L'actrice Halle Bailey incarne Ariel dans "La Petite Sirène" de Disney - Capture d’écran Walt Disney Studios via Youtube
L'actrice Halle Bailey incarne Ariel dans "La Petite Sirène" de Disney - Capture d’écran Walt Disney Studios via Youtube
L'actrice Halle Bailey incarne Ariel dans "La Petite Sirène" de Disney - Capture d’écran Walt Disney Studios via Youtube
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Résumé

C'est une actrice noire, Halle Bailey, qui incarnera la prochaine Petite Sirène. André Gunthert, maître de conférences en études visuelles à l'EHESS nous explique les ressorts de la polémique.

avec :

André Gunthert (Maître de conférences en histoire visuelle à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS)).

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Une problématique sur les apparences

Les mots employés sur les réseaux sociaux pour critiquer le choix d'Halle Bailey sont d'une grande violence. L'argument principal avancé par ces détracteurs repose moins sur un argument littéraire que sur une problématique d'image. Une actrice noire serait une marque d'irrespect, eu égard à la tradition du conte d'Hans Christian Andersen qui dépeint une Ariel blanche aux yeux bleus.

"Toute cette discussion a lieu sur des arguments qui paraissent très rationnels mais sur le plan littéraire, la question est très facile à résoudre : l'adaptation à tous les droits. On peut faire exactement ce qu'on veut." André Gunthert

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Déjà, dans l'adaptation de la "Petite Sirène" en 1989, Disney avait substitué une fin heureuse - le mariage du prince et de la Petite sirène - à la chute originellement dramatique. En effet, le conte d'Andersen s'achève sur la mort d'Ariel tandis que sa rivale épouse le prince.

Une volonté bien plus marchande que politique

Accuser les studios Disney d'être "woke" - équivalent de "progressiste" révèle que ce terme galvaudé est loin d'être anodin. Son utilisation pour condamner des choix activement portés par des valeurs de gauche, conduit à des comportements de censure qu'André Gunthert pense justifiable de critiquer.

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"L'argument 'wok' vous exonère évidemment de toute forme. Vous n'êtes pas raciste, mais au contraire, vous défendez les valeurs du patrimoine culturel et de la civilisation dite 'blanche'." André Gunthert

Pourtant conservateurs, les studios Disney s'inscrivent - et ils sont loin d'être les seuls - dans une logique de production qui cherche la diversité. Selon André Gunthert, cette volonté serait moins un progrès vers la tolérance qu'un désir de suivre les préoccupations de leur marché. S'adressant à des enfants, donc aux plus jeunes générations, la tolérance raciale est devenue une donnée essentielle.

"Cela fait 25 ans que les studios se battent avec leurs anciennes versions pleines de clichés sexistes, racistes ou homophobes." André Gunthert

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Un engouement instantané très symbolique

En réponse à ces attaques, Disney a réfuté le terme "woke" et a avancé que Halle Bailey n'avait pas été choisie parce qu'elle était noire, mais parce que c'était une excellente chanteuse.

Les réseaux sociaux n'ont pas seulement été le relais de propos haineux, ils ont aussi permis la diffusion de vidéos où l'on voit des petites filles visionnant la bande-annonce. Les réactions sont assez édifiantes : leur émerveillement se mêle à leur fierté de se retrouver dans une héroïne Disney. Les minorités sont d'aventure si peu représentées dans le cinéma, qu'une héroïne noire dans une production aussi colossale que Disney fait figure d'exception.

"Ces séquences prouvent qu'il s'agit là d'un processus d'identification. Ce n'est pas un processus esthétique, ce n'est pas un problème littéraire. C'est quelque chose qui relève de la justice sociale et de la représentativité des modèles culturels." André Gunthert

- À lire pour en savoir plus : Ariel « woke » ? – L'image sociale