Boîte aux lettres ©Getty - Mike Harrington
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Résumé

« Tout peut disparaître» : Annabelle Perrin, journaliste et fondatrice du média épistolaire et politique « La disparition » nous explique la pertinence de cette grille de lecture.

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Tout peut un jour disparaître. La pandémie et son flot de première fois a fait prendre conscience que rien dans notre monde n’est immuable et que tout peut disparaître : des milliers d’espèces, des usines et même nos libertés fondamentales. La grille de lecture de la disparition a donné naissance à un média qui chronique et inventorie ces disparitions. 

Comment ne pas tomber dans la nostalgie quand on dresse un monde qui est en train de disparaître ?

Selon Annabelle Perrin, inventorier ces disparitions c’est raconter des histoires de personnes luttant contre ces disparitions.

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«  La journaliste Sophie Bouillon nous écrit une lettre de Lagos au Nigéria où elle raconte la disparition des arbres car l’espace se réduit de plus en plus à cause des constructions. Des promoteurs immobiliers font fortune en construisant encore plus. Elle raconte la rencontre d’un homme qui décide de ne pas vendre la petite parcelle de terrain qu’il a encore, les quelques arbres, alors qu’il pourrait devenir millionnaire. Il décide de la garder envers et contre tout. Cet homme le fait par amour de la Nature. Je crois que raconter ce genre d’histoire de personnes debout refusant l’ordre du monde n’est pas déprimant, c’est plutôt un média d’histoire collective. »

Georges Perec dans La Disparition a choisi de se priver de la lettre « e ». Au-delà de la contrainte littéraire on peut y voir une explication psychanalytique puisqu’il venait de perdre ses parents « eux ».  

« Peut-on œuvrer à la disparition du patriarcat ? Veut-on la disparition du système néolibéral actuel ? A contrario veut-on lutter contre la disparition des services publics ? Ou contre la disparition de la biodiversité ? Des glaciers ? »

Un média épistolaire et politique 

La fiction nous fait prendre conscience du monde dans lequel on vit.

« Je ne crois pas que la fiction ou le travail des écrivains soit forcément plus ou moins politique que le travail des journalistes. Ce qui est politique c’est le fait de se questionner sur ce que ces disparitions entraînent et sur les décisions politiques qu’elles engendrent. C’est aussi politique parce que la lettre permet un rapport plus direct. Toutes nos lettres sont écrites avec « je » pour nous donner l’impression que le journaliste écrit sur le terrain et sur le front de la disparition. Ainsi en créant un récit plus intime et personnel, peut-être que le lecteur se rendra compte qu’il y a urgence et qu’une prise de conscience est plus facilement envisageable grâce à l’épistolaire et au « je ». »

Le média mis en place par Annabelle Perrin se reçoit par la poste. La journaliste mise sur le courrier, à contrecourant de notre époque. Choisir l’épistolaire n’a pas été un choix superflu selon Annabelle Perrin.

« On a eu une sorte de déclic pendant le premier confinement lorsqu’on a vu qu’on pouvait nous enlever nos droits à la mobilité et que du jour au lendemain, sur décisions du gouvernement, on pouvait ne plus pouvoir marcher dans sa propre ville ne serait-ce qu'une heure par jour, ne plus pouvoir danser en boîte de nuit et que le droit d’enterrer nos proches pouvaient disparaître. Si on nous avait dit cela il y a encore 3 ans, que tout cela pouvait disparaître pendant un moment, personne ne l’aurait cru. »

Comment raconter la disparition ? Annabelle Perrin et son équipe se sont rendus compte que la correspondance disparaissait et propose qu’un journaliste écrive directement à son lecteur. 

Actualité : La Disparition, un média épistolaire et politique est disponible sur abonnement. https://ladisparition.fr/

Références

L'équipe

Marie Sorbier
Marie Sorbier
Marie Sorbier
Production
Alexandre Fougeron
Réalisation