« Madame le Ministre a le “new-look” », Elle, 29 juin 1948.
« Madame le Ministre a le “new-look” », Elle, 29 juin 1948.
« Madame le Ministre a le “new-look” », Elle, 29 juin 1948. - Archives ELLE France
« Madame le Ministre a le “new-look” », Elle, 29 juin 1948. - Archives ELLE France
« Madame le Ministre a le “new-look” », Elle, 29 juin 1948. - Archives ELLE France
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Résumé

Depuis 1936, la question du vêtement des femmes politiques se pose alors que l'on ne s'interroge pas sur celui de leurs homologues masculins. Sophie Lemahieu, historienne de la mode à l'école du Louvre nous explique les enjeux du style des femmes de pouvoir.

avec :

Sophie Lemahieu (Historienne de la mode.).

En savoir plus

Sophie Lemahieu publie l'étude S’habiller en politique : Les vêtements des femmes de pouvoir. 1936-2022 éditée par le Musée des Arts Décoratifs, en partenariat avec l’Ecole du Louvre.

La masculinisation de la femme politique

Selon Sophie Lemahieu, il existe bien une masculinisation du style vestimentaire des femmes ayant des responsabilités politiques mais cela dépend des époques. En effet, en 1936, les premières femmes politiques accèdent au gouvernement en France, en étant nommées secrétaires d’Etat alors même qu’elles n’ont pas le droit de vote.

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« Dans les années 30, l'important est de respecter la bienséance qui divise très fortement la population. A cette époque, il n’est pas question de masculinisation. Les femmes vont connaître d'autres problèmes concernant leurs vêtements, notamment la longueur des jupes avec les tailleurs jupes qui sont encore assez longs à cette période. »

La masculinisation arrive à partir des années 70.

« On entend souvent l'anecdote de Michèle Alliot-Marie, qui n'était pas encore élue ministre mais qui travaillait déjà en cabinet ministériel et qui devait entrer à l'Assemblée nationale. Elle était vêtue d'un pantalon. L’huissier de l'Assemblée nationale ne voulait pas la laisser entrer et elle lui aurait dit que si son pantalon le gênait elle allait l’enlever dans les plus brefs délais. Elle ne l’a pas fait et l'huissier a fini par la laisser entrer. »

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D’après Sophie Lemahieu, cet évènement est le début de la masculinisation des femmes politiques qui, pour avoir plus de crédits auprès des électeurs et de leurs collègues, vont se fondre dans la masse des hommes politiques. Ainsi dans les années 1980 et 1990, elles adoptent le tailleur pantalon et raccourcissent leurs cheveux. Il y a donc l’idée de se fondre dans la masse des hommes présents en grande majorité dans le monde politique et l’idée de confort.

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"Comment se distinguer sans provoquer ?"

Pour Sophie Lemahieu, il est très difficile quand on est une femme politique de trouver un équilibre entre « décence, pudeur, respect, dignité de la fonction, modestie et discrétion » afin d’éviter les scandales et les jugements d’apparence pour se concentrer essentiellement sur les idées et les projets politiques. On parle très souvent des vêtements des femmes politiques en les réduisant, parfois, à leur physique à la différence des hommes.

« Sur la photo du premier gouvernement Raffarin, on voit un amas de costumes sombres et tout à droite, Roselyne Bachelot, porte un tailleur jupe rose pâle. On ne voit qu'elle sur la photo. Cette stratégie vestimentaire est extrêmement intéressante car il y a d'autres ministres femmes sur cette photo mais elles sont invisibles. Sur cette photo Roselyne Bachelot porte un message à travers lequel elle affirme qu'il n’est pas nécessaire de ressembler à un homme pour y arriver. Lors de la photo du gouvernement Raffarin 2, Roselyne Bachelot est toujours présente en tailleur rose et plusieurs de ses consœurs ont décidé de porter des vestes blanches et colorées. Elles ont suivi son exemple et ont décidé de se rendre visibles, d'assumer le fait qu’elles n'ont pas la même apparence que les hommes et qu'elles sont toutes aussi légitimes. »

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En 2022, est-ce que les femmes politiques affirment davantage leur féminité ?

Selon Sophie Lemahieu, les candidates actuelles n’affirment pas particulièrement leur féminité. « Il est plus simple quand on est en campagne présidentielle de tenir une ligne de conduite cohérente. Ainsi on voit très souvent Valérie Pécresse en tailleur pantalon ainsi que Marine Le Pen alors que cette dernière portait beaucoup de tailleur jupe à une époque. Par exemple, si ces femmes politiques sont dans un lieu public, le jean peut tout à fait être acceptable parce qu’elles montrent leur dynamisme et ressemblent aux électeurs. »

Néanmoins, d’autres candidates font des choix différents : Anne Hidalgo prône le fait de pouvoir se sentir libre en s'habillant en robe ou en pantalon. D’après Sophie Lemahieu, l'idée des plus jeunes femmes politiques aujourd'hui est de se dire que leurs vêtements ne doivent plus avoir d'importance, et qu’elles n’ont pas à se masculiniser, ni à jouer sur leur féminité.

Actualité : S’habiller en politique : Les vêtements des femmes au pouvoir. 1936-2022 sort en librairie le 4 février 2022.