :

« Jack Ralite et Gabriel Garran étaient conscient de la nécessité qu’il y avait de permettre aux artistes de conserver leur autonomie, et avaient également envie de s’ouvrir à des pièces contemporaines critiques vis-à-vis de la société. Car dans les années 50 les théâtres avaient été obligés de se replier sur la programmation de pièces classiques grand public. Garran, lui, n’entendait pas du tout s’inscrire dans une programmation œcuménique. » Daniel Urrutiaguer

Peut-on résumer l’esprit de Gabriel Garran à la formule « L’avenir du théâtre appartient à ceux qui n’y vont pas » ?

« Oui, Gabriel Garran était très attentif à cela, comme en témoigne son positionnement contre les politiques d’abonnement qui, selon lui, rendaient le public captif. Il avait l’esprit tourné vers la disparition de tout signe pouvant intimider le public populaire, ses choix reflétaient son orientation philosophique. » Daniel Urrutiaguer

Comme indiqué précédemment, la volonté de démocratiser la culture et le théâtre était à la fois la philosophie de Gabriel Garran et l’expression de son militantisme. Epaulé par le Parti Communiste Français, il fut un acteur de taille dans le processus de décentralisation de la culture en France :

« Le PCF était un soutien financier non-négligeable puisqu’au départ Gabriel Garran a travaillé hors-les-murs dans un gymnase, avant que la rénovation d’une salle des fête, financée par le Parti Communiste de la ville, permette l’ouverture d’un véritable théâtre. La reconnaissance institutionnelle de l’Etat n’est venue qu’en 1971. Avant cela les directeurs de théâtres étaient responsables financièrement de leurs établissements. A la fin de leurs mandats ils devaient rembourser les dettes sur leur patrimoine personnel. » Daniel Urrutiaguer

Pour découvrir la programmation du Théâtre de la Commune d’Aubervilliers, cliquez ici.