Actress Ingrid Bergman listens to some instructions from film director and husband Roberto Rosselini during "Europa 51" in Roma 27 October 1951.
Actress Ingrid Bergman listens to some instructions from film director and husband Roberto Rosselini during "Europa 51" in Roma 27 October 1951. ©AFP - ACME / AFP
Actress Ingrid Bergman listens to some instructions from film director and husband Roberto Rosselini during "Europa 51" in Roma 27 October 1951. ©AFP - ACME / AFP
Actress Ingrid Bergman listens to some instructions from film director and husband Roberto Rosselini during "Europa 51" in Roma 27 October 1951. ©AFP - ACME / AFP
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"Europe 51" film mythique de Roberto Rossellini ressort en salle cette semaine dans une version restaurée. Aurore Renaut, maîtresse de conférences en études cinématographiques nous éclaire sur ce chef d'œuvre du néoréalisme italien.

Europe 51, le film de Roberto Rossellini de 1952 vient d’être restauré et est visible de nouveau en salle depuis le 5 janvier. Une jeune femme, riche est bouleversée par le suicide de son enfant. Ce drame personnel lui fait ouvrir les yeux sur la misère qui l’entoure. En résulte une méditation sur l’engagement et le sens à donner à sa vie.

Le personnage d’Irène

Selon Aurore Renaut, maîtresse de conférences en études cinématographiques à l’Université de Lorraine, Roberto Rossellini retrace dans Europe 51 le parcours d’une femme, Irène, interprétée par Ingrid Bergman qui finit par ouvrir les yeux et devenir lucide alors qu’elle ne voyait rien jusqu’alors.

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« On rapproche souvent les personnages des films de Rossellini à son autobiographie et il y a quelque chose très rossellinien dans le film, l’idée que c’est un parcours anticonformiste : une grande bourgeoise, qui, confrontée à ce drame, choisit un autre parcours que celui de sa classe sociale vers la christianité et la grâce ; Ingrid Bergman est touchée par la grâce dans le film. Mais il y a aussi Roberto Rossellini qui refuse les dictats de la politique de l’époque. »

Le personnage d’Irène oscille entre son milieu social qui est le capital, la démocratie chrétienne et la droite de l’époque avec un autre milieu, celui de son cousin communiste. Elle choisit finalement une autre voie.

Lorsque Roberto Rossellini parle de ce film, il fait référence à François d’Assise comme un modèle pour le personnage d’Ingrid Bergman. D’après Aurore Renaut, le réalisateur, après avoir réalisé Les onze Fioretti de François d’Assise, s'est demandé « ce que cela ferait si un tel personnage, un tel fou de Dieu revenait au milieu du XXème siècle après la Seconde Guerre mondiale, en pleine Guerre froide. »

nt Pour Aurore Renaut, le personnage d’Irène est le même que celui de Saint François d’Assise au féminin. La population et les représentations d’institutions la surnomment « La sainte » et Irène cite le Christ, la Bible sans même le savoir.

Un manifeste néoréaliste ?

Selon Aurore Renaut, les films avec Ingrid Bergman sont considérés comme les débuts du cinéma moderne dans la continuité du néoréalisme. Le néoréalisme s'interroge sur comment refaire des films après la Seconde Guerre mondiale, après tout ce que l’humanité a fait et dont elle a été témoin, mais aussi sur les nouvelles conditions de production. En effet, après la Seconde Guerre mondiale, il est difficile de tourner en studio et beaucoup d’acteurs non-professionnels sont engagés.

« Quand Ingrid Bergman arrive dans le cinéma de Roberto Rossellini, dans Stromboli en 1949, il y a les mêmes conditions du néoréalisme mais avec une star internationale ; et ce mélange avec des acteurs non professionnels et professionnels crée le cinéma moderne. »

1h 15

La question de l’enfance

Dans Europe 51, la question de l’enfance est omniprésente. Avant le cinéma de Roberto Rossellini il n’y avait jamais eu, selon Aurore Renaut, un suicide d’enfant dans un cinéma de fiction. Le cinéaste réalise en 1948 Allemagne année zéro dans lequel le petit Edmund, âgé de douze ans, grandit ; mais le monde dans lequel il vit est tellement inhumain que la seule solution qu’il trouve à la fin du film est de se jeter dans le vide.

« Quand Roberto Rossellini fait Europe 51 en 1952, il continue de se poser les mêmes questions sur l’enfance ; l’enfance qui est censée être l’innocence. Quand on voit les films de Vittoria De Sica, néoréaliste, il y a toujours cette difficulté de grandir dans l’Italie d’après-guerre mais il y a une part d’innocence. Chez Rossellini, les enfants sont jetés dans ce monde immoral et cruel. On ne les écoute pas. Pendant le repas, le petit garçon appelle plusieurs fois sa mère mais elle est concentrée sur ce repas de grande bourgeoise et la seule alternative qu’il a, est de se jeter dans le vide pour attirer son attention. »

Pour Aurore Renaut, ce film devenu culte touche à la modernité, en particulier dans la manière dont l’enfance est traitée dans le film.

Actualité : Europe 51 de Roberto Rossellini se découvre ou se redécouvre en salles ; l'ouvrage Roberto Rossellini. De l’histoire à la télévision d'Aurore Renaut est disponible aux éditions Le Bord de l’eau dans la collection Ciné-mythologies, 2016.